Le FMI anticipe une stabilisation de la croissance mondiale en raison notamment des tensions commerciales

Christine Lagarde, directrice du FMI, à Tokyo, le 4 octobre 2018. REUTERS/Issei Kato

Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l'économie mondiale, sur fond de montée des incertitudes liées aux tensions commerciales et à la situation de certains pays émergents.

Si la croissance régulière amorcée mi-2016 se poursuit, elle est "devenue moins équilibrée et pourrait avoir atteint son pic dans certaines grandes économies", avertissent ses économistes dans leurs perspectives économiques d'automne publiées lundi.

Ils soulignent que certains des grands risques identifiés en début d'année, au premier rang desquels "la hausse des barrières douanières et l'inversion des flux de capitaux des pays émergents dont les fondamentaux économiques s'affaiblissent et où le risque politique monte, sont devenus plus prononcés ou se sont matérialisés en partie".

Le FMI anticipe une croissance globale stabilisée à 3,7% en 2018 comme en 2019, soit le même rythme qu'en 2017 mais 0,2 point de moins qu'il ne l'escomptait encore mi-juillet.

Il rejoint ainsi les dernières prévisions mondiales de l'OCDE, ramenées elles aussi à 3,7% pour cette année et la prochaine.

Parallèlement, le Fonds abaisse une nouvelle fois ses prévisions de croissance du commerce mondial en volume, à 4,2% cette année puis 4,0% en 2019, soit respectivement 0,6 et 0,5 point de moins par rapport à ses attentes de juillet, elles-mêmes déjà sensiblement plus faibles qu'en début d'année.

Il estimait cet été que le PIB mondial pourrait être amputé de l'ordre de 0,5 point à l'horizon 2020 si les menaces de hausses de droit de douanes de l'administration Trump et de représailles des pays visés étaient suivies d'action. 

Le FMI cette fois un impact négatif à long terme de l'ordre de 0,4 point sur le niveau du PIB.

Les Etats-Unis premières victimes de leur politique protectionniste

Pays par pays, il ressort que les Etats-Unis seraient les plus touchés, avec leurs partenaires de l'Alena. Voici ce que le FMI prévoit: 

  • Etats-Unis: -1 point
  • Canada: -1,5 point
  • Mexique: -1,5 point
  • Chine: -0,5 point,
  • Japon: -0,2 point
  • Zone euro: -0,1 point

Le FMI table toujours sur un PIB américain en hausse de 2,9% cette année, grâce au soutien de la politique budgétaire de l'administration. Mais il voit sa progression ralentir à 2,5% l'an prochain, contre 2,7% prévu jusqu'ici. Elle tomberait à 1,8% en 2020, avec l'atténuation de l'effet des baisses d'impôt.

Pour la zone euro, le Fonds n'anticipe plus que 2,0% de croissance cette année, 0,2 point de moins que précédemment, mais escompte toujours 1,9% en 2019.

Les plus fortes révisions concernent l'Allemagne (1,9% en 2018 comme en 2019, soit -0,3 et -0,2 point) et la France (1,6% les deux années, soit -0,2 et -0,1 point).

Les prévisions pour le Royaume Uni sont confirmées (1,4% en 2018 puis 1,5% en 2019) et celles pour le Japon modifiées à la marge (1,1% puis 0,9%).

En pleine tourmente financière, la Turquie verrait sa croissance divisée par deux cette année, à 3,5%, puis plonger à 0,4% l'an prochain avec une inflation à 15% et plus. L'économie argentine connaîtrait de son côté une récession marquée (-2,6%) qui se poursuivrait en 2019 (-1,8%), en raison de la crise qui a conduit le pays à faire de nouveau appel à l'aide du FMI.

Capture d'écran sur le site du Fonds monétaire international. FMI

D'une manière générale, l'institution internationale estime que les Etats disposent de "moins de munitions budgétaires et monétaires que lorsque la crise financière mondiale a éclaté il y a 10 ans". Elle invite donc les pays à constituer des "amortisseurs budgétaires" et à accroître leur résilience en renforçant leur réglementation financière et en adoptant des réformes structurelles pour dynamiser leur marché du travail et leur économie. 

"Le solde des facteurs influant sur les perspectives devient négatif", estime Maurice Obstfeld, le directeur du département des études du FMI. "Il reste essentiel d’éviter des réactions protectionnistes aux changements structurels et de trouver des solutions fondées sur la coopération qui encouragent la croissance continue des échanges de biens et services", selon lui. 

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