Le fondateur et PDG de Facebook Mark Zuckerberg devant le Congrès américain à Washington D.C, le 11 avril 2018. Chip Somodevilla/Getty Images

  • Facebook demande à certains utilisateurs en Europe de consentir à l'utilisation d'une technologie de reconnaissance faciale.
  • Mais le réseau social a été accusé par des experts en sécurité de demander cette permission d'une manière "fondamentalement malhonnête et manipulatrice".
  • La demande précède la nouvelle réglementation de protection de la vie privée de l'UE.

Facebook est critiquée par les militants de la vie privée pour la manière dont l'entreprise manipule prétendument certains de ses utilisateurs européens afin qu'ils consentent à utiliser la reconnaissance faciale pour les photos et les vidéos. C'est une question brûlante, car une nouvelle législation de protection de la vie privée de l'UE exige que Facebook et d'autres entreprises tech obtiennent un consentement explicite pour utiliser cette technologie.

La technologie de reconnaissance faciale de Facebook, qui est utilisée pour reconnaître les utilisateurs et identifier les imposteurs, n'est pas disponible dans l'UE depuis 2012 après avoir été accusée d'avoir enfreint les lois sur la confidentialité en n'obtenant pas le consentement des utilisateurs. L'entreprise a commencé à demander explicitement à certains utilisateurs la permission de l'utiliser, mais la technologie — et la façon dont Facebook a demandé la permission — soulève quelques objections.

Jennifer Cobbe, chercheuse en droit de la technologie à l'Université de Cambridge, a partagé des captures d'écran des messages sur sa page Twitter. Le réseau social ne présente pas le choix comme un simple oui ou non. Au lieu de cela, on présente aux utilisateurs une liste des prétendus avantages de la reconnaissance faciale, et on leur demande alors s'ils veulent "Accepter et continuer" ou cliquer sur une boîte grisée appelée: "Gérer les paramètres de données."

Si l'utilisateur clique sur "Gérer les paramètres de données",  un message supplémentaire apparaît qui donne plus de détails sur les avantages de la technologie, principalement le fait de stopper des imitateurs et d'aider les aveugles à comprendre ce qui est décrit dans les photos. C'est seulement quand on clique sur "Continuer" que l'on vous propose une option binaire: "Autoriser Facebook à me reconnaître dans des photos ou des vidéos" ou "Ne pas laisser Facebook me reconnaître sur les photos et vidéos".

Le consultant en vie privée Pat Walshe a critiqué l'approche de Facebook dénonçant "une manipulation des choix", tandis que la journaliste de Bloomberg Sarah Frier a observé que cette démarche de "Facebook de vous dire que 'vous devez décider de consentir ou non à la reconnaissance faciale' dans l'UE est schématiquement une publicité pour la reconnaissance faciale sans possibilité évidente d'y renoncer".

Dans une déclaration à Business Insider, Cobbe a indiqué: "En demandant le consentement sur la reconnaissance faciale pour des raisons d'expérience utilisateur, de sécurité, et pour rendre Facebook plus accessible aux personnes malvoyantes, plutôt que de dire de quoi il s'agit réellement — la surveillance globale de Facebook dans laquelle la vie privée n'est pas une option — ils vont obtenir le consentement d'une façon fondamentalement malhonnête et manipulatrice ".

Le 25 mai, le règlement général sur la protection des données (RGPD) entrera en vigueur. C'est une réglementation pan-européenne ambitieuse qui oblige les entreprises à recueillir le consentement explicite des internautes pour utiliser leurs données.

Cobbe croit que la transposition par Facebook du RGPD va capoter parce qu'il devra balayer tous les visages dans les photos juste pour voir si les sujets des photos ont consenti à l'utilisation de la technologie.

"Alors, comment Facebook sait-il que le visage dans une photo appartient à quelqu'un qui n'a pas autorisé la reconnaissance faciale? En utilisant la reconnaissance faciale", écrit-elle. "Cela signifie que dans la pratique Facebook n'utilisera pas seulement la reconnaissance faciale pour les utilisateurs de Facebook qui ont accepté — elle sera probablement utilisée pour les utilisateurs qui ont explicitement dit non, ainsi que pour les personnes qui apparaissent dans les photos, mais n'ont même pas de comptes Facebook. Vous ne pouvez pas échapper à cela en disant non. Vous ne pouvez pas échapper à ça même si vous n'avez pas Facebook. Facebook va encore analyser votre visage ".

Un porte-parole Facebook dit que la société travaille à faire en sorte que ses produits et services soient conformes à la RGPD.

Dans un communiqué, le porte-parole a déclaré: "Nous avons commencé à prévoir certains  changements que nous effectuons dans le cadre de la préparation au règlement général sur la protection des données. Ces changements prévoient l'opportunités de renoncer à la reconnaissance faciale pour aider les personnes à gérer leur identité sur Facebook. Nous avons également fourni des informations sur l'amélioration de la confidentialité et le fonctionnement de nos services."

Version originale: Rob Price/Business Insider

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