Facebook a supprimé plus de 200 comptes et pages dirigées par l'IRA, une ferme à trolls russes

David Ramos/Getty Images

  • Facebook a annoncé, mardi 3 avril, la suppression de 135 comptes Facebook et Instagram, et 138 pages Facebook liées à l'Internet Reserch Agency (IRA), connue pour être une "ferme à trolls" et soupçonnée d'avoir ingéré dans l'élection présidentielle américaine de 2016.
  • Facebook a dit que ces 65 comptes Instagram et 138 pages Facebook rassemblaient 1,5 millions d'utilisateurs dans le monde. La société n'a pas révélé de données sur le nombre d'utilisateurs qui ont été atteints par les 70 comptes Facebook liés à l'IRA supprimés.
  • Le directeur de la sécurité, Alex Stamos, a également dit que ces acteurs affiliés à la propagande Russe avaient dépensé près de 170.000 dollars en publicités sur Facebook et Instagram, depuis début 2015. 

Facebook a annoncé mardi 3 avril avoir retiré 70 comptes Facebook, 138 pages Facebook et 65 profils Instagram liés à une plateforme de trolls russes, qui a fait circuler de fausses informations dans le but d'interférer dans l'élection présidentielle américaine de 2016. 

Le directeur de la sécurité, Alex Stamos, a dit dans un communiqué de presse que 95% des pages qui ont été supprimées étaient en russe, ciblaient des Russes ou des personnes parlant la langue, notamment dans des pays frontaliers tels que l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et l'Ouzbékistan. 

Les comptes et les pages en question étaient contrôlées par l'Internet Research Agency, une "ferme à trolls" russe basée à Saint-Petersbourg, qui a été mise en examen par le procureur spécial américain Robert Mueller, en février, pour avoir fomenté une opération d'influence des médias dans le but d'influer sur les électeurs américains à voter en faveur du candidat républicain, Donald Trump. 

Au total, Stamos a dit que les 138 pages Facebook et les 65 comptes Instagram qui ont été supprimés avaient approximativement atteint 1,5 millions d'utilisateurs uniques. Le communiqué de presse n'apporte pas de précision sur le nombre d'utilisateurs qui ont été touchés par les 70 comptes Facebook liés à l'IRA.

Stamos dit que la société avait supprimé les dernières pages et comptes "simplement parce qu'ils étaient contrôlés par l'IRA — et non par rapport à leur contenu". 

"Cela inclut les commentaires sur des questions relatives à la politique locale et internationale, la promotion de la culture et du tourisme russe, tout comme des débats sur des problématiques plus routinières", a-t-il ajouté. 

Facebook va mettre à jour sa Page d'aide dans les prochaines semaines, pour que les utilisateurs puissent être en mesure de savoir s'ils ont liké ou suivi des pages liées de près ou de loin à l'IRA. 

L'annonce de Facebook, intitulée "Authenticity Matters: The IRA Has No Place on Facebook" ("Questions d'authenticité: l'IRA n'a pas sa place sur Facebook"), intervient au moment où le réseau social fait face à une surveillance accrue, suite à une faille de sécurité qui aurait permis au cabinet Cambridge Analytica, de siphonner les informations confidentielles de 50 millions d'utilisateurs de Facebook à leur insu. Les critiques ont très largement jeté la pierre à Facebook pour ne pas avoir informé ses utilisateurs de cet incident, ni protégé de manière adéquate leurs données privées.

L'année dernière, Facebook avait annoncé avoir repéré une activité russe sur sa plateforme avant, pendant et après l'élection américaine de 2016. Dans le détail, la société a dit que ces comptes "non-authentifiés" opérant en dehors de la Russie avaient participé à l'achat de 100.000 dollars de spots publicitaires politiques entre 2015 et 2016. 

Ces publicités ont ciblé approximativement 10 millions de personnes, notamment au Michigan et dans le Wisconsin, deux états essentiels à la victoire de Trump. Ces groupes affiliés à la propagande russe n'ont pas limité leur ingérence à l'achat de spots publicitaires et à poster des memes — ils ont essayé d'organiser des manifestations anti-migrants et anti-Clinton au Texas et dans l'Idaho

Ce mardi 3 avril, Stamos a dit que ces acteurs russes avaient dépensé près de 167.000 dollars en publicité sur Facebook et Instagram depuis le 1er janvier 2015. 

Mais cette campagne de désinformation russe sur les réseaux sociaux a débuté bien avant. Avant qu'ils n'investissent leur argent sur Facebook pour promouvoir des fake news et diviser l'opinion publique américaine via les publicités, ou encore organiser des manifestations anti-Clinton et pro-Trump dans différents états, ces "trolls russes" se sont servis des plateformes sociales pour lyncher des activistes ukrainiens, comme le rapportait le Daily Beast en septembre.  

Si rien n'est sûr concernant les débuts de cette croisade pro-Kremlin à l'encontre des activistes, elle aurait connu son apogée entre 2014 et 2015, peu après l'annexion de la Crimée par la Russie, multipliant ostensiblement les agressions à l'encontre de leurs voisins ukrainiens. 

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a été critiqué pour avoir fermé les yeux face aux avertissements concernant l'épidémie de diffusion d'informations mensongères sur sa plateforme. Le Washington Post a rapporté que l'ex-président des États-Unis, Barack Obama, lui avait demandé, juste après l'élection, de prendre cette affaire au sérieux. Mais Zuckerberg avait répondu que le pouvoir de contrôle de l'information par son entreprise était limité. 

Face à la pression grandissante, Zuckerberg a cependant annoncé en septembre que Facebook avait développé un plan en neuf étapes pour déterminer l'influence de la Russie sur la campagne et prévenir les tentatives similaires à l'avenir. 

Dans le même temps, Twitter a estimé en novembre 2017 que 36.746 comptes sur sa plateforme, en lien avec la Russie, avaient "généré à peu près 1,4 millions de tweets automatiques, relatifs à l'élection, qui ont collectivement suscité près de 288 millions de réactions" entre le premier septembre et le 15 novembre de l'année dernière. 

Le renseignement américain a conclu en janvier 2017 que les opérations sur les réseaux sociaux faisaient partie d'une campagne massive d'influence menée par la Russie — et cette analyse, d'après l'ancien chef des renseignements, James Clapper, "servait à remettre en cause la légitimité" des résultats de l'élection. 

Version originale: Sonam Sheth /Business Insider

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