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BREXIT: Jacques Attali estime que 'le Royaume-Uni est en train de se suicider'


La date du Brexit est officiellement toujours fixée au 29 mars prochain, à minuit, même s'il semble probable qu'un report soit voté par le Parlement britannique ce jeudi 14 mars 2019. Le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE) sont actuellement "dans une impasse", a déclaré un responsable gouvernemental à l'agence Reuters. Au centre de cette impasse : la question épineuse de la clause de sauvegarde "backstop" pour la frontière irlandaise.

Interrogé par le journal financier belge L'Echo sur le Brexit et son issue, l'économiste Jacques Attali a jugé que "le Royaume-Uni est en train de se suicider" car "la politique britannique n'est plus dirigée par les intérêts du Royaume-Uni, mais par ceux du parti conservateur". L'ex-conseiller du président François Mitterand a estimé que la situation du Brexit lui rappelle ses deux maîtres à penser, Karl Marx et William Shakespeare, "le premier donne les grandes tendances, le deuxième nous rappelle que tout dépend des passions humaines. Et que les grandes tendances peuvent trébucher sur les passions humaines" :

"Pour le Brexit, la grande tendance, c'est le chacun pour soi des populistes. Shakespeare, ce sont les coups de couteau dans le dos au sein du parti conservateur. La politique britannique n'est plus dirigée par les intérêts du Royaume-Uni, mais par ceux du parti conservateur. Et que va-t-il décider ? Je n'en sais rien. Dans 'March of Folly', l'écrivaine américaine Barbara Tuchman dit qu'il arrive que les nations se suicident. Eh bien, je pense que le Royaume-Uni est en train de se suicider. Même si les nations finissent par renaître, et qu'il renaîtra."

Jacques Attali a affirmé qu'il ne croyait pas "une seconde" que le Royaume-Uni abandonnerait le Brexit et resterait au sein du bloc, "parce qu'aucun dirigeant "n'a osé prendre le parti du 'remain'." Il a avancé à L'Echo que "les Anglais finiront par accepter l'accord de sortie et un codicille [ndlr : acte postérieur à un testament en vue de le modifier ou de le compléter] qui dira que le 'backstop' est provisoire mais sans donner de date d'expiration." Il a ajouté que le Brexit pourrait être reporté de "quelques semaines, pas beaucoup plus". L'homme âgé de 75 ans a par ailleurs déclaré qu'un Brexit dur, sans accord, "provoquera un choc systémique", tandis qu'un Brexit "soft", non.

La question du "backstop", qui figure dans l'Accord de retrait de l'UE et doit permettre d'éviter le rétablissement d'une frontière physique entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, est la principale source de blocage entre le bloc et le Royaume-Uni. Les partisans d'un hard Brexit du parti conservateur britannique et les élus du parti nord irlandais DUP craignent que ce dispositif censé être temporaire ne devienne permanent.

La Première ministre britannique Theresa May ne devrait pas retourner à Bruxelles pour arracher un compromis de dernière minute. "Aucune autre réunion au niveau politique n'est prévue, mais les deux parties resteront étroitement en contact cette semaine", a déclaré Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne avant d'ajouter : "C'est maintenant à la Chambre des communes de prendre des décisions importantes", en référence à une série de votes sur le Brexit qui doivent avoir lieu à Londres dès demain.

Business Insider
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