Les prix de centaines de produits alimentaires grimpent dans les hypermarchés — voici pourquoi

Les prix de centaines de produits alimentaires grimpent dans les hypermarchés — voici pourquoi

Cliente faisant des courses dans un supermarché. Business Insider France/Elisabeth Hu

Votée en octobre dernier, la loi intitulée "loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable", entre progressivement en vigueur. 

L'un de ses volets vise à améliorer la rémunération des producteurs pour qu'ils puissent correctement vivre de leur travail. C'était l'un des principaux axes des états généraux de l'alimentation (Egalim) organisés de juillet à décembre 2017 et qui ont inspiré la loi. 

Pour y parvenir, le gouvernement et un certain nombre d'acteurs du secteur de la distribution, des industriels et des syndicats d'agriculteurs ont longuement négocié un mécanisme qui est censé permettre, in fine, aux producteurs de gagner plus d'argent. 

L'idée sous-jacente est de faire cesser la guerre des prix dans la grande distribution, afin que les hypermarchés augmentent leurs marges et puissent par ricochet mieux payer les industriels, pour qu'eux-mêmes puissent mieux payer leurs producteurs.

De nouvelles règles

Hypermarché E.Leclerc en Île-de-France, le 24 novembre 2018. Business Insider France/Elisabeth Hu.

Fort de cet objectif, le législateur a changé les règles.

D'une part, depuis le 1er janvier, les promotions sont désormais encadrées et limitées à 34% de la valeur du produit, signant théoriquement la fin des offres comme "un produit acheté = un produit offert". Dans un deuxième temps, à compter du 1er mars, les promotions seront également limitées en volume, à hauteur de 25%.

D'autre part, depuis ce vendredi 1er février, la loi impose également une augmentation de 10% du SRP, le seuil de revente à perte. De quoi parle-t-on ?

Jusqu'à présent, quand un hypermarché vendait un produit, il était obligé de le vendre au moins le prix qu'il l'avait acheté, en vertu de l'interdiction de vendre à perte (instaurée pour tout produit depuis 1996). 

Une hausse de 10% sur certains produits

Le Nutella est un des principaux produits d'appel sur les catalogues promotionnels des enseignes. Business Insider France/Elisabeth Hu.

Ainsi, 7% environ des produits alimentaires sont vendus avec une marge nulle ou quasi nulle. Ils sont considérés comme des "produits d'appels" et servent essentiellement à attirer les consommateurs dans le magasin à grand coup de promotions, comme Intermarché l'avait fait avec une méga promotion sur le Nutella il y a un an. Il s'agit essentiellement d'une stratégie des grandes surfaces en périphérie de ville car les supermarchés urbains réalisent rarement moins de 10% de marge sur un produit. 

En parallèle, le distributeur s'offre des marges plus confortables sur d'autres gammes de produits, notamment les produits agricoles. 

Or, depuis ce vendredi, les grandes surfaces sont obligés d'ajouter 10% minimum de marge sur les produits d'appel, qu'ils ne peuvent donc plus vendre à prix coûtant.

Exemple, si une enseigne achète un produit 1 euro à un fournisseur, elle ne peut plus le revendre 1 euro, mais doit monter son prix à 1,10 euro. Les 10 centimes supplémentaires sont considérés comme correspondants aux coûts réels de l'enseigne, pour acheter, réceptionner, stocker, mettre en rayon le produit, le garder au frais... autant de lignes de coûts jusqu'alors pas pris en compte dans le calcul du seuil de revente à perte.

Des contreparties non contraignantes 

Le ruissellement des marges vers les agriculteurs n'est pas garanti. Business Insider France/Elisabeth Hu.

Mécaniquement, en augmentant les prix de 10%, les enseignes gagneront plus d'argent sur ces produits et le législateur espère qu'en contrepartie elles réduiront leurs marges sur les produits agricoles au profit des agriculteurs. 

Mais cela semble à un voeu pieu. Aucun système contraignant de redistribution n'a été mis en place pour être sûr que les enseignes jouent le jeu. 

Ce qui depuis plusieurs mois fait dire à certains et notamment à Michel-Edouard Leclerc, que "c'est une arnaque". Le patron du mouvement E.Leclerc dont la stratégie repose sur des prix bas s'interroge en effet sur la façon dont l'augmentation de 10% du prix d'un pot de Nutella va finir dans la poche d'un éleveur français.

