Mark Zuckerberg. REUTERS/Charles Platiau

  • Le Parlement britannique a publié une masse d'emails confidentiels de cadres de Facebook, ce mercredi 5 décembre 2018. 
  • Des centaines de pages de documents montrent l'approche de la direction de Facebook en matière de compétition et de croissance.
  • Vous pouvez lire les principales révélations issues des documents ci-dessous. 

Le Parlement britannique vient d'offrir au monde un aperçu inédit des tactiques impitoyables de l'équipe dirigeante de Facebook. 

Ce mercredi 5 décembre 2018, le comité chargé du numérique, de la culture, des médias et des sports a publié des emails provenant de l'équipe dirigeante du géant tech de la Silicon Valley qui ont été obtenus par Six4Three, un développeur d'applis actuellement engagé dans une bataille juridique avec Facebook après qu'il a bloqué son appli de photos en bikini.

Il s'agit de centaines de pages de documents et d'emails, datant pour la plupart de 2012 à 2015 et détaillant la manière dont Facebook a permis à des applis tierces d'accéder aux données d'amis à travers sa plateforme. 

Ces documents donnent un aperçu inédit de la manière dont les dirigeants de Facebook discutent en privé de la stratégie et de la concurrence à une période de croissance importante pour l'entreprise, qui, depuis, a été embourbée dans une série de scandales et a stagné en termes du nombre d'utilisateurs sur ses marchés clés. 

Des tentatives de Facebook pour fracasser "ses rivaux stratégiques" au fait que le patron Mark Zuckerberg avoue que les intérêts de l'entreprise ne correspondent pas toujours avec ce qu'il y a de mieux pour le monde, voici les principales révélations issues de ces documents. 

1. Facebook avait une liste de 'rivaux stratégiques' qui avaient un accès encore plus restreint aux données.

Mark Zuckerberg a personnellement supervisé une liste de rivaux "stratégiques" du réseau social et a décidé s'il fallait leur restreindre l'accès à des données d'utilisateurs de valeur. 

Une note non datée affirmait que les entreprises considérées comme des "rivaux stratégiques" à Facebook avaient un accès encore plus restreint. Elle ajoutait que Mark Zuckerberg a personnellement supervisé la liste des rivaux et précisait si lui ou un autre membre de l'équipe dirigeante de Facebook devait personnellement autoriser un accès supplémentaire aux données que ces entreprises pourraient vouloir. 

A la veille de la publication de ces documents, Facebook a annoncé qu'il assouplissait les restrictions mises en place contre les applis concurrentes apparemment pour devancer la publication de ces documents par le Parlement britannique. 

Dans un communiqué publié sur leur site, Facebook a dit: 

"Nous avons construit notre plateforme de développeurs des années auparavant pour ouvrir la voie vers l'innovation en matière d'applis et services sociaux. A l'époque, nous avions pris la décision de restreindre les applis construites sur la base de notre plateforme qui copiaient notre principale fonctionnalité. Ces types de restrictions sont communes au sein de l'industrie tech avec différentes plateformes ayant leur propre variante comme YouTube, Twitter, Snap et Apple."

2. Zuckerberg a personnellement approuvé la décision de Facebook de couper l'accès aux données à l'appli Vine. 

Dans un email datant du 24 janvier 2013 (date à laquelle Vine s'est lancée sur iOS), le VP Justin Osofsky a proposé de couper l'accès aux données à l'appli: "Twitter a lancé Vine aujourd'hui, une appli qui vous permet de publier des segments de courtes vidéos pour en faire une seule de six secondes. Dans le cadre de leur NUX, vous pouvez trouver des amis via Facebook. Sauf si quelqu'un émet une objection, nous allons fermer l'accès à l'API Amis aujourd'hui. Nous avons préparé les choses en termes de communication et nous allons informer Jana de notre décision."

Zuckerberg a répondu: "Ouais, allons-y."

3. Facebook a essayé de savoir comment obtenir les données d'appels de ses utilisateurs sans leur demander leur permission. 

En 2015, Facebook a exploré l'idée d'avoir accès à l'historique des appels et des sms des utilisateurs d'Android pour pouvoir les utiliser pour leur fonctionnalité "Personnes que vous pourriez connaître", tout en reconnaissant que cela pourrait provoquer la colère des utilisateurs. "C'est quelque chose de très risqué d'un point de vue d'image envers le public", a écrit Michael LeBeau.

