Facebook est aussi néfaste pour la démocratie que fumer l'est pour la santé, estiment des experts tech qui suggèrent de démanteler le réseau social

Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg. Reuters

  • Lors de la réunion annuelle du forum économique mondial à Davos, certains experts tech ont évoqué la comparaison entre Facebook et le tabagisme faite par le patron de Salesforce, Marc Benioff. 
  • "Les incitations à manipuler l'attention concernent uniquement les éléments les plus faibles de la psychologie humaine", a déclaré Roger McNamee, ancien mentor de Mark Zuckerberg, à Business Insider.
  • McNamee et Jim Steyer, fondateur de Common Sense Media, estiment qu'il est temps de réglementer de manière stricte — et même de démanteler Facebook.

Il y a presque un an jour pour jour, le milliardaire de la technologie Marc Benioff avait choisi la réunion annuelle du forum économique de Davos en Suisse pour démolir Facebook.

Dans un entretien avec CNBC, le patron de Salesforce avait déclaré que le réseau social de Mark Zuckerberg devrait être réglementé par les législations américaines avec la même vigueur que l'industrie du tabac.

C'est une théorie qu'il a depuis régulièrement développée, peut-être le plus fermement en novembre dernier, lorsqu'il a déclaré à la journaliste spécialisée Kara Swisher que Facebook était "la nouvelle cigarette".

"Ça crée une dépendance, ce n'est pas bon pour vous, il y a des gens qui essaient de vous faire utiliser ce réseau, même si vous ne comprenez pas ce qui se passe", avait-il déclaré.

Depuis, Facebook a continué à être utilisé comme un outil d'ingérence démocratique et a été au centre de scandales mondiaux liés aux données, notamment la fuite de Cambridge Analytica. Et les personnes à qui Benioff donne du mérite pour l'avoir aidé à se faire entendre sont plus convaincus que jamais que Facebook est aussi néfaste pour la démocratie que fumer l'est pour la santé, et que des mesures s'imposent.

Jim Steyer, le fondateur de Common Sense Media, qui milite pour une meilleure protection en ligne des enfants, est l'une des personnes avec lesquelles Benioff s'est entretenu avant de s'attaquer à Facebook.

"Nous pensons qu'il existe d'énormes problèmes de dépendance, d'attention et de distraction causés par les réseaux sociaux", a-t-il déclaré à Business Insider lors de la conférence de cette année à Davos. "L'année 2018 a marqué un tournant dans la relation entre la technologie et la société dans le monde. On a pu démontrer ce qui crève les yeux. Et on a vu que Facebook et d'autres avaient attaqué nos institutions démocratiques".

Roger McNamee, le premier investisseur de Facebook. Rob Kim/Getty

Roger McNamee, l'un des premiers investisseurs de Facebook, qui avait également été le mentor de Mark Zuckerberg, a aussi discuté de l'analogie du tabac avec Benioff.

"Marc Benioff a choisi d'examiner la question sous l'angle de la santé publique, ce qui, à mon avis, constitue un excellent point de départ", a-t-il déclaré à Business Insider à Davos.

"Pour inciter à manipuler l'attention, il s'agit avant tout de s'attaquer aux éléments les plus faibles de la psychologie humaine. Il ne suffit plus de savoir beaucoup de choses sur nous. L'objectif est maintenant de changer ce que nous pensons et ce que nous faisons."

Jim Steyer a ajouté: "À mon avis, la comparaison avec les cigarettes était impressionnante parce que tout le monde la comprend... Il faut une conversation mondiale à ce sujet et une réglementation sensée des entreprises du secteur de la technologie".

Une rupture comme remède proposé

Le PDG de Common Sense Media a participé à l'élaboration de nouvelles lois sur la protection de la vie privée en Californie et était à Bruxelles la semaine dernière pour discuter avec les législateurs de la loi européenne sur la protection de la vie privée, du RGPD, ainsi que d'autres réglementations relatives aux technologies.

"Aujourd'hui, les gens se rendent compte qu'il faut avoir une approche équilibrée des technologies", a-t-il déclaré. "L'idée qu'elles protègent l'intérêt public et s'auto-réglementent est folle. Vous avez besoin d'une approche beaucoup plus axée sur les intérêts du public".

Roger McNamee pense que le pouvoir d'entreprises telles que Facebook, Google et Amazon devrait être limité. Dans un article du magazine Time avant la sortie de son livre le mois prochain, il a suggéré de les empêcher de faire des acquisitions et d'empêcher le partage de données entre filiales.

"L'économie gagnerait à y mettre fin", a-t-il ajouté.

Jim Steyer est d'accord. "Peut-être qu'ils devraient être forcés à se débarrasser d'Instagram et de Facebook", a-t-il déclaré, ajoutant qu'une rupture "ne serait pas une mauvaise idée du tout".

Facebook a refusé de commenter ces déclarations. Sa COO, Sheryl Sandberg, a déclaré dimanche à la conférence DLD à Munich que Facebook était ouvert à travailler avec les régulateurs et s'efforçait de s'améliorer. "Nous devons stopper les abus plus rapidement et en faire davantage pour protéger les données personnelles", a-t-elle déclaré. "Nous avons reconnu nos erreurs".

Version originale: Jake Kanter/Business Insider

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