Facebook sanctionnera dès la première infraction sur les vidéos en direct, deux mois après l'attentat de Christchurch

Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a rencontré Emmanuel Macron à Paris, le 10 mai 2019. Yoan Valat/Pool via REUTERS

Facebook a annoncé mercredi de nouvelles restrictions à la diffusion en direct de vidéos sur sa plateforme ainsi qu'un partenariat de recherche doté de 7,5 millions de dollars (6,7 millions d'euros) pour améliorer ses capacités d'analyse des images, deux mois après les attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Facebook Live, qui employait jusque-là une politique de sanctions progressives, prévoit de mettre en place une stratégie dite de "première infraction": si un usager enfreint les règles "les plus sensibles" de la plateforme, explique Facebook, il se verra interdire l'utilisation du service pour une période donnée dès la première violation.

"Nous prévoyons d'étendre ces restrictions à d'autres domaines au cours des prochaines semaines, en commençant par le fait d'empêcher ces personnes de créer des publicités sur Facebook", explique Guy Rosen, vice-président "Intégrité" de Facebook, dans un post mis en ligne mercredi. D'autres plateformes ont déjà pris des mesures, à l'image de YouTube, qui a récemment relevé le seuil d'abonnés requis pour utiliser YouTube en direct sur un appareil mobile.

Facebook prévoit en outre des partenariats avec les universités américaines du Maryland, de Cornell et de Berkeley afin d'améliorer la détection de manipulation de contenus et d'empêcher la prolifération de variations d'une même vidéo ayant fait l'objet d'une mesure de retrait. "Il est clair que la lutte contre la montée des contenus manipulés nécessitera des recherches approfondies et une collaboration entre l'industrie et le monde universitaire", précise Facebook dans son post.

L'auteur des attentats de Christchurch, qui ont fait 51 morts dans deux mosquées, a filmé le massacre qu'il commettait en le diffusant en direct pendant 17 minutes via l'application Facebook Live. La vidéo a été ensuite partagée pendant plusieurs heures sur Twitter, YouTube (Alphabet), Whatsapp et Instagram.

Le président français a reçu vendredi dernier Mark Zuckerberg à l'Elysée après la remise au gouvernement d'un rapport qui a vocation à fixer les bases d'une régulation française pouvant être exportée en Europe. Le rapport élaboré par des experts publics dépêchés pendant plusieurs mois au sein des équipes de Facebook recommande en particulier d'imposer aux plateformes une plus grande transparence sur les moyens mis en oeuvre pour lutter contre les contenus haineux, sous peine de sanctions financières.

Après sa rencontre avec Emmanuel Macron, le directeur général de Facebook a salué l'action de la France. "Nous avons été très impressionnés par la façon dont ils ont travaillé en profondeur et rapidement", a-t-il dit à des journalistes. "Je suis encouragé et optimiste sur le cadre de régulation qui sera mis en place. Ce sera difficile pour nous et nous serons en désaccord sur certaines choses, c'est normal."

Emmanuel Macron, et la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, lancent "l'appel de Christchurch" contre le terrorisme et l'extrémisme violent sur Internet

Les mesures prises par Facebook ont été dévoilées à quelques heures du lancement à Paris par le président français, Emmanuel Macron, et la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, de "l'appel de Christchurch" contre le terrorisme et l'extrémisme violent sur Internet. Ils réuniront ce mercredi des chefs d'Etat et de gouvernement, dont Theresa May (Royaume-Uni) et Justin Trudeau (Canada), et des dirigeants de groupes comme Facebook, Twitter, Google, Microsoft ou Amazon pour lancer "l'appel de Christchurch" contre le terrorisme et l'extrémisme violent sur Internet.

Le texte, qui n'a pas de portée contraignante, vise à accroître "la réactivité, l'anticipation, la transparence et la gestion de crise" des plateformes et des Etats, explique-t-on à l'Elysée. 

Voici la liste des 17 chefs de l'Etat et dirigeants d'entreprises qui participeront à cette réunion de lancement:

  • Abdallah II, Roi de Jordanie;
  • Macky Sall, Président de la République du Sénégal;
  • Jusuf Kalla, Vice-Président de la République d’Indonésie;
  • Erna Seolberg, Première ministre du Royaume de Norvège;
  • Justin Trudeau, Premier ministre du Canada;
  • Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni;
  • M. Leo Varakadar, Premier ministre de l’Irlande;
  • M. Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne;
  • Jordan Carter, président-directeur général de l’ONG Internet New Zealand;
  • Nick Clegg, vice-président de Facebook, Instagram et WhatsApp en charge des affaires globales et de la communication;
  • Jack Dorsey, fondateur et président-directeur général de Twitter;
  • Eric Leandri, co-fondateur et président-directeur général de Qwant;
  • Maxime Saada, président-directeur général de Dailymotion;
  • Brad Smith, président et directeur juridique de Microsoft;
  • Salwa Toko, présidente du Conseil National du Numérique
  • Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, Wikimedia Foundation;
  • Kent Walker, vice-président de Google/Youtube responsable des affaires internationales et des affaires juridiques;

Les ministres chargés du numérique des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Italie et France) travailleront parallèlement mercredi sur une charte sur les contenus haineux sur Internet, qui doit être signée en août. L'incertitude plane sur la signature du texte par les Etats-Unis, qui se désengagent des accords multilatéraux depuis l'élection de Donald Trump à la présidence et d'où sont issues les plus grandes entreprises du secteur.

Dans le même temps, "nous avons bon espoir que les plus grandes plateformes mondiales la signent", a dit à des journalistes le secrétaire d'Etat au Numérique, Cédric O. "Tous les pays développés n’ont pas la même approche de la régulation des contenus", a souligné cet ancien conseiller d'Emmanuel Macron. "Il y a une culture plus anglo-saxonne et plus nordique très soucieuse de la liberté d’expression et une culture plus latine qui est plus pro-régulation".

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