La collaboration la France et Facebook demeure floue sur les résultats attendus. REUTERS/Aly Song

Facebook va pour la première fois laisser la France s'immiscer pendant quelques mois dans ses algorithmes pour vérifier que la plateforme lutte réellement contre les discours haineux.

L'annonce de cette expérimentation — qui constitue une première mondiale dans son dispositif — a été faite lundi 12 novembre 2018 par Emmanuel Macron à l'occasion du forum sur la gouvernance d'Internet réunissant à Paris responsables politiques et dirigeants du numérique.

Si Facebook a déjà accueilli des régulateurs dans ses locaux, c'est la première fois qu'un groupe de travail est mis sur pied réunissant des représentants du géant américain et des experts désignés par Paris.

En dépêchant une délégation qui pourrait être constituée de quatre à cinq personnes pendant six mois au coeur de Facebook, Paris tente une nouvelle approche en termes de régulation alors que les demandes affluent pour comprendre comment fonctionnent ces géants de la tech.

"Il y a un changement d'approche assez fondamental: on certifie les 'process' de ces entreprises, plutôt que de se contenter de leur demander une obligation de résultats ou une obligation de moyens", note-t-on à l'Elysée auprès de Reuters.

Issus de l'Arcep (le régulateur français des télécoms), de la Dinsic (réseau interministériel dédié au numérique) ou encore de la justice, ils auront l'opportunité de se rendre dans les différents bureaux du groupe pour une mission de six mois, dont vraisemblablement Dublin, le siège européen, et Menlo Park en Californie. L'idée est qu'ils puissent étudier dans le détail les outils utilisés par Facebook pour repérer les contenus haineux, les analyser et éventuellement les retirer.

Pour Paris, l'enjeu est double: comprendre les contraintes de la société et suggérer de possibles améliorations tout en mettant à niveau ses propres experts.

Du côté de Facebook, qui cultive plutôt la discrétion, cette opération vérité a pour but de mieux appréhender les demandes des pouvoirs publics et tenter d'éviter une régulation couperet.

Si l'expérience est positive, elle pourrait être étendue à d'autres sujets comme les données personnelles ou la publicité. Ça tombe bien, l'Autorité de la concurrence française a lancé une enquête sur le marché de la pub en ligne écrasé par le duopole Facebook et Google.

Quant aux données personnelles, l'Europe a pressé Facebook en septembre de se montrer plus transparent sur la manière dont il les exploite sous peine de sanctions.

Mais les conséquences concrètes de cette mission restent floues: les régulateurs n'ont aucun pouvoir de réquisition. Tout dépendra de la bonne volonté de l'entreprise de Mark Zuckerberg. Selon Le Monde, Google aurait jugé prématuré de s'engager dès maintenant dans la même démarche.

Ce partenariat ferait suite à une rencontre entre le chef de l'Etat français et le PDG du réseau social Mark Zuckerberg à Paris en mai à l'occasion du sommet "Tech for Good" lors duquel les deux hommes avaient évoqué la délicate question des contenus racistes, sexistes et haineux.

La propagation des discours haineux sur les grandes plateformes numériques est un sujet de préoccupation croissant pour les gouvernements qui y voient un risque pour le fonctionnement des démocraties. Les résultats des initiatives contre ce phénomène sont à ce jour en demi-teinte.

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