Huawei lance une contre-offensive devant un tribunal des États-Unis

Un magasin Huawei à Pekin, en Chine, le 16 mai 2019. REUTERS/Thomas Peter/File Photo

Le groupe chinois de télécoms Huawei réclame un jugement en référé aux Etats-Unis sur la procédure qu'il a engagée contre les autorités américaines pour dénoncer les sanctions prises à son encontre. Dans sa requête déposée mardi soir, qui amende sa plainte déposée en mars, Huawei demande à un tribunal fédéral du Texas de déclarer "anticonstitutionnelle" la loi sur la défense nationale adoptée l'an dernier aux Etats-Unis, que Pékin dénonce comme un texte ciblant les activités chinoises.

Cette loi, le National Defense Authorization Act (NDAA), interdit de manière générale aux administrations fédérales et à leurs sous-traitants d'utiliser les équipements de Huawei pour des raisons de sécurité nationale en raison des liens présumés entre ce groupe et les autorités chinoises. Huawei a constamment démenti tout contrôle du gouvernement, de l'armée ou des services de renseignement chinois sur ses activités.

Glen Nager, associé au cabinet d'avocats Jones Day et principal conseiller juridique extérieur de Huawei, a déclaré à Reuters que le tribunal américain avait accepté d'établir un calendrier avec des audiences prévues en septembre pour entendre les avis contradictoires sur le dossier.

Huawei réfléchit aux moyens d'obtenir une levée de l'interdiction de se fournir auprès d'industriels américains

Outre ses équipements télécoms, les téléphones mobiles et les tablettes de Huawei sont également dans le viseur des Etats-Unis. Le groupe a été placé le 16 mai sur une liste noire l'empêchant de se fournir auprès d'industriels américains, une décision qui a entraîné la défection de certains de ses fournisseurs et perturbé l'ensemble du secteur technologique. Les Etats-Unis ont néanmoins accordé la semaine dernière à Huawei une levée temporaire d'une partie des sanctions à son encontre et pourraient éventuellement prolonger cette mesure.

Song Liuping, responsable juridique chez Huawei, a déclaré mercredi que le groupe réfléchissait aux moyens d'obtenir la levée de cette interdiction, qui, selon lui, affecte plus de 1 200 fournisseurs et constitue une menace, en bout de chaîne, pour ses trois milliards de clients dans 170 pays. Pour Song Liuping, le recours par Washington à des décrets et à des lois pour sanctionner une seule entreprise "crée un précédent très dangereux".

"Aujourd'hui, ce sont les télécommunications et Huawei. Demain, ce pourrait être votre société, votre secteur, vos clients", a-t-il déclaré à la presse au siège du groupe à Shenzhen.

Vincent Pang, vice-président de Huawei, juge que le décret américain et la liste noire dans laquelle le groupe a été placé ne respectent pas le cadre d'une concurrence normale. "Cela pourrait déboucher sur un début de fragmentation de l'écosystème technologique dans son ensemble et des normes", a-t-il déclaré. Vincent Pang ne s'attend pas cependant à ce que cette situation "politique" retarde le déploiement des réseaux mobiles de 5G en Chine. 

'Si Donald Trump m'appelle, il se pourrait que je ne réponde pas'

Le décret américain intervient sur fond de tensions commerciales croissantes entre la Chine et les Etats-Unis, les deux principales économies du monde. Elle s'ajoute à des accusations américaines selon lesquelles Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur du groupe, aurait participé à un montage bancaire permettant d'échapper aux sanctions de Washington contre l'Iran.

Donald Trump a indiqué que le dossier Huawei pourrait être intégré à un accord commercial avec la Chine, bien qu'il considère l'entreprise comme "très dangereuse". Une option qui ne semble pas réjouir Ren Zhengfei, le PDG de l'entreprise chinoise. "Les États-Unis ne nous ont jamais acheté de produits. Et même si les États-Unis voulaient acheter nos produits dans le futur, je ne leur vendrai pas", a-t-il déclaré selon Bloomberg. "Pas besoin de négociations. J'ignorerai Donald Trump, alors avec qui va-t-il négocier ? S'il m'appelle, il se pourrait que je ne réponde pas".

De son côté, la Chine envisagerait d'interdire les exportations de terres rares vers les États-Unis, selon la presse officielle. L'Empire du Milieu produit plus de 90% des terres rares de la planète, comme le rappelle Les Echos, des métaux utilisés pour produire nombre de produits high-tech comme les smartphones. Un officiel chinois aurait déclaré que les produits fabriqués à partir de ces matériaux ne devraient pas être utilisés à l'encontre du développement de la Chine.

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