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Il est trop tôt pour célébrer le vaccin contre le Covid de Pfizer, selon cet expert

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Il est trop tôt pour célébrer le vaccin contre le Covid de Pfizer, selon cet expert
© Steve Parsons-WPA Pool/Getty Images

Lundi 9 novembre, Pfizer a marqué une étape importante dans la lutte contre la pandémie de coronavirus, en annonçant que son vaccin expérimental était très efficace pour prévenir le Covid-19, après une étude portant sur 43 538 personnes. Le fabricant de médicaments, dont le chiffre d'affaires s'élève à 220 milliards de dollars (187 milliards d'euros), a déclaré que, inoculé en deux doses, son vaccin serait efficace à plus de 90 % pour prévenir le Covid-19, sur la base de 94 cas de la maladie observés lors de l'essai à grande échelle.

Mais malgré ces bonnes nouvelles, Pfizer et son partenaire allemand BioNTech font face à des réserves. William Haseltine, cadre de longue date dans le domaine des biotechnologies et expert en maladies infectieuses, a déclaré à Business Insider US qu'il souhaitait voir les données sous-jacentes pour étayer l'allégation d'efficacité. Il a déjà critiqué d'autres sociétés dans la course au vaccin contre le coronavirus, notamment Moderna, pour avoir vanté ses résultats dans des communiqués avant de publier des données détaillées. Quant à la publication de Pfizer, lundi 9 novembre, William Haseltine remarque qu'il n'y avait pas de données dans le communiqué.

L'analyse était basée sur 94 cas de Covid-19 parmi les participants à l'étude, mais Pfizer n'a pas communiqué la répartition exacte du nombre de personnes tombées malades après avoir reçu le vaccin de Pfizer par rapport au placebo. Le communiqué ne précisait pas non plus combien de cas étaient graves ou légers, ni si les différents groupes d'âge avaient des niveaux de protection différents.

A part affirmer qu'il n'y a pas eu de problèmes graves de sécurité, Pfizer n'a pas fourni de détails à ce sujet, comme la fréquence et la gravité des effets secondaires. Le PDG Albert Bourla a déclaré que la société partagerait des données supplémentaires sur l'efficacité et la sécurité "dans les semaines à venir". "C'est de la science par déclaration publique", regrette William Haseltine.

William Haseltine est un ancien professeur de médecine de Harvard qui a fondé deux centres de recherche sur le VIH et le cancer. Cet expert en virologie et en maladies infectieuses est aujourd'hui président d'Access Health International, un groupe de réflexion à but non lucratif sur la santé. Il a également fondé et dirigé plusieurs sociétés de biotechnologie, dont Human Genome Sciences, qui a finalement été rachetée par GlaxoSmithKline pour 3 milliards de dollars.

Pendant la pandémie, il a plaidé pour que les États-Unis adoptent une stratégie d'essai à grande échelle, en affirmant auparavant que la réponse du pays dépendait trop d'un vaccin. "C'est une très bonne nouvelle que le vaccin ait un effet mesurable", a déclaré William Haseltine, ajoutant qu'il y avait encore beaucoup de choses à apprendre sur la solution de Pfizer : "Il y a beaucoup, beaucoup de questions en suspens qui restent sans réponse".

Nous ne savons pas si le vaccin de Pfizer prévient l'infection, ce qui soulève la possibilité de porteurs asymptomatiques

La plupart des questions portent sur les limites de l'étude. L'essai a été conçu pour voir s'il y avait moins de cas de Covid-19 symptomatiques, la maladie causée par le coronavirus, chez les personnes recevant le vaccin plutôt qu'un placebo.

Il met en évidence une distinction cruciale qui pourrait avoir une influence majeure sur la réponse à la pandémie : ce vaccin prévient-il l'infection aussi bien que la maladie (avec des symptômes) ?

L'essai de Pfizer — et d'autres études en cours de grands développeurs de vaccins — ne teste pas régulièrement des volontaires pour évaluer les infections asymptomatiques. Cela pourrait signifier que les personnes vaccinées pourraient toujours devenir des porteurs asymptomatiques et transmettre le virus à d'autres personnes sans le savoir. "C'est un point important auquel la plupart des gens ne pensent pas, je crois", pointe William Haseltine. "Cela ne signifie pas la fin de l'épidémie."

William Haseltine soulève également la question suivante : le vaccin réduit-il la gravité de la maladie et, en fin de compte, affecte-t-il le nombre d'hospitalisations et de décès ? Là encore, les conclusions de l'étude sont limitées par son objectif principal, qui ne fait pas la distinction entre un patient légèrement malade du Covid-19 — quelqu'un qui a un peu de fièvre et qui tousse pendant quelques jours — et un patient gravement malade.

Enfin, le communiqué de presse de Pfizer ne mentionne pas si le vaccin semble aussi efficace dans différents sous-groupes, tels que les personnes âgées, qui sont plus susceptibles de subir les pires conséquences du virus.

Version originale : Andrew Dunn/Business Insider US

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