'Ils nous jetaient dans la cage aux lions à chaque occasion': les journalistes vérifiant les informations pour Facebook disent que leur mission d'éliminer les fake news était un coup de com'

Mark Zuckerberg. Getty Images

  • Facebook a été accusé par des journalistes fact-checkers qu'il emploie ou employait de les avoir utilisés pour faire de la "communication de crise" au lieu de vraiment vouloir lutter contre les informations mensongères. 
  • Deux ex-employées du site de fact-checking Snopes ont dit que Facebook jetait les fact-checkers dans la cage aux lions quand leur travail suscitait des réactions d'opposition. 
  • Certains ont aussi exprimé leur mécontentement quand ils ont appris que Facebook avait engagé le cabinet d'études proche des Républicains, Definers, pour ternir la réputation de George Soros.

 

Des fack-checkers qui travaillent ou travaillaient pour Facebook ont critiqué l'entreprise dans des entretiens accordés au Guardian, en disant que le réseau social se souciait davantage de ses "problèmes de relations publiques", que de la lutte contre la propagation d'informations mensongères.  

Brooke Bujnowski, ex-rédactrice en chef du site de fact-checking Snopes qui a un partenariat avec Facebook depuis deux ans, a dit que Facebook "les avait en fait utilisés pour faire de la communication de crise". Brooke Binkowski a quitté Snopes et est désormais aux commandes de son propre site de fact-checking, qui n'a pas de partenariat avec Facebook. 

"Ils ne prennent rien au sérieux. Ils sont avant tout intéressés par le fait de renvoyer une belle image d'eux-mêmes et rejettent toute responsabilité... Ils ne s'en soucient clairement pas", a-t-elle ajouté. 

Une autre ancienne de Snopes, Kim LaCapria, a dit au Guardian que Facebook voulait avoir "l'air d'essayer d'empêcher de faire des dégâts mais sans vouloir réellement faire quelque chose."

Les fact-checkers jetés dans la cage aux lions

Les ex-employées de Snopes ont dit au Guardian qu'il y avait des réactions d'opposition visibles contre leur travail, avec des menaces de mort, de l'harcèlement et des attaques, provenant en particulier des utilisateurs d'extrême-droite, qui les accusaient d'avoir un biais libéral. 

Brooke Binkowski a dit que quand ces attaques ont surgi, Facebook a laissé les journalistes se débrouiller tout seuls. "Ils nous ont jeté dans la cage aux lions à chaque occasion", a-t-elle dit. Kim Capria a dit que les fact-checkers sont devenus des "dommages collatéraux". 

Un porte-parole de Facebook a dit au Guardian que l'entreprise a commencé à mettre en place une formation de sécurité pour les journalistes avec ses nouveaux médias partenaires. 

Une machine de propagande

Brooke Binkowski a décrit sa frustration par rapport à la manière dont Facebook a géré la crise des Rohingyas au Myanmar, en disant que malgré le fait qu'elle ramenait le sujet sur la table à plusieurs reprises, Facebook y était "complètement imperméable". 

"Je pense vraiment que cela fait partie de leur modèle économique de diffuser des fake news pour le compte de puissances étrangères hostiles et de gouvernements autoritaires", a-t-elle dit. 

Brooke Binkowski a aussi dit au Guardian qu'au moins à une occasion, Facebook a mis la pression sur les fact-checkers pour démonter des informations mensongères qui nuisaient aux annonceurs sur la plateforme. 

Un porte-parole de Facebook n'a pas voulu réagir à cela après avoir été contacté par The Guardian, en répondant: "La première façon dont nous arrivons à faire ressurgir des informations potentiellement mensongères aux fact-checkers des sites partenaires se fait via le machine learning."

Definers et George Soros

La nouvelle concernant le fait que Facebook a recruté le cabinet d'études Definers pour pousser des contenus qui discréditaient le milliardaire George Soros, qui est sujet à de nombreux théories complotistes anti-sémites, a aussi inquiété les fact-checkers. 

"Pourquoi devrions-nous faire confiance à Facebook quand on sait qu'il pousse les rumeurs mêmes que les fact-checkers appellent fake news?", a dit un journaliste fact-checker sous couvert d'anonymat au Guardian. "Ça vaut la peine de demander comment ils traitent les contenus sur Georges Soros sur la plateforme, sachant qu'ils paient spécifiquement des gens pour essayer d'associer des ennemis politiques à ce dernier?"

Le journaliste a ajouté que le partenariat avec Facebook "renvoie une mauvaise image" pour eux. Un autre journaliste fact-checker sous couvert d'anonymat a qualifié Facebook d'"entreprise terrible" et a ajouté que "personnellement, je ne veux rien avoir à faire avec eux."

Contacté par The Guardian, les sites de fact-checking ont défendu leurs partenariats avec Facebook. Angie Drobnic Holan, rédactrice en chef de PolitiFact, a qualifié leur partenariat de "service au public". 

Le patron et fondateur de Snopes, David Mikkelson, a dit au Guardian qu'il ne partageait pas les inquiétudes de ses anciens employées. "Notre travail demeure le même... C'est à Facebook de décider de la réussite relative de celui-ci", a-t-il dit. 

Business Insider a contacté Facebook et Snopes pour des informations complémentaire, sans réponse dans l'immédiat de leur part.

Version originale: Isobel Asher Hamilton/Business Insider UK

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