Intermarché modifie la recette de 900 produits pour avoir de meilleures notes sur l'appli Yuka

D'ici 2020 Intermarché va enlever 140 additifs des recettes de ses produits . Business Insider France/Claire Sicard

Le règne de l'application Yuka ne fait que commencer. L'enseigne de grande distribution Intermarché vient d'annoncer qu'elle allait modifier près de 900 recettes de ses produits commercialisés en marque de distributeur (Pâturages, Monique Ranou ...). L'objectif est à la fois d'augmenter le classement Nutri-Score de ces produits pour obtenir la note de A, B ou C. Mais le but est surtout d'améliorer leur note donnée via l'application Yuka afin d'obtenir un résultat supérieur ou égal à 50. Intermarché a envoyé fin 2018 à ses fournisseurs une liste de 140 additifs à bannir des recettes fabriquées pour l'enseigne. Entre les colorants, les conservateurs et les texturants, les exemples sont nombreux : carbonates de magnésium, dioxyde de titane, etc. 

Contacté par Business Insider France, la direction d'Intermarché a confirmé que déjà près de 200 recettes avaient été modifiées depuis le printemps dernier. Par exemple, le taboulé aux raisins commercialisé sous la marque Monique Ranou aurait vu sa note sur l'application Yuka passer de 45 à 69 grâce à des modifications dans sa réalisation. Concrètement, des solutions existent bel et bien pour améliorer la qualité nutritionnelle de certaines recettes : remplacer une partie du sel par des épices, diminuer le nombre de conservateurs en utilisant la pasteurisation, etc. L'objectif pour l'enseigne est de finaliser ces changements d'ici fin 2020. Intermarché indique en tout cas répondre à une demande de ses clients :  "les consommateurs sont désormais en attente de recettes plus clean, de listes d'ingrédients courtes et compréhensible". 

Le cas d'Intermarché est assez particulier au sein de la grande distribution : 100 % des produits de l'enseigne vendus sous marque de distributeur sont en effet fabriqués par sa filiale Agromousquetaires. Avec ses 62 usines de production et ses 11 000 collaborateurs, Agromousquetaires est le 4ème acteur de l'agroalimentaire en France. En 2018, les laitages Pâturages ou les jambons Monique Ranou, pour ne citer que les plus connus, ont représenté un chiffre d'affaires de plus de 4 milliards d'euros. Intermarché a donc plus de facilités que ses concurrents à imposer la suppression d'additifs ou la modification des recettes de ses produits.

3 millions d'articles sont scannés tous les jours sur l'application Yuka

Ce n'est en tout cas pas un hasard si Intermarché cherche à obtenir une note Yuka supérieure à 50 pour ses produits. En effet, si le résultat est en dessous de ce score, l'application propose des alternatives au produit, comme dans l'exemple ci-dessous avec un produit noté 9/100, les biscuits Belvita Petit Déjeuner Chocolat. Si la note est supérieure ou égale à 50, Yuka ne recommande pas d'autres produits. Il existe donc un vrai risque pour les industriels de voir les consommateurs se tourner vers d'autres produits mieux notés. En modifiant 900 recettes et en supprimant 140 additifs, Intermarché met donc toutes les chances de son côté pour contourner ce danger éventuel.

Exemple d'alternatives recommandées par l'application Yuka en cas de score inférieur à 50 pour un produit. Capture d'écran application Yuka.

Cette annonce vient en tout cas consolider un peu plus l'influence de l'application Yuka dans le secteur agroalimentaire. On ne présente plus cette appli qui permet de scanner les codes-barres de tous les produits alimentaires pour obtenir une note de qualité sur 100. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Yuka, c'est plus de 11 millions de téléchargements et 3 millions d'articles scannés tous les jours. La note Yuka est donc devenue le graal des industriels. Elle prend en compte différents critères : la qualité nutritionnelle représente 60 % de cette note (en se basant sur la méthode du Nutri-Score qui recense les calories, le sucre, le sel, les protéines, etc.), la dimensions biologique 10 % (produit disposant du label bio français AB ou européen Eurofeuille) et la présence d'additifs 30 %. Chaque additif reçoit une pastille de couleur en fonction du niveau de risque, ils pèsent donc très lourd dans la balance.

Yuka prône son indépendance

Malgré son influence, Yuka se défend de tout accointance avec les acteurs de la grande distribution et prône son indépendance. L'application a juste mis à disposition d'Intermarché des "codes-barres virtuels", selon les informations de BFM, afin de pouvoir scanner des produits pas encore mis en vente pour vérifier leur note potentielle. Par ailleurs, les équipes de Yuka recevraient de nombreuses sollicitations des industriels et même des demandes pour apposer un logo Yuka sur les produits les mieux notés. Demandes systématiquement refusées par la boîte qui affirme vouloir "être associés à aucune entreprise". Sur le site de Yuka, il est expliqué que l'application est financièrement indépendante grâce à trois sources de revenus : une version payante de l'appli, un calendrier des fruits et légumes de saison et le Programme Nutrition, des services ou produits tous vendus en ligne.

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