Facebook se lance dans la traque des fausses informations — voici pourquoi c'est une décision risquée

"Under the Dome". CBS

Deux personnages de "Under the Dome" sont coincés d'un côté et de l'autre d'un dôme invisible. CBS

Facebook a décidé de se "battre" contre les informations mensongères. Si l'intention est louable, la méthode choisie par le réseau social américain paraît en revanche risquée.

Depuis l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le 8 novembre dernier, l'algorithme de Facebook est très critiqué pour avoir participé de la propagation d'informations mensongères, ou "fake news".

Une enquête de BuzzFeed aux Etats-Unis a montré qu'au cours des derniers mois de la campagne présidentielle, les "fakes news" ont généré plus d'engagement sur Facebook que celles qui émanaient de sites d'information traditionnels.

Si la notion d'engagement n'est pas très précise (elle prend en compte les partages, "réactions" et commentaires) et ne correspond pas au nombre de vues d'un article, l'enquête montre un fait irréfutable: des articles mensongers sur la campagne électorale ont été très partagés sur Facebook. 

Ces papiers sont accusés d'avoir contribué à la victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton, donnée favorite par la majorité des médias traditionnels.

Au départ, Mark Zuckerberg avait refusé d'admettre que son réseau social pouvait avoir joué un rôle dans l'élection présidentielle américaine. "Nous sommes une entreprise de tech et pas un média", a-t-il souvent répété.

Pourtant, au vu de la popularité des informations mensongères sur Facebook, et sachant que l'algorithme du réseau social privilégie les contenus en fonction de ce que les utilisateurs consultent, le patron de Facebook a finalement fait machine arrière. 

Jeudi 15 décembre, Adam Mosseri, un cadre de l'entreprise, a annoncé dans un billet de blog que Facebook allait vérifier, étiqueter et "enterrer" les informations mensongères dans les fils d'actualité de ses utilisateurs.

Voilà comment cette vérification est censée avoir lieu : 

  • Les utilisateurs de Facebook pourront signaler des contenus en tant que "fausse info".
  • Ces contenus seront ensuite envoyés à des "organisations tierces" dont le travail sera de vérifier si l'information est mensongère ou non.
  • Si ces organisations identifient l'article comme "fake news", il sera estampillé d'une légende "article contesté" ou "remis en question", et accompagné d'un article qui explique pourquoi il l'est.

Le billet de blog d'Adam Mosseri souligne également que "les articles qui sont 'remis en question' pourront apparaître plus bas dans le fil d'actualité".  

Ils seront donc moins susceptibles d'apparaître en page d'accueil des utilisateurs de Facebook, qui seront ainsi moins nombreux à voir l'article, cliquer dessus et le partager.

Le risque d'aliéner encore plus les lecteurs de médias "alternatifs"

La prise de conscience et la réaction de Facebook, qui assume enfin son rôle dans le paysage politique et sociétal actuel — fort de son milliard d'utilisateurs  actifs quotidiens — est louable. 

Mais ces nouvelles fonctionnalités pourraient aussi nourrir des antagonismes déjà présents sur le réseau social. Voici comment:

Il existe un risque, bien réel, de creuser un peu plus le fossé entre les lecteurs des médias traditionnels et ceux qui les remettent en cause, croient et partagent des articles orientés ou mensongers. 

Et de renforcer, avec des indicateurs comme le label "article contesté", le sentiment d'exclusion des lecteurs de médias alternatifs.

La possibilité que cette mise à jour soit utilisée comme l'argument conspirationniste ultime ("le réseau social le plus utilisé au monde décide 'd'enterrer' certaines informations qui dérangent") est forte.

reporting-a-story-as-fakeNotamment pour une raison: les organisations tierces chargées de déterminer si une information est "vraie" ou "fausse" sont les mêmes médias qui cristallisent un sentiment de défiance à leur égard.

Dans les rangs des "fact-checkers", on compte ABC News, l'agence Associated Press ou Snopes, un média spécialisé dans la vérification de news. Ceux-ci font partie des "médias traditionnels" contre lesquels les autres médias qui propagent des articles orientés (par exemple Breitbart news) ou carrément mensongers (WorldPoliticus, BVAnews, etc) se sont construits.

Une autre question pratique se pose: comment déterminer de manière la plus objective possible si un article mérite d'être enterré ou non? La réponse est facile pour les sites qui inventent de toute pièce des informations.

Mais quid des Breitbart News ou Russia Today? Ceux-ci partagent des informations que d'autres médias traditionnels traitent, mais en orientent les titres et les angles pour qu'ils correspondent à leur prisme (d'extrême-droite pour l'un, pro-Kremlin pour l'autre).

De tels contenus méritent-ils ainsi d'être signalés comme "remis en cause" au même titre que d'autres sites qui partagent des informations complètement fausses?

Cette première phase de fact-checking en ligne par Facebook le dira.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Le président Barack Obama annonce des représailles après le piratage russe de l'élection américaine

VIDEO: Cet artiste s'inspire de l'univers des crypto-monnaies pour créer ses œuvres

Contenu Sponsorisé

Votre entreprise fait face à des défis? Apprenez à vous adapter et à prospérer avec Agile

  1. David D.

    La grande presse n'est pas orientée, tiens donc. Pourtant 90% des grands médias américains étaient en faveur de HRC et une faible minorité pour Donald Trump. D'ailleurs, il ne valait mieux pas exprimer autre chose qu'une antipathie pour le personnage, sous peine de prendre la porte.
    Et l'on trouve autant d'article mensonger à droite qu'à gauche, le propre de l'action politique était le mensonge. Grossier et vulgaire, ou par omission.

    Cela pose bien sur la question de le représentativité démocratique des grands médias, vieux problème aussi vieux que les médis, mais qui s'est aggravé dans les années 90 avec la main-mise sur ceux-ci par des puissances d'argent. Voila pourquoi des sites participatifs comme les forums, twitter ou même la section commentaire de youtube, ont le vent le poupe.

    N'ayons nulle doute que les fact-checkers en question ne sont autre chose que le rétablissement de la censure, puisqu'ils sont aussi financés par des puissances d'argent, ou allant obéir aux directives des officines de propagande d'état (vous souvenez-vous des armes de Saddam Hussein, ou du génocide en Lybie ?)

  2. Benlamlih

    Sérieusement ? Buzzfeed ? une des agences les plus toxiques qui supportent des mouvements comme l'antifa (la ligue anti-fasciste) qui je rappelle avait poignarder un cheval de la police lors d'une manifestation , dégouttant , franchement .
    - le journalisme neutre a pratiquement disparut et à sa place on a se meli-mella d'information biaisée .

Laisser un commentaire