Dans un communiqué publié jeudi, la FEEF, Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France — qui représente les fournisseurs de PME de la grande distribution — partage le constat que le "ruissellement" des marges vers les agriculteurs n'est pas acquis. Elle met en garde sur les effets de cette hausse du SRP qui selon elle, va essentiellement inciter les grandes surfaces à offrir plus de place dans ses rayons aux grandes marques internationales et nationales aux dépens des produits des PME françaises.   

L'ingéniosité des enseignes

De leur côté, les grandes enseignes se défendent à cor et à cri et communiquent à qui mieux mieux sur le fait qu'elles veulent protéger le pouvoir d'achat des Français contre cette hausse des prix de 10% qu'on leur impose. Elles rivalisent d'ingéniosité pour continuer à faire de grandes promotions, non plus avec des ristournes directes mais avec d'habiles remboursements ou cumuls de points sur leurs programmes de fidélité. 

La guerre des prix se déplace également vers les produits non alimentaires, qui ne sont pas concernés par la hausse du SRP. A défaut de Nutella, les prochaines promotions monstres pourraient donc se faire sur les couches ou les lessives.

Le cabinet Nielsen l'avait prédit lors du Retail Execution Forum le 22 novembre dernier. "En 2019, le budget promo ne va pas diminuer, mais il sera ré-alloué", disait alors Daniel Ducrocq, directeur du service distribution de Nielsen. 

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Lire aussi : Voici les perdants et les gagnants de la grande distribution en 2018

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  1. Pierre

    Une augmentation de 10% sur 10€, ça fait 11€ et pas 10,10€

    • Elisabeth Hu

      Bien sûr, vous avez raison, c'est corrigé. Merci pour votre vigilance.

    • BOURGIN

      L'article ne "parle" pas d'une augmentation de 10 % sur 10 €, mais 10 % sur 1 €. Je ne vois pas, dans ces conditions, où il y a une erreur.

    • BOURGIN

      L'article "parle" d'une augmentation de 10% sur 1 €, ce qui fait bien 10 centimes d'€. Je ne vous pas où il y a une erreur

  2. Farouk BOUCHELAGHEM

    Même si aucun système contraignant de redistribution n'a été mis en place pour être sûr que les enseignes jouent le jeu, le même principe a déjà été appliqué dans d'autres secteurs d'activité - tel qu'il a été le cas, par exemple, pour l'amélioration des salaires en diminuant les charges sociales pensant que les entreprises (les patrons) allaient augmenter les rémunérations, ce qui n'a pas été le cas. La diminution des charges sociales a principalement profité aux entreprises, en trouvant comme à chaque fois, un moyen légal de contourner les règles et d'en tirer profit. On ne peut pas reprocher aux entreprises de vouloir réaliser plus de profits, c'est légitime et c'est même leur raison d'exister. Le législateur s'obstine à vouloir améliorer les conditions des producteurs par de la contrainte exercée sur les acteurs des activités avales et notamment, dans ce cas, les enseignes de la grande distribution. A mon avis, le législateur devrait revoir son approche et agir à partir de la production par la mise en place d'un système permettant aux producteurs d'imposer des prix équitables et compétitifs; Trois aspects à prendre en compte: 1/ La fiscalité imposée aux producteurs agricoles - celle-ci devrait être revue afin que les agriculteurs puissent être compétitifs face à l'importation. Pourquoi pas 0% imposition (zéro taxes), les impositions et taxes sur les activités avales devront largement couvrir un manque dans ce sens. 2/ de même, les charges sociales, les coûts d'énergie devraient également être allégés au maximum pour le secteur de l'agriculture spécifiquement et dont le manque pourrait aisément être soutenu par les autres secteurs d'activité (n'est-ce pas qu'au final notre existence à tous dépend largement de l'agriculture) et 3/ Les plateformes de vente en gros; les agriculteurs devraient avoir des facilités et/ou la possibilité de s'organiser en plateformes de vente en gros et réduire ainsi l'impact des règles non-équitables qu'ils subissent de la part des intermédiaires.

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