Mariage, maisons, yacht... Ces 11 factures de Carlos Ghosn qui posent problème

Carlos Ghosn, ex-patron du constructeur Renault et de l'Alliance Renault- Nissan, et sa femme Carole, en mai 2017. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le conseil d'administration de Renault a pris connaissance mardi 4 juin des conclusions de l’audit interne, mené avec son partenaire Nissan, au sein de leur filiale commune RNBV. C'est notamment via cette entité établie aux Pays-Bas que Carlos Ghosn, ancien patron du constructeur français, se serait livré à des dépenses litigieuses. Au total, cet audit mené par le cabinet Mazars a identifié 11 millions d'euros de dépenses suspectes, précise Renault dans un communiqué

"Ces conclusions ont confirmé des déficiences au sein de RNBV au plan de la transparence financière et des procédures de contrôle des dépenses", indique également le groupe tricolore, évoquant des "surcoûts de déplacements de M. Ghosn par avion", "certaines dépenses engagées par M. Ghosn" et "des dons ayant bénéficié à des organismes à but non lucratif". Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a assuré mercredi 5 juin au micro de BFMTV et RMC qu'"il y aura une plainte" déposée au sujet de ces 11 millions d'euros suspects. "L'Etat français va transmettre à la justice tous les éléments dont il dispose", a-t-ajouté.

Depuis le 19 novembre 2018 et son arrestation au Japon, les révélations se sont succédées concernant Carlos Ghosn. L'ex-dirigeant franco-libano-brésilien a été inculpé le 10 décembre pour avoir sous-estimé ses revenus pendant cinq ans, de 2010 à 2015, pour un montant total qui s'élèverait à 5 milliards de yens, soit environ 39 millions d'euros. Il a également été inculpé le 11 janvier pour avoir minoré ses revenus sur la période 2015-2018.

L'ancien président de Nissan et de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi avait, semble-t-il, un train de vie luxueux, et n'aurait pas hésité à piocher dans les caisses des constructeurs automobiles pour financer certaines dépenses, tout en en faisant profiter différents membres de sa famille. En attendant son jugement, et après maintes arrestations, Carlos Ghosn a été libéré sous caution le 25 avril, tout en restant assigné à résidence et interdit de quitter le territoire japonais.

La liste des dépenses litigieuses et des affaires dans "l'affaire Carlos Ghosn" est impressionnante. Voici 11 factures qui posent question :

Les 600 000 € des 60 ans de Carlos Ghosn fêtés en grande pompe au château de Versailles

Vue aérienne du château de Versailles dans les Yvelines. Wikimedia commons/ToucanWings

Un immense banquet a été organisé le 9 mars 2014, jour des 60 ans de Carlos Ghosn, au château de Versailles. Officiellement, il s'agissait de célébrer le 15e anniversaire de l'Alliance Renault-Nissan, qui est pourtant le 27 mars, et non le 9.

Outre des représentants des deux constructeurs, alliés depuis 1999, la liste des invités comprenaient beaucoup d'amis français de l'ex-PDG, de nombreuses personnalités libanaises, des élus et des hommes d'affaires brésiliens.

Selon Les Echos, cette fête — avec son feu d'artifice tiré dans les jardins du château et son repas préparé par le chef étoilé Alain Ducasse — a coûté au moins 600 000 euros. Une facture réglée par RNBV, une coentreprise contrôlée par Renault et Nissan aux Pays-Bas, qui fait l'objet de beaucoup de suspicions.

Les 50 000 € pour son repas de mariage, là encore à Versailles

Le Salon des Jardins au Grand Trianon. Wikimedia Commons/Nicolas Thomas

Outre la réception présumée pour son anniversaire, Carlos Ghosn a également effectué son mariage avec sa seconde épouse Carole à Versailles, au Grand Trianon, situé dans le parc du château, entouré de quelque 120 invités. La facture s'élèverait cette fois-ci à 50 000 euros, que le patron franco-libanais s'est dit prêt à rembourser. 

La location du lieu ferait partie d'un accord de mécénat de 2,3 millions d'euros signé avec Renault en juin 2016, intégrant des contreparties à hauteur de 25 % de cette somme, soit 575 000 euros, pour le constructeur automobile en échange du financement de la restauration du salon de la Paix.

