Google avance une date pour supprimer les cookies sur Chrome au grand dam des annonceurs

Sundar Pichai, le DG de Google, qui vient de décider de moins faciliter la navigation des internautes par les annonceurs. Photographer: Simon Dawson/Bloomberg

Toutes les décisions de Google touchant à sa technologie sont scrutées de près par les entreprises dont l'activité dépend en grande partie du géant de Moutain View. Et la dernière annonce ne devrait pas ravir annonceurs et les départements marketing des annonceurs. Google vient en effet de révéler qu'il se donnait désormais deux ans pour éliminer de son navigateur les "cookies" des sites internet, ces petits modules électroniques d'identification qui vous suivent sur internet pour mieux cibler la publicité et dénoncés par les militants de la protection de la vie privée. Le géant du web a indiqué que son programme "Privacy Sandbox" lancée en août permettrait toujours aux annonceurs de diffuser des messages ciblés, tout en évitant aux gens d'être suivis par ces "cookies" lorsqu'ils utilisent le navigateur Google Chrome.

L'objectif est de rendre les "cookies" de sites tiers (qui ne proviennent pas du navigateur utilisé mais du site visité), "obsolètes" d'ici "deux ans", a indiqué dans un billet de blog Justin Schuh de Chrome Engineering. Ces petits traceurs, installés automatiquement lors de la visite d’un site internet, servent à identifier un internaute, à sauvegarder ses préférences mais aussi à établir son profil et à savoir s'il a vu, ou cliqué, sur une publicité. Leur utilisation est dénoncée par les partisans du respect de la vie privée, mais défendue par les développeurs de services en ligne gratuits qui survivent grâce aux revenus publicitaires qu'ils génèrent.

Cette décision intervient alors que les géants de la tech, qui affrontent depuis plusieurs années des fuites de données, font face à une réglementation qui se durcit au sujet de la vie privée en ligne, à l'instar de la mise en place en Europe du règlement général de protection des données (RGPD). En France, l'association UFC-Que Choisir poursuit d'ailleurs Google en justice pour violation du RGPD. "Il doit, comme les autres, se soumettre à la loi et demander très clairement aux consommateurs l'autorisation d'utiliser leurs données personnelles, ce qui est très loin d'être le cas", expliquait Raphaël Bartolomé, responsable du service juridique d'UFC-Que Choisir, en juin 2019.

A lire aussi — Tinder et Grindr monnayeraient auprès des annonceurs l'accès à l'orientation sexuelle de leurs utilisateurs

'Rendre le web plus privé'

"Notre objectif avec cette initiative open source (dont les codes sont accessibles à tous, ndlr) est de rendre le web plus privé et sécurisé pour les utilisateurs, tout en soutenant les éditeurs", a assuré Justin Schuh. Bloquer purement et simplement les "cookies" n'est pas une bonne solution pour le géant américain qui craint que cela n'encourage des méthodes de traçage encore plus insidieuses.

Google n'a pas précisé par quoi il comptait remplacer ces "cookies" tiers, mais a dit "travailler activement" pour que les développeurs et éditeurs aient l'opportunité d'expérimenter de nouveaux mécanismes. Reste à savoir si l'élimination progressive de ces traceurs donnera à Google plus de contrôle sur sa publicité en ligne, un secteur qu'il domine pour l'instant aux côtés de Facebook. En effet, la décision de Google peut encourager les annonceurs à utiliser ses propres données récoltées de première main, comme les informations de connexion ou les adresses e-mail, pour réaliser du ciblage publicitaire ainsi que les dépenses liées à la mesure des données, y compris, bien sûr, la technologie de Google. 

Google pourrait également proposer aux annonceurs ses propres segments d'audience en fonction de ses données collectées à partir de son moteur de recherche, de Gmail, de YouTube, des téléchargements d'applications et des visites de sites éditeurs qui diffusent des publicités via Google.

Ce n'est donc pas nécessairement une bonne nouvelle pour les annonceurs et les petits et moyens éditeurs qui risquent d'être encore plus dépendants de Google — avec le risque de toucher des audiences plus larges mais moins pertinentes — ou qui devront trouver d'autres moyens de cibler les internautes.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Les 10 patrons les plus recherchés sur Google en France en 2019

VIDEO: Ces gouttes dans les yeux pourraient rendre les lunettes et lentilles de contact obsolètes