INFO BUSINESS INSIDER FRANCE : Les Sea Bubbles vendues à des investisseurs étrangers

Thomas Giraudet/Business Insider France

INFORMATION BUSINESS INSIDER FRANCE. Selon nos informations, la startup française Sea Bubbles, qui conçoit et fabrique des bateaux-taxis flottants sur l'eau, passe sous pavillon étranger. Les deux marins cofondateurs Alain Thébault et Anders Bringdal ont accepté des offres d'investisseurs étrangers pour céder les 66% de l'entreprise qu'ils possèdent avec leurs familles respectives. Interrogé sur le montant de la vente et l'identité de ces quatre offres séparées en provenance de Suède, des Etats-Unis, et de Suisse, Alain Thébault n'a pas voulu donné plus de détails. Il ne s'agirait pas de fonds de capital-risque mais d'industriels et de groupes familiaux. "Nous avons été approchés par des investisseurs chinois, suisses, suédois et américains. Les familles Thébault et Bringdal ont accepté une offre d'achat d'un groupe d'investisseurs étrangers", a confirmé le navigateur de 56 ans — inventeur de l'Hydroptère — à Business Insider France.

En attendant les termes précis de l'accord piloté par une banque d'affaires, une holding suisse devrait porter ce rachat. Les deux fondateurs devraient rester actionnaires minoritaires de Sea Bubbles. Le reste du capital est composé de la MAIF, du fonds Partech, de Philippe Camus, DG de Lagardère, et d'Henri Seydoux, qui avaient participé à une levée de fonds de 10 millions d'euros en 2017. Alain Thébault et Anders Bringdal resteront ingénieurs au sein de la nouvelle structure que vont créer les nouveaux propriétaires. Ils devraient notamment continuer à affiner le développement d'une bulle autonome.

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Entre prise de participation ratée avec un groupe français et écueils après des marques d'intérêt, il devenait urgent pour la startup de trouver des fonds pour se rapprocher de l'objectif voire du rêve promis : déployer 5000 "bulles" dans 50 villes d'ici 2024. "Notre marché est mondial. On a des négociations avancées en Hollande, en Italie, en Australie. Mais nous sommes une petite équipe (10 personnes) et on a eu une idée qui manifestement nous dépasse. Les nouveaux investisseurs ont la manière de penser et la surface financière pour contribuer au développement de l'entreprise".

Anders Bringdal et Alain Thébault, cofondateurs et respectivement président et vice-président de Sea Bubbles. FDemange/Sea Bubbles

Cette vente n'est pas réellement une surprise. Depuis deux ans, Anders Bringdal et Alain Thébault ont parcouru la planète pour vendre leur concept mais aussi écouter toutes les propositions, d'industriels et d'acteurs privés, qui leur permettraient de déclencher l'industrialisation de la production tout en se retrouvant financièrement sur le plan personnel.

C'est la commande annoncée de quatre bulles par Baja Ferries à Miami et de 10 autres par un groupe hôtelier qui semble avoir accéléré les discussions. "Avec Anders, on va toujours au bout de ce qu'on entreprend. On avait dit qu'on ferait un proof of concept et qu'on vendrait des bulles. J'avais toujours dit que je passerais ensuite à autre chose. C'est aujourd'hui le cas." Volubile et créatif, Alain Thébault — qui se définit comme "un paysan de la tech" — n'a jamais caché en privé que la gestion quotidienne d'une entreprise n'était pas ce qu'il préférait. "Cette vente va permettre de me concentrer sur des sujets qui me tiennent à cœur en essayant d'être utile à la collectivité. Ce n'est pas possible qu'on sous-utilise autant l'eau et les fleuves au sein de villes congestionnées", déclare le Breton de naissance, qui a navigué avec Eric Tabarly.

Prochaine étape : faire voler des bus sur l'eau

Sea Bubbles promet de révolutionner les transports urbains en prenant d'assaut les fleuves et les rivières des villes pour décongestionner nos rues et boulevards des voitures. Après avoir fait naviguer son prototype de bateau-taxi électrique sur la Seine en 2017, Sea Bubbles avait fait sensation il y a moins d'un an à Paris, avec une attention toute particulière des médias. Elle avait testé pendant deux jours sur la Seine un modèle plus proche de la version finale.

La bulle est entièrement électrique, capable de naviguer à 50 km/h et complètement stable grâce aux foils situés sous l'eau qui montent ou descendent. Les commandes électriques sont identiques à celles utilisées par Airbus dans l'aéronautique. Elles se contrôlent avec un simple iPad. Produites en Asie, les Sea Bubbles, avec un pilote et quatre passagers, sont vendues 200 000 dollars, pour 2h30 d'autonomie. Une version à hydrogène est en préparation. Les premières devraient naviguer à Miami cet été.

Mais Alain Thébault et Anders Bringdal sont déjà passés à l'étape d'après : faire voler des bus sur l'eau. Plus prosaïquement, construire des bateaux-taxis électriques de 12, 32 voire 49 places. "Ce n'est pas la même technologie, le même design. Nous avons désormais des moyens très significatifs pour développer ce projet", baptisé The Fly Bus, filiale de la future holding suisse.

Voici les premières images de ces nouveaux véhicules :

The FlyBus/Alain Thébault


'L'administration française souffre d'arthrose'

Dans l'écosystème français, Sea Bubbles faisait partie de ces rares startups à créer des produits pour un usage grand public. Ce passage sous pavillon étranger est une pierre dans le jardin de la startup nation et d'Emmanuel Macron. Mais ce n'est pas très étonnant. Sea Bubbles avait déjà créé une filiale en Suisse et Alain Thébault n'a eu de cesse de déplorer "la gangue administrative" française, irritant au passage quelques conseillers d'Emmanuel Macron et investisseurs. il reprochait notamment la limitation de vitesse à 18km/h sur la Seine alors qu'on lui déployait le tapis rouge ailleurs A Paris, la bulle doit faire face à des conditions particulières à cause des nombreux ponts, des bateaux et des péniches qui créent du ressac.

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Depuis, un accord de principe a été trouvé pour permettre à ces taxis volants sur l'eau de naviguer à une vitesse de 25 noeuds sur la Seine (40 km/h environ).

"Paris c'est notre vitrine. Anne Hidalgo a fait bouger les lignes. Mais à Miami, la seule condition exigée, c'est de ne pas faire de vagues. Ce qui correspond à la bulle. On a obtenu l'accord en une journée là où ça a mis six mois en France. Les règles sont d'un autre âge. On ne veut pas perdre notre énergie dans ce combat. L'administration française souffre d'arthrose", déclare encore aujourd'hui Alain Thébault.

Le dirigeant est passé à l'acte et il file aujourd'hui direction la Suisse et son Lac Léman. 

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