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'Ghosting' : pourquoi on ne se fatigue plus à répondre après une rencontre amoureuse ?

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'Ghosting' : pourquoi on ne se fatigue plus à répondre après une rencontre amoureuse ?
Les études indiquent qu'un tiers des personnes acceptent de "ghoster" après la première rencontre, mais paradoxalement, la majorité des interrogés voient d'un mauvais œil les partenaires ayant agi ainsi dans le passé. © Getty Images
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Tout laissait croire que vous vous reverriez, et puis plus rien. Malgré la bonne entente, les rires et le “à bientôt”, voilà des mois que vous attendez une réponse à votre dernier message. Cette disparition numérique soudaine, on l’appelle le "ghosting". Le terme, déjà entré dans le langage courant, fait référence de manière générale à l’absence de réponse brutale sur les réseaux sociaux ou par message. La définition de ce phénomène, d'abord cantonné aux relations amoureuses, s’est étendu à toute situation où on s’abstient de répondre, sans donner de justification, que ce soit avec des amis ou dans le milieu professionnel.

La numérisation de nos vies et la quantité de message que l’on reçoit quotidiennement est en partie à l'origine de ce comportement : on trie entre les demandes pour éviter de perdre du temps. Néanmoins, dans les relations amoureuses, il était encore coutume d’expliquer son désintérêt soudain à son amant. On lie la démocratisation du "ghosting" dans les rencontres amoureuses à l'arrivée de l'application Tinder en 2013. De la même manière qu'on pouvait faire connaissance sur Facebook tout en ayant la possibilité de bloquer la personne par la suite, l'appli introduit cette même pratique dans la recherche de l'âme sœur d'un soir ou d'une vie.

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Aussi facile de se rencontrer que de se quitter

"Tinder a amené quelque chose de l'ordre de l'immédiat. C'est aussi simple de se rencontrer que de se quitter. Pourquoi s'embarrasser à expliquer sa décision lorsque le premier contact s'est déroulé de manière consumériste ?" indique Catherine Lejealle, sociologue et enseignante chercheuse à l'ESG Management School. "Il y a une différence avec les précédents sites de rencontres du style Meetic où l'idée était d'abord d'en connaître bien plus avant d'envisager une rencontre, tandis que sur les applications, la prise de temps pour découvrir autrui est mise de côté. Si le partenaire ne convient pas, on sait qu'il y en a potentiellement une centaine d'autres qui pourront satisfaire nos besoins".

Mais quelle est la fréquence du ghosting, comment les gens le ressentent-ils et qui est le plus susceptible de le faire ? Les recherches de la professeure en psychologie Gili Freedman et ses collègues (Université du Maryland), publiées dans le Journal of Social and Personal Relationships, explorent ces questions. Dans ses études, environ 25% des participants ont déclaré avoir été "ghostés" par un partenaire précédent, et environ 20% ont indiqué qu'ils avaient "ghosté" quelqu'un d'autre. La seconde étude s'est également penchée sur le ghosting dans le cadre d'une relation amicale et révèle finalement que la pratique est encore plus fréquente : 31,7% des participants avaient déjà fait disparaître un ami et 38,6% avaient été victimes d'un tel acte.

Il n'est pas surprenant que la plupart des gens considèrent le ghosting comme une façon inacceptable de mettre fin à une relation. Cependant, le degré d'acceptabilité dépend du type de relation. Dans la première étude, un tiers des personnes interrogées ont estimé qu'il était acceptable de se faire passer pour un fantôme après un seul rendez-vous, alors que seulement 5% ont estimé que c'était une façon acceptable de mettre fin à une relation amoureuse à long terme. En outre, la majorité des participants (70%) ont déclaré que le fait de savoir que quelqu'un avait fait disparaître un partenaire romantique les amènerait à avoir une opinion plus négative de cette personne.

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Des attentes différentes

Lucas, agent immobilier de 28 ans, admet qu'il vit dans ce paradoxe avec ses rencontres sur application. "J'avais entamé une belle relation avec une personne jusqu'à ce qu'elle décide de me laisser sans réponse. Évidemment je n'ai pas apprécié ce comportement et j'ai surtout mal vécu l'absence d'une justification" raconte le jeune homme. "Néanmoins, je me suis permis de ghoster aussi une récente rencontre parce que j'entamais une période d'examen et que je ne voulais pas perdre de temps à continuer cette relation. Je trouvais ça plus facile d'effacer mon profil que de subir ce moment embarrassant où je dois expliquer ma décision".

Il existe probablement de nombreux facteurs qui influencent le ghosting, mais Gili Freedman s'est concentrée sur les attentes générales des personnes. Plus précisément, elle a cherché à savoir dans quelles mesures les gens adhèrent à l'idée du destin ou au développement d'une relation. Les personnes qui s'appuient sur le destin pensent qu'une rencontre est destinée à fonctionner, ou non. Aucune raison donc de perdre son temps si les attentes ne correspondent pas. En revanche, les personnes qui privilégient le développement, estiment que les bonnes relations demandent du travail et que la réussite du couple dépend des efforts des deux partenaires pour l'entretenir.

Vous l'aurez compris, la première catégorie d'individus interrogée est plus susceptible de ghoster que la seconde, selon cette étude.

Charlotte, 24 ans, évoque aussi une fuite des responsabilités. "Je ne cherche pas forcément une relation consumériste et lorsque je vois qu'il y a des atomes crochus avec l'autre partenaire, je commence à vouloir m'investir. Malheureusement c'est aussi à ce moment que je les vois disparaitre aussitôt". Pour Melissa, 27 ans, le surplus de demande est aussi à prendre à compte. "Le nombre de rencontres est tel qu'on accepte parfois sans réfléchir, juste par curiosité" et "on va pas perdre son temps à se justifier à chaque fois" ajoute t-elle.

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Une succession de trauma

Ces facteurs ont transformé les rencontres par application en un jeu de "est-ce que cette personne a les mêmes attentes que moi" plutôt qu'une exploration de qui elle est et si nous pouvons nous connecter. Et lorsque quelqu'un nous rejette d'une manière qu'on estime irrespectueuse, deux options s'offre à nous : trouver les raisons de cette éviction ou passer à autre chose. Quoi qu'il en soit, il s'agit de savoir comment vous choisissez de vous protéger pour ne pas être blessé.

Charles-Thibault Henriot, psychologue clinicien et psychothérapeute à Perpignan (Pyrénées-Orientales), indique que les rejets ou les ruptures répétés ne sont pas non plus à prendre à la légère. "La succession des traumas peut impacter la personne dans son rapport à la relation amoureuse mais surtout à l'engagement. On peut rencontrer par exemple des individus qui se perdent émotionnellement à forcer de se questionner de plus en plus sur les raisons de ces ruptures". Dans ce cas, la meilleure cure est peut-être de supprimer l'application et revenir aux rencontres classiques et inattendues ?

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