J'ai mesuré tout ce que je grignote au bureau pendant une semaine — et j'ai identifié ce qui déclenche ces craquages

torsades, chocolat

C.G./Business Insider France

Des mini croissants, quelques M&M'S, des carrés de chocolat, quelques poignées de fruits secs ou de chips… Voici les aliments que je grignote régulièrement au bureau.

Je ne suis pas la seule : près d’un Français sur trois admet manger ainsi, selon une étude de l'Insee publiée en octobre 2012. Chez les jeunes actifs de 25 à 35 ans, on distingue 20 à 25 % de grignoteurs réguliers et entre 38 à 35 % de grignoteurs occasionnels.

Soyons clairs : on parle bien ici de grignotage et non de collation. Contrairement à la collation, souvent planifiée, le grignotage est toujours aléatoire et impulsif. C'est : "Je n'ai pas faim, je mange quand même et je ne sais pas quand je m'arrête…" Et au bureau, les occasions ne manquent pas.

Pendant une semaine, j'ai comptabilisé le nombre de calories accumulées à cause du grignotage au bureau.

J'ai constaté que ce nombre variait significativement d'un jour à l'autre, passant de 65 kcal à 519 kcal.

Pourquoi un tel écart ? Car comme tout le monde, je grignote pour différentes raisons. Souvent, il y a l’excuse qui justifie cet écart et la vraie raison qui se cache derrière ça.

JOUR 1 — Ma première et seule règle pour la semaine a été de ne sauter aucun des trois repas principaux. Car mon but est de mesurer la quantité de calories supplémentaires prise à cause du grignotage.
pain, fruit,

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J’ai pris soin de me préparer des repas équilibrés matin, midi et soir, à l'instar de ce petit déjeuner : tartines de pain aux céréales, yaourt aux myrtilles, pêche et tasse de thé vert.

Au bureau, ma collègue apporte des mini viennoiseries pour la rédaction. J'avale deux petits croissants alors que j'avais pris un petit déjeuner complet deux heures avant.
croissants

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Mon excuse officielle : c’est pour le "team building", il faut des moments de convivialité pour faire connaissance et souder l’équipe.

La vraie raison : la gourmandise. J'adore les viennoiseries : je suis incapable de résister à des croissants, pains au chocolat etc.

Total : 200 kcal. Je m'attendais à beaucoup moins de calories, étant donné le mini format de ces viennoiseries.

Je mange les deux M&M's qui restent dans un bol placé sous mon nez. Je n'ai pourtant jamais aimé le goût de ces friandises.
M&M's

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Mon excuse officielle : il fallait bien que quelqu'un les finisse. Comme pour la dernière part de gâteau ou de pizza, personne n'ose jamais la prendre.

La vraie raison : la fatigue. A ce moment de la journée, j'ai eu un petit coup de barre et j'ai pensé qu’un peu de sucre me redonnerait un peu d'énergie.

Total : 24 kcal.

On débute une réunion de brainstorming avec la rédaction. Je prends une poignée d’abricots secs et des cerneaux de noix.
abricots, noix

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Mon excuse officielle : on me l'a proposé et j'ai dit oui par politesse.

La vraie raison : le stress. Quand je dois écrire un article très rapidement ou trouver des idées originales, je ressens un fort besoin de grignoter.

Total : 42 kcal.

C’est bientôt la fin de la journée. Avant de rentrer chez moi, je déguste deux carrés de chocolat.
chocolat

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Mon excuse officielle : j'ai peur de ne pas avoir assez d'énergie pour le quart d’heure de marche que j'ai à faire.

La vraie raison : me récompenser. Je m'offre un petit plaisir sucré, en me disant que j'ai bien travaillé aujourd’hui.

Total : 106 kcal.

TOTAL DE LA JOURNÉE 1 : 372 kcal.

JOUR 2 — Une collègue a reçu un bocal de sauterelles grillées. Ça n'a pas l’air très appétissant mais j'essaye. On sent plus le goût du piment que celui de l'insecte. De toute façon, sauf à devenir végétarien, on va devoir se nourrir d'insectes à l'horizon 2050.
sauterelles, insectes

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Pas d’excuse officielle mais une seule et vraie raison : la curiosité gustative.

Total : 0,58 kcal.

Quelques minutes après, je grignote deux carrés de chocolat.

Mon excuse officielle : la dégustation de sauterelles grillées m’avait laissé un arrière-goût amer dans la bouche.

