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L'INSEE va inclure le trafic de drogue au calcul du PIB — voici comment on peut le mesurer

L'INSEE va inclure le trafic de drogue au calcul du PIB — voici comment on peut le mesurer
© REUTERS/Jason Redmond
  • L'Insee va désormais inclure le trafic de drogues dans le calcul du PIB pour s'accorder avec le reste de l'UE.
  • Il est difficile d'obtenir des données précises sur ce marché mais il possible d'avoir une idée de son importance.
  • Eurostat, l'organisme de statistique de l'UE, recommande également d'inclure la prostitution dans le calcul, mais l'Insee refuse.

L'Insee l'annonce dans un communiqué publié mardi 30 janvier: le trafic de drogues sera désormais comptabilisé dans le calcul du produit intérieur brut (PIB).

Il s'agit pour l'institut de suivre les recommandations d'Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, qui demande depuis 2014 à tous les pays membres de fournir les mêmes données, explique Reuters.

D'après Ronan Mahieu, le chef du département des comptes nationaux à l'Insee, le PIB pourrait augmenter de 0,1 point, soit une correction de 2,2 milliards d'euros avec cette nouvelle méthode de calcul.

En revanche, cela n'aura pas d'incidence sur la croissance puisque les chiffres des années précédentes seront corrigés selon cette nouvelle méthode.

L'Insee incluait déjà ces chiffres dans les données transmises à Eurostat (revenu national brut) qui permettent de calculer la contribution de la France au budget de l'Union.

La méthode de calcul

Comment faire pour mesurer la création de valeur d'un secteur illégal, dont les revenus ne sont évidemment pas déclarés?

D'après un document obtenu par Le Monde en 2014, Eurostat demande d'utiliser des informations provenants de rapports des autorités (police, douanes, ministères), des études menées par des universitaires, des institutions ou des associations, ou encore des organisations internationales.

"Le problème est que ces sources n'ont pas pour objectif de fournir la comptabilité nationale", écrit Eurostat.

"Elles différent sur de nombreux points (par exemple la population, la période, ou le type d'utilisateurs de drogues couverts) et sont difficiles à comparer ou combiner, certaines sont des études ponctuelles ou ne sont pas disponibles régulièrement".

"La méthodologie classique consiste à croiser des estimations en ce qui concerne l'offre d'activité illégale et des estimations en ce qui concerne la demande en activité illégale, puis à prendre une valeur à peu près cohérente en fonction de cela", explique sur son blog Thomas Renault, enseignant chercheur à l'IESEG et à l'Université Panthéon-Sorbonne.

"Par exemple, il est possible d'estimer l'offre de drogue en prenant en compte les saisies policières. De l'autre côté, la demande de drogue et de services de prostitution peuvent être estimées via des sondages et enquêtes.

Ce n'est clairement pas simple à estimer, mais il est possible d'avoir tout de même une vague idée de l'importance des activités illégales dans un pays donné, pour intégrer cela par la suite dans le calcul du PIB."

Eurostat recommande par ailleurs d'inclure la prostitution dans le calcul, car celle-ci est légale dans certains pays de l'Union et est considérée comme une transaction commerciale consentie librement. Mais pour l'Insee, il est difficile de vérifier le consentement, notamment dans le cas des réseaux, si bien que l'institut refuse de comptabiliser ce secteur dans le PIB, affirme Ronan Mahieu à l'AFP.

Business Insider
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