Yul Kwon a aussi dit que Facebook cherchait des moyens de capter les données d'appels sans même demander la permission aux utilisateurs: "Si l'on se base sur le test initial mené par l'équipe chargée de la croissance, il semble que cela nous permettrait de revaloriser les utilisateurs sans les soumettre à la fenêtre de permissions d'Android", ont-ils écrit. 

Facebook a déclaré: "Cette fonctionnalité spécifique permet aux gens de laisser Facebook avoir accès aux détails de leurs appels et messages sur Facebook Lite et Messenger sur les appareils Android. Nous utilisons ces informations pour faire des choses comme de meilleures suggestions de personnes que vous pourriez appeler dans Messenger et classer les listes de contacts dans Messenger et dans Facebook Lite."

4. Certaines applis clés ont été mises sur une liste blanche et avaient un accès privilégié aux données des utilisateurs.

En 2015, Facebook a effectué des changements importants à sa plateforme pour développeurs d'applis — mais a choisi quelques partenaires qui ont été "mis sur une liste blanche", ce qui signifie qu'ils avaient un accès plus large aux données que les autres développeurs réguliers utilisant la plateforme de Facebook. Airbnb, Netflix et Lyft en faisaient partie. 

5. Mark Zuckerberg a admis en privé que ce qui est bon pour l'humanité ne l'est pas forcément pour Facebook. 

Dans l'un des emails, Zuckerberg admet candidement que les intérêts de Facebook ne sont pas toujours alignés avec ceux de leurs utilisateurs et du monde en général. 

En parlant de l'accès des applis tierces à la plateforme de Facebook, le patron a évoqué comment faire en sorte de s'assurer que les utilisateurs partagent des contenus sur Facebook, au lieu de le faire sur des plateformes externes — même si cela n'est pas dans l'intérêt des utilisateurs. 

"Cependant, ceci pourrait être bon pour le monde, mais pas pour nous, sauf si les gens repartagent également sur Facebook et ce contenu augmente la valeur de notre réseau. Au final, je pense que le but de la plateforme est d'augmenter le nombre de repartages sur Facebook", a-t-il écrit. 

6. Zuckerberg a suggéré que les données des utilisateurs valaient 0,10 $ par an. 

Facebook a souligné qu'il n'avait jamais vendu de données d'utilisateurs — mais l'une des révélations provenant de ces documents est que l'entreprise a discuté de la possibilité de faire payer l'accès à ces données. 

Dans un email datant d'octobre 2012, Zuckerberg a discuté d'un modèle de monétisation qui permettrait aux développeurs d'utiliser les outils de connexion ou de publication de Facebook gratuitement mais les ferait payer pour "lire" les données. 

Quel prix a-t-il donné à ses utilisateurs? Environ 10 centimes pour chaque, par année. 

"Un modèle basique pourrait être: se connecter avec Facebook est toujours gratuit... Pousser des contenus vers Facebook est toujours gratuit... Lire quelque chose, comme les amis, coûte beaucoup d'argent. Peut-être de l'ordre de 0,10 dollar par utilisateur chaque année", a-t-il écrit.

Dans sa réponse, Facebook a dit: "Nous explorons des façons multiples de construire un modèle durable avec les développeurs qui codent des applis utiles pour les gens. Mais au lieu de demander aux développeurs d'acheter des publicités — l'option discutée dans ces emails triés sur le volet — nous nous sommes finalement mis d'accord sur un modèle où les développeurs n'ont pas besoin d'acheter des publicités pour avoir accès aux API et nous avons continué à fournir la plateforme pour développeurs gratuitement."

7. Les cadres ont discuté de la seule et plus grosse menace à Facebook. 

Selon un email écrit par le cadre Sam Lessin en 2012 adressé à Mark Zuckerberg, il ne s'agit pas d'une seule appli ou d'un seul site rival — mais de beaucoup d'entre eux. 

"La menace numéro un à Facebook n'est pas un autre réseau social, c'est la fragmentation de l'information/ la mort par un millier de petites applis verticales qui sont vaguement intégrées entre elles", a-t-il écrit. 

"Ça va soit se passer car il n'y a pas de 'retour' possible sur la centralisation de l'information ou cela va se passer car nous vendons le fragment de graph moins cher que ce qu'il ne vaut et au passage, cela détruit l'efficacité et la valeur."

Version originale: Rob Price/Business Insider

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