La vraie raison : un besoin de réconfort. Depuis le début de la matinée, je cogite sur différents soucis liés à mon récent déménagement.

Total : 106 kcal.

Pour le reste de la journée, je me contente de quelques poignées de noix et d'abricots secs.

Mon excuse officielle : je culpabilise un peu après la grosse journée de grignotage de la vieille. Je suis forte et arrive donc à résister à la tentation.

La vraie raison : pas de snacks à ma portée. Selon le Pr Brian Wansink, auteur de "Mindless Eating" ("Manger sans penser") et chercheur à l’Université de Cornell (Etats-Unis), la facilité d’accès et la visibilité d’un aliment a une influence sur si oui ou non, on finira par le manger.

"Quand un aliment est très visible, à chaque fois que nous le voyons, nous devons prendre une décision. Est-ce que je veux en manger ou non ? Nous pouvons dire 'non' 27 fois. Mais à la 28ème fois ou la 29ème, nous pouvons commencer à dire 'peut-être'. Et à la 30ème, 31ème, dire 'pourquoi pas, j'ai faim'", dit le chercheur américain.

Total : 35 kcal.

TOTAL DE LA JOURNÉE : 141 kcal.

JOUR 3 — Il y a de nouveau des croissants et des pains au chocolat au bureau. Difficile de résister alors que la journée s'annonce chargée en interviews et brainstorming.
pain au chocolat

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Ma double excuse officielle : journée intensive en perspective et nécessité de partager un moment de convivialité avec l'équipe.

La vraie raison : la gourmandise. Encore une fois, j'adore les viennoiseries. Et cette délicieuse odeur quand ils sont encore chauds.

Total : 465 kcal.

Une pomme traîne sur mon bureau depuis deux jours. Mieux vaut la manger maintenant que de la laisser pourrir.
pomme

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Ma double excuse officielle : Je déteste gâcher la nourriture et je n'ai pas assez mangé de fruits depuis le début de la semaine.

La vraie raison : l’effet "mouton". J'aperçois le journaliste assis en face de moi éplucher une banane. Une collègue à ma gauche croque une pomme. Apparemment, la tendance du moment, c'est de manger un fruit.

"Il existe des personnes qui grignotent automatiquement quand ils voient d’autres le faire. Mais il y a aussi un facteur important, le facteur social. Dans la culture latine, l'alimentation va de pair avec convivialité", explique Nicolas Darcel, maître de conférence en nutrition à AgroParisTech.

Total : 54 kcal.

TOTAL DE LA JOURNÉE : 519 kcal.

JOUR 4 — Je retrouve ce paquet de pruneaux d'Agen dans un tiroir. Je crois qu’il a été ouvert il y a plus d’un mois mais le contenu semble encore comestible.
pruneaux

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Mon excuse officielle : il faut bien finir le paquet, ça serait dommage de les laisser pourrir.

La vraie raison : un avant-goût de ma récompense. Je m'apprête à écrire un article et m'encourage en grignotant ces fruits secs que j'apprécie tant.

Total : 25 kcal.

Une collègue a apporté un nouveau paquet de graines et de fruits secs. Le packaging coloré attire mon regard. Je me laisse séduire.
graines, fruits secs

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Mon excuse officielle : On dit souvent que les noix et les fruits secs sont une excellente source d'oméga-3, en plus d'antioxydants et de vitamine E. Un bon cocktail pour stimuler notre mémoire. J'en ai besoin.

La vraie raison : la gourmandise. Je me suis laissée séduire par le packaging coloré du produit, notamment par l'étiquette violette qui détonne.

Plusieurs études ont d'ailleurs montré que la couleur de la vaisselle notamment a une réelle influence sur la perception du goût des aliments consommés. Prenons l'exemple du café.

Selon une étude menée par des chercheurs australiens publiée en 2014 dans la revue "Flavour", le café semble avoir un goût plus sucré/doux quand il est servi dans un mug transparent ou bleu que quand il est servi dans un mug blanc.

Total : 40 kcal.

TOTAL DE LA JOURNÉE : 65 kcal.

JOUR 5 — Fin de semaine, encore des mini viennoiseries pour toute l’équipe. Dont des torsades au chocolat. Comment résister à ce mélange chocolat et crème pâtissière ?
torsades, chocolat

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Mon excuse officielle : j'ai oublié le goût de la torsade au chocolat. J'ai besoin de redécouvrir cette viennoiserie