Frédéric Mazzella, président-fondateur de BlaBlaCar : 'En 2019, on devrait avoir honte de lancer un business sans se préoccuper de son impact sur la planète'

Frédéric Mazzella, président-fondateur de BlaBlaCar. BlaBlaCar

Les 70 millions de membres de BlaBlaCar auraient fait économiser au total 1,6 million de tonnes de CO2 en 2018, selon une étude de la licorne française baptisée "Zéro places vides", réalisée par le cabinet de conseil BIPE. Le panel est composé de 6 884 membres dans huit pays. Pour sortir ce chiffre, l'étude précise que 95,3 millions de trajets ont été effectués en 2018 grâce à la plateforme, l'équivalent de 2,17 millions de tonnes de CO produites. Sans BlaBlaCar, 3,06 millions de tonnes de CO2 auraient été générées pour 90,3 millions de trajets.

Ainsi en un an, l'économie directe de CO2 liée au covoiturage avec BlaBlaCar a atteint 894.000 tonnes auxquelles il faut rajouter l'économie indirecte liée au changement de comportement estimées à 673.000 tonnes. Il s'agit du "covoiturage informel inspiré par BlaBlaCar". Le taux d'occupation moyen d'une voiture est en général de 1,9 passager par véhicule, et passe à 3,1 quand deux passagers ont réservé via Blablacar, et même à 3,9 si un ami ou membre de la famille du conducteur est également présent à bord, relaie le rapport, selon les déclarations des membres du panel. 

A l'occasion de la sortie de cette étude — et de l'événement Sustainable Brands Paris dédié à l'impact environnemental et social des marques, qui se tient du 23 au 25 avril —, Business Insider France a interrogé le président-fondateur de BlablaCar, Frédéric Mazzella, sur la thématique du développement durable, même si l'appli met de plus en plus de voitures sur les routes et bientôt des bus. "Oui mais plus on grandit, plus on évite les voitures vides, plus on diminue l'impact néfaste sur la planète", répond Frédéric Mazzella. Le dirigeant de la licorne estime qu'une entreprise n'a plus le droit de ne pas penser à l'impact que son activité aura sur la planète.

Business Insider France : Qu'est-ce que le développement durable pour vous ?

Frédéric Mazzella, fondateur et président de BlaBlaCar : C'est un vaste sujet. BlaBlaCar s'inscrit dans la problématique de l'optimisation des ressources disponibles. C'est une forme de développement durable. On essaie de faire en sorte d'éviter un gâchis : le fait d’être seul dans une voiture — l’équivalent d'une tonne de ferraille. On essaie donc d'optimiser le taux de remplissage. C'est une manière d'aborder le problème comme d'autres plateformes peuvent le faire dans l'alimentaire, l’électronique ou les biens de consommation à l'image de Too Good To Go, Vinted, Le Bon Coin ou Back Market. On est né avec cette préoccupation de l'empreinte écologique. C'est plus compliqué pour des entreprises qui n'ont pas ça dans leur ADN et doivent se transformer.

Comment définiriez-vous l'importance du développement durable pour une entreprise?

C'est déjà important pour la société au sens large. Pour l'entreprise, c'est un outil incroyable de cohésion d’équipe. Chez BlaBlaCar, plus on grandit, plus on diminue l'impact néfaste sur la planète. C'est motivant. Il y a urgence si on veut rester dans l’objectif de 1,5° de réchauffement climatique alors que nous sommes déjà à +1°… Il faut que les mentalités évoluent très vite sur tous les segments de l’économie. L'optimisation écologique doit faire partie de l’équation. En 2019, on ne devrait lancer un business sans se préoccuper de son impact sur la planète.

Estimez-vous que vous avez un rôle à jouer vis-à-vis de vos clients finaux ?

On a un rôle de sensibilisation et d'éducation qui dépasse notre mission de départ. Concrètement, nous communiquons régulièrement avec notre communauté, et nous envoyons des informations sur les économies de CO2 réalisées. Par exemple en 2018, nos 70 millions de membres ont fait économiser 1,6 million de tonnes de CO2 :  c'est l'équivalent de l'ensemble du trafic routier annuel dans Paris, périphérique inclus ! Ça commence à compter. Au-delà d’économiser 20-30 euros ou de la prouesse technique de gérer des milliers de transactions, on a réussi à instaurer un changement de mentalité autour d'un réel impact écologique et social. Il y a 10 ans, quand je parlais de BlaBlaCar, on me disait que j'avais créé un service pour les beatniks, les radins et consommateurs marginaux. Aujourd'hui, 50% des 18-25 ans en France sont inscrits sur le service. C'est le changement majeur.

Le développement durable dans une entreprise est-il devenu un enjeu pour attirer les talents ?

Oui je le pense. C’est un argument supplémentaire pour attirer la nouvelle génération. Ce n'est pas fondateur mais ça devient une nécessité. On n'attire pas les mêmes profils.

Depuis des années, les entreprises multiplient les rapports et les campagnes de communication sur leurs actions en faveur de la planète mais les faits restent têtus : 100 entreprises étaient responsables en 2017 de plus de 70% des émissions carbone dans le monde. Comment dépasser selon vous ces intentions ?

Ce n'est pas une question facile. D’un point de vue personnel, je pense que les changements viendront de la pression que mettront les gens sur les entreprises, surtout à l’époque des réseaux sociaux. Il y a une prise de conscience, une rupture. J’ai été marqué par les manifestations pour le climat : on a vu des pancartes "quand je serai grand, je voudrais être vivant". On n'avait jamais vu ça. La génération qui arrive a les clés. Elle sait qu'elle va prendre le mur. Le manifeste signé par 30 000 étudiants de grands écoles sur l’écologie est remarquable. C’est presque comparable à mai 68 dans le changement sociétal. Ils ont compris que pour peser sur l’avenir, il faut secouer les entreprises.

Vous avez fait une offre pour racheter OuiBus à la SNCF. Comment cette acquisition en cours de finalisation s'inscrit-elle dans votre stratégie de développement durable ?

Des observateurs n'ont pas compris mais c'est important de le redire : on va dans la bonne direction environnementale avec ce rachat de OuiBus. Oui, longtemps, les bus ont été extrêmement polluants. Aujourd’hui, avec les normes européennes, les émissions de CO2 des bus ont baissé de 97 à 98% en 25 ans. Un bus avec huit personnes c'est mieux que n’importe quelle voiture avec seulement un conducteur à bord, donc un bus avec 40 ou 50 personnes à bord, c’est cinq fois mieux ! Notre métier est de remplir les véhicules, quels qu'ils soient, et d'éviter les voitures vides.

Quand est-ce que vous opérerez vos premières lignes en France ?

La transaction n'est pas finalisée. On espère avant la fin de l’été. Ça prend du temps, on le savait (BlaBlaCar a notamment une centaine de personnes à intégrer, ndlr). On devrait d'abord lancer BlaBlaBus en Allemagne et au Benelux.

A quel moment pourra-ton réserver un trajet train+covoiturage sur la plateforme ouisncf ?

Ça viendra forcément après. Il faut apprendre à marcher avant de courir. C'est compliqué de combiner des moyens de transports différents. En tout cas, on veut faciliter la vie des voyageurs et être encore plus attractifs.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : FlixBus répond à BlaBlaCar en s'emparant d'Eurolines et isilines. Il n'y a plus que 2 acteurs sur le marché des cars Macron en France.

VIDEO: Apple devrait présenter 3 nouveaux iPhones dans quelques semaines — voici ce que l'on sait