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Google Stadia manque de jeux pour décoller, voici pourquoi les développeurs ne s'y pressent pas

Google Stadia manque de jeux pour décoller, voici pourquoi les développeurs ne s'y pressent pas
© Getty Images

Après des années de développement et de battage médiatique, l'arrivée de Google dans le domaine des jeux vidéo s'est manifestée en novembre dernier, avec le lancement de Google Stadia. Google Stadia n'est pas une console de jeu, ni une plateforme de jeu, en réalité — c'est un magasin en ligne géré par Google où vous pouvez acheter des jeux à l'unité. C'est un nouveau service très ambitieux, qui se veut être le Netflix du jeu vidéo.

Qu'est-ce qui rend Stadia si ambitieux ? Plutôt que de télécharger des jeux ou d'y jouer depuis un disque Blu-ray, Stadia vous propose les jeux en streaming où que vous soyez, comme Netflix diffuse des films et des séries en streaming. L'enjeu est tellement important que Sundar Pichai, PDG de Google, a lui-même présenté Stadia en mars 2019 lors de la Game Developers Conference à San Francisco. Cependant, quatre mois après son lancement, le service est encore extrêmement léger en jeux : seuls 28 titres sont disponibles au moment où cet article a été écrit.

Google

Selon Google, 120 autres jeux sont prévus pour Stadia cette année, y compris quelques grands blockbusters à venir comme "DOOM Eternal" et "Cyberpunk 2077".

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Mais où sont les dizaines de succès indépendants qui ont contribué à enrichir les catalogues de la PlayStation 4 de Sony, de la Xbox One de Microsoft et de la Switch de Nintendo ? Où sont les jeux comme "Bloodstained", "Shovel Knight", "Dead Cells" et "Untitled Goose Game" — les jeux indépendants à succès qui se vendent à des millions d'exemplaires et ont droit à des suites ?

Ces jeux sont devenus essentiels au succès de toute nouvelle plateforme de jeu, mais sur les 28 jeux actuellement disponibles sur Stadia, seuls quatre appartiennent à la catégorie des jeux indépendants.

Google n'a pas su offrir de motivation aux développeurs indépendants

"Nous avons été contactés par l'équipe de Stadia", a dit un éminent développeur indépendant à Business Insider US. "Habituellement, avec ce genre de choses, ils proposent une sorte d'offre qui vous incite à les suivre". Mais la motivation "était en quelque sorte inexistante", dit-il. "C'est le moins qu'on puisse dire."

C'est une observation qui est partagée par plusieurs développeurs indépendants de premier plan et deux responsables de la publication avec qui nous avons parlé pour cet article.

"C'est qu'il n'y a pas assez d'argent", a déclaré l'un des responsables de publication avec qui nous avons échangé. L'offre était apparemment "si basse qu'elle n'a même pas fait partie de la conversation". La "motivation" n'est pas seulement financière, mais c'est la partie principale de l'équation.

House House/Panic

"Lorsque nous examinons ce type d'accord", a déclaré un autre éminent développeur indépendant, "nous nous demandons si l'argent est suffisant pour nous permettre de réaliser ce que nous voulons, ou s'il s'agit d'un accord d'exclusivité qui nous donne une sécurité".

Chacune des personnes avec lesquelles nous avons parlé, qui ont demandé à garder l'anonymat en raison de leur position dans l'industrie des jeux vidéo, a fait écho à ce sentiment — et a déclaré que Google n'offrait tout simplement pas assez d'argent, en plus de plusieurs autres préoccupations.

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"Il y a des plateformes sur lesquelles vous voulez être présent parce qu'elles ont un public et que vous voulez atteindre ce public", affirme un développeur. "C'est le cas de Steam, ou de la Switch. Ils ont beaucoup de monde sur leurs plateformes, et vous voulez être avec ces groupes pour qu'ils puissent jouer à vos jeux."

Mais Stadia n'a pas un grand public à atteindre — du moins pas encore — donc Google doit créer cette motivation pour les développeurs. Et les personnes avec qui Business Insider US a parlé ont dit qu'en dehors de l'argent, il n'y avait pas beaucoup de raisons de mettre leurs jeux sur Stadia.

Google a la réputation d'abandonner les projets qui ne trouvent pas leur public

"Si vous pouviez vous voir entrer dans une relation à long terme avec Google ?", se demande un développeur. "Avec l'histoire de Google, je ne sais même pas s'ils travailleront sur Stadia dans un an. Ce ne serait pas quelque chose de fou de voir Google [abandonner]. C'est dans leurs antécédents."

Cette crainte — que Google abandonne Stadia à un moment donné et ferme le service, comme il l'a fait avec tant d'autres au fil des ans — a été soulevée à plusieurs reprises, sans qu'on leur suggère, par chaque personne à qui nous avons parlé pour cet article.

Getty

"Avec Google, il est facile de les regarder et de se dire : eh bien, c'est Google", ajoute un responsable de publication. "Si quelqu'un doit faire en sorte que ça marche, c'est eux. Mais ils ont échoué une tonne de fois dans le passé et ont abandonné des services importants."

Le représentant de Stadia, Patrick Seybold, répond : "Les éditeurs et les développeurs avec lesquels nous parlons régulièrement nous soutiennent et veulent que Stadia réussisse. Il convient également de souligner que tous les éditeurs n'ont pas encore annoncé leurs jeux pour Stadia, et que d'autres jeux continueront à être annoncés en temps voulu."

Il a également envoyé une liste de tous les grands éditeurs avec lesquels Google travaille, dont des sociétés importantes comme EA, Bethesda, Ubisoft, 2K Games et Rockstar Games.

Mais la grande majorité des hits indés ne sont pas publiés par ces grands éditeurs. EA produit et publie "Madden" et "FIFA". Bethesda produit et publie "DOOM" et "Elder Scrolls". Ubisoft produit et publie "Assassin's Creed" et "Ghost Recon".

Tous ces jeux sont des blockbusters "triple A" — l'équivalent en jeu vidéo des grandes franchises de blockbusters hollywoodiens comme "Transformers" ou "Fast & Furious". Plusieurs jeux indépendants figurent sur la liste des jeux à venir, dont "Superhot" et plusieurs jeux "Steamworld", mais beaucoup d'autres sont encore manquants.

L'absence de ces jeux lors du lancement de Stadia en novembre dernier, et leur absence continue dans les mois qui ont suivi, témoigne de l'incapacité de Google à attirer les développeurs avant le lancement.

"Ce n'était pas seulement une question financière", a dit un développeur qui a décidé de ne pas publier sur Stadia. "Au bout du compte, je me demande pourquoi je ferais cela. Et il n'y avait aucune raison positive d'y aller. Il n'y avait pas vraiment de raison de vouloir nous faire entrer autrement que d'être les premiers sur la plateforme".

Version originale : Ben Gilbert / Business Insider

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