Un homme porte un t-shirt à l'effigie du drapeau chinois, le 16 novembre 2018 à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-GuinéeReuters/Mark Schiefelbein/Pool

  • Les Etats-Unis cherchent à rallier leurs alliés contre le géant de la tech Huawei — qu'il soupçonne d'espionnage pour le compte du gouvernement chinois.
  • Huawei est le leader mondial des équipements télécoms qui permettent de faire fonctionner le réseau mobile en 4G — et demain en 5G.
  • Le gouvernement français s'inquiète de cette domination chinoise, alors que les opérateurs français commencent les expérimentations sur ce réseau mobile du futur.

Les Etats-Unis et l'Europe commencent à s'inquiéter de voir les entreprises chinoises dominer le marché des équipements pour le futur réseau mobile 5G.

Les Etats-Unis se sont lancés dans "un programme de sensibilisation extraordinaire" afin de rallier ses alliés contre le géant chinois de la tech Huawei, afin qu'il n'ait pas accès aux infrastructures essentielles de télécommunications, selon le Wall Street Journal, qui cite des officiels américains. Les autorités américaines auraient déjà alerté l'Allemagne, l'Italie et le Japon à ce sujet.

En France, Huawei est connu par le grand public pour ses smartphones. Mais l'entreprise chinoise est aussi le leader mondial — en parts de marché— des équipements télécoms, c'est-à-dire les appareils qui permettent de faire fonctionner le réseau mobile en 4G — et demain en 5G.

Cependant, les liens entre Huawei, ZTE — un autre géant chinois des télécoms — et le gouvernement de Pékin inquiètent les autorités des deux côtés de l'Atlantique. L'administration américaine soupçonne ces entreprises d'espionner les puissance étrangères pour le compte de la Chine.

En février, des chefs de services secrets américains — dont la CIA, le FBI et la NSA — certifiaient sous serment qu'ils ne recommandaient pas l'utilisation de produits Huawei et ZTE par les citoyens. En mai, le Pentagone a annoncé qu'il allait arrêter de vendre ces appareils dans les magasins des bases militaires américaines car ils "pourraient représenter un risque inacceptable".

En France, l'article R 226 du Code pénal interdit les opérateurs Français d'acheter leur cœur de réseau auprès de fournisseurs chinois, rappelle Le Figaro, mais pas leurs équipements radio, qui font interface entre le réseau et le client.

'Toutes les organisations doivent collaborer aux missions de renseignement national'

Une publicité pour Huawei à Pékin, le 28 septembre 2018. Reuters/Stringer

Seuls les équipements de coeur du réseau permettent actuellement d'intercepter des conversations. Mais avec la 5G, les équipements radio auront également cette capacité. Le gouvernement envisagerait donc d'étendre le champ d'application de l'article 226 aux équipements radios pour la 5G, d'après le journal.

Selon Danielle Cave de l'Australian Strategic Policy Institute, un think-tank public australien, les pays occidentaux ont raison de s'inquiéter. Interrogée par Business Insider, elle renvoie vers l'article 7 de la loi nationale de renseignement chinoise, qui date de 2017, et qui dit: 

"Toutes les organisations et tous les citoyens doivent, conformément à la loi, soutenir le travail de renseignement national, coopérer avec, et collaborer aux missions de renseignement national, et garder le secret sur le travail de renseignement national dont ils sont au courant..."

"L'État protégera les individus et les organisations qui soutiennent, coopèrent et collaborent au travail de renseignement national."

Huawei a par ailleurs été fondé par Ren Zhengfei, un ancien officier de l'armée chinoise.

L'Australie et les Etats-Unis interdisent déjà à Huawei et ZTE de fournir des équipements 5G. En Allemagne, des officiels tenteraient de convaincre le gouvernement d'exclure Huawei du marché de la 5G, d'après Reuters.

De son côté, le gouvernement français est inquiet et indécis, selon Le Figaro.

Un risque de hausse de prix

A l'heure actuelle, le réseau Free est principalement équipé par Nokia, tandis que Bouygues Telecom et SFR ont eu recours à Huawei pour une partie de leur réseau. Orange utilise aussi du matériel chinois, mais uniquement hors de France. SFR a également déjà réalisé des tests de transmissions en 5G avec des équipements Huawei et Nokia.

Un spécialiste interrogé par le journal estime que l'Europe — les firmes Ericsson et Nokia en tête — a pris du retard dans le domaine. 

"Si l'on prive les opérateurs télécoms nationaux d'accès à Huawei, il n'y aura quasiment plus de concurrence et les prix vont grimper", prévient-il.

En août, l'UE a accordé un prêt de 500 millions d'euros à Nokia pour combler ce retard.

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