Fiat Chrysler retire son offre de fusion avec Renault, tout n'est pas perdu pour Gérald Darmanin

Les logos Fiat et Renault. EUTERS/Eric Gaillard/File Photo

Fiat Chrysler a annoncé mercredi soir contre toute attente le retrait immédiat de son offre de fusion à 30 milliards d'euros avec Renault, accusant les conditions politiques en France d'avoir compromis un projet qui aurait donné naissance au troisième constructeur automobile mondial. Selon une source proche du groupe au losange, FCA a pris cette décision après que l'Etat français a demandé un report du vote du conseil d'administration de Renault sur le projet afin d'obtenir le soutien de Nissan. L'Etat français, principal actionnaire de Renault avec 15% du capital, a aussi cherché à obtenir des garanties sur l'emploi en France et le versement de dividendes aux actionnaires du groupe français, ont déclaré des sources informées des discussions.

Après avoir appris que le conseil de Renault n'avait pas encore tranché, le conseil d'administration de Fiat Chrysler, réuni sous la présidence de John Elkann, a décidé de retirer avec effet immédiat l'offre qu'il avait déposée neuf jours plus tôt. "Il est devenu clair que les conditions politiques en France ne sont actuellement pas réunies pour qu'une telle combinaison voie le jour avec succès", a déclaré Fiat Chrysler dans un communiqué transmis dans la nuit de mercredi à jeudi.

Renault avait annoncé quelques minutes plus tôt, dans un communiqué distinct publié après environ six heures de réunion, que son conseil d'administration n'avait "pas été en mesure de prendre une décision en raison du souhait exprimé par les représentants de l'Etat français de reporter le vote à un conseil ultérieur". Les administrateurs s'étaient réunis pour la deuxième journée d'affilée "afin de continuer à étudier avec intérêt la proposition de FCA concernant une potentielle fusion à 50/50", a ajouté le conseil dans son communiqué.

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Gérald Darmanin estime que les discussions pourraient reprendre

Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a affirmé jeudi prendre "acte" de la décision de Fiat Chrysler. Il a néanmoins assuré que l'Etat français avait travaillé "de manière constructive avec l'ensemble des parties prenantes". D'après le ministre, un accord avait été obtenu sur trois des quatre conditions posées par l'Etat français. "L'Etat a donc souhaité que le Conseil d'administration dispose d'un délai additionnel de cinq jours pour s'assurer du soutien de l'ensemble des parties prenantes", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le ministre français de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a de son côté estimé que la porte n'était pas fermée à une éventuelle reprise des discussions en vue d'un rapprochement entre Renault et Fiat Chrysler. Interrogé sur franceinfo, il a jugé "normal" que le conseil d'administration du groupe automobile français ait choisi de prendre son temps, ce qui a conduit à un retrait de l'offre de FCA.

"L'Etat français a demandé des garanties, il a bien fait", a-t-il dit, évoquant notamment l'importance de "respecter les 49.000 emplois industriels en France". "Peut-être que demain, après demain, ou la semaine prochaine on pourra discuter avec ce géant italien mais c'était normal d'attendre effectivement que ces garanties soient respectées", a-t-il ajouté.

Les discussions "pourraient reprendre dans les prochains temps, on verra bien, je pense qu'il ne faut pas fermer la porte. Il faut continuer à travailler. Il y a une industrie automobile qui doit continuer à se rénover", a poursuivi le ministre, faisant écho au communiqué du ministère de l'Economie publié peu auparavant.

En réponse à une question, Gérald Darmanin a aussi estimé que Renault n'allait pas payer sur le long terme ce report des discussions, dont il a une nouvelle fois jugé une reprise possible si les conditions sont réunies.

La relation entre Renault et Nissan, un obstacle dès le départ

Cet échec dans les discussions laissent Renault et Fiat Chrysler face au désarroi des investisseurs et à de nombreuses questions, notamment sur les moyens de supporter les importants investissements nécessaires pour répondre aux ruptures technologiques de l'électrification et de la voiture autonome. Fiat Chrysler, qui a aussi eu récemment des discussions avec PSA, lesquelles n'ont pas abouti non plus, a ajouté qu'il poursuivrait son chemin en appliquant sa stratégie indépendante actuelle.

"FCA reste fermement convaincu de la logique évidente et transformante d'une proposition qui a été largement saluée depuis qu'elle a été soumise", a dit le constructeur italo-américain dans un communiqué.

La relation particulière entre Renault et Nissan apparaissait, dès l'entame des discussions, comme un possible obstacle à la fusion entre FCA et le constructeur français. Selon des sources proches du dossier, les dirigeants de Nissan se sentaient laissés à l'écart du projet. Le directeur général de la firme japonaise, Hiroto Saikawa, n'avait pas fait objection à une fusion Renault-FCA mais avait prévenu que celle-ci "modifierait de manière significative la structure" du partenariat avec Renault et "nécessiterait une revue fondamentale des liens actuels" entre les deux alliés.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès d'un porte-parole de Nissan.

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