Mais ces contreparties n'aurait pas dû bénéficier à une personne privée, comme Carlos Ghosn. 

Les plus de 44 000 € de dons à l'Université américaine de Beyrouth 

Carlos Ghosn aurait mobilisé l'obscure coentreprise RNBV pour réaliser un don de 50 000 dollars, soit près de 44 300 euros, au bénéfice de l'Université américaine de Beyrouth, au Liban. La société co-détenue par Renault et Nissan aurait été régulièrement utilisée sur des dossiers sensibles, qui ne relèveraient théoriquement pas de son mandat légal, selon Les Echos.

La donation de près de 900 000 € au bénéfice de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth

Toujours via la société néerlandaise RNBV, le patron franco-libanais a également financé des projets du collège jésuite Notre-Dame de Jamhour, à Beyrouth. Mais les sommes accordées à l'Université Saint-Joseph, au sein de la capitale libanaise, seraient bien plus conséquentes. 

Un mail d'une cadre de Renault, daté du 7 juin 2011 et adressé à l'une des plus proches collaboratrices de Carlos Ghosn, Mouna Sepheri, et à son bras droit chez Nissan, Greg Kelly, fait mention d'une donation à cet établissement d'un million de dollars, soit environ 890 000 euros, sur  cinq ans (2011-2015). "Ce montant devra rester confidentiel", précise le mail en question.

En retour, l'Université a baptisé sa nouvelle bibliothèque "Carlos Ghosn Library". Et elle aurait prévu de renommer quatre de ses amphithéâtres "Nissan", "Renault", "Dacia" et "Infiniti", en référence à différentes marques automobiles de l'Alliance.

Les millions d'euros injectés dans des résidences de luxe de Carlos Ghosn

Le patron franco-libanais, résident fiscal aux Pays-Bas depuis 2012, disposait de résidences luxueuses à Paris, à Tokyo, mais aussi à Rio de Janeiro, à Beyrouth et à Amsterdam. 

Carlos Ghosn assure que leur financement a été approuvé par le département juridique de Nissan. Mais le groupe japonais précise de son côté avoir financé à son insu une grande partie des propriétés du patron français.

A titre d'exemple, une maison a été acquise en 2012 à Beyrouth pour un montant de 8,75 millions de dollars, via une filiale d'une structure néerlandaise, selon L'Express. Ce lotissement aurait coûté à Nissan autour de 6 millions de dollars supplémentaires, notamment en travaux d'aménagement intérieur, via une société-coquille libanaise. 

La rémunération de 1,5 M€ de sa soeur pour son travail de consultante au Brésil, possiblement fictif

Rio de Janeiro. Pixabay

La soeur de Carlos Ghosn, Claudine Bichara de Oliveira, a bénéficié de plusieurs paiements en provenance de Nissan, pour son rôle de conseillère du constructeur depuis 2003. Son activité ciblait les "donations" que le groupe était susceptible de faire, avant que son rôle ne soit révisé et qu'elle soit chargée de conseiller le président de Nissan, donc son frère, selon L'Express.

Problème, Nissan n'aurait trouvé trace d'aucune activité de cette conseillère particulière, qui vit au Brésil, et suspecterait donc un emploi fictif. D'autant que Claudine Bichara de Oliveira serait plutôt spécialisée dans le paiement en ligne, le commerce électronique et les relations économiques franco-brésiliennes. 

Payée 50 000 dollars par an dans un premier temps, elle aurait bénéficié à plusieurs reprises de bonus de l'ordre de 60 000 dollars. Des virements auraient été réalisés vers son compte jusqu'en novembre 2016. Au total, la soeur de Carlos Ghosn aurait perçu 1,7 million de dollars selon la presse japonaise, soit environ 1,5 million d'euros.  

Les quelque 75 000 € dépensés dans divers magasins de luxe, notamment en costumes, le tout aux frais de Nissan

REUTERS/Lisi Niesner

Aux frais de Nissan, Carlos Ghosn aurait dépensé jusqu'à 20 500 dollars chez Louis Vuitton en 2012, auquel s'ajouterait 9 000 dollars dès l'année suivante de nouveau chez la marque phare du groupe LVMH, selon L'Express. En 2013, il aurait aussi déboursé 10 000 dollars dans la maison de maroquinerie Hermès. Et, selon L'Obs, il aurait acheté des costumes chez le tailleur Ermenegildo Zegna pour 40 000 euros de factures, en 2015. Ce qui fait un montant total de près de 75 000 euros aux dépens du constructeur japonais.

A cela, s'ajouterait encore une montre de 29 000 euros achetée chez Cartier en 2010, cette fois-ci aux frais de RNBV, la coentreprise néerlandaise de Renault et Nissan, toujours selon L'Express.

Le yacht Shachou à 12 M€ acquis via une société d'un proche de Carlos Ghosn... avec de l'argent de Nissan

Image d'illustration. Pixabay/adriantarsukoff

Le yacht baptisé "Shachou", ce qui signifie "président" en japonais, a valu à l'ex-patron de l'Alliance automobile une quatrième mise en examen, selon L'Obs. Il aurait été acheté plus de 12 millions d'euros par une société créée par un proche de Carlos Ghosn, qui aurait reçu de l'argent de Suhail Bahwan, le distributeur de Nissan à Oman. Or, Suhail Bahwan aurait lui-même perçu de l'argent du constructeur japonais, issu d'une caisse spéciale à disposition du patron de Nissan.  

Les dépenses effectuées lors de séjours au Festival de Cannes pour un montant total supérieur à 1,7 M€

L'hôtel Cap-Eden-Roc, au Cap d'Antibes. Wikimedia Commons/avu-edm

La filiale néerlandaise RNBV aurait dépensé 1,716 million d’euros entre 2015 et 2018 pour des séjours au Festival de Cannes de Carlos Ghosn et de sa femme Carole, ainsi que des proches, rapporte L'Obs. Ce montant comprendrait notamment des nuits au Cap-Eden-Roc, un hôtel prestigieux du Cap d'Antibes.

Le constructeur Renault est certes partenaire du Festival et lui fournit une flotte de véhicules. Mais les invités de Carlos Ghosn, bien souvent de nationalité libanaise, comme la créatrice de mode Huda Baroudi ou la décoratrice d'intérieur May Daouk, posent quand même question.

Les 7 M€ que Carlos Ghosn aurait reçus d'une coentreprise de Nissan et Mitsubishi en assistant qu'à une seule réunion

REUTERS/Benoit Tessier

Le patron français aurait reçu 7 millions d'euros d'une coentreprise de Nissan et Mitsubishi BV (NMBV), fondée en juin 2017 aux Pays-Bas, afin de distribuer des bonus aux employés et managers des deux constructeurs, oeuvrant à la progression des synergies entre les deux groupes. Mais les patrons de ces sociétés, dont Carlos Ghosn, ne devaient rien percevoir. 

L'ex-président de Nissan aurait réussi à se faire engager en tant que salarié de NMBV, sans que les autres directeurs en soient informés, et à se rendre ainsi éligible à des rémunérations. Il aurait touché "un bonus d'embauche de 1,46 million d'euros avant de se programmer un salaire annuel de 5,82 millions d'euros", selon Les Echos. Au total, il aurait donc touché un peu plus de 7 millions d'euros, en n'assistant qu'à une seule réunion de la société NMBV, en août 2018.

Les 14 M€ de pertes personnelles passés dans les comptes de Nissan

Motonari Otsuru, l'avocat de Carlos Ghosn au Japon, le 20 décembre 2018. REUTERS/Issei Kato

Dans la foulée de la crise financière de 2008, Carlos Ghosn aurait contraint Nissan à récupérer sur ses comptes des produits financiers déficitaires auquel il avait souscrit via un véhicule d'investissement sous son contrôle personnel. Le montant en jeu s'élèverait à plus de 1,8 milliard de yens, soit environ 14,1 millions d'euros.

Carlos Ghosn a été inculpé pour abus de confiance aggravé le 11 janvier pour ces faits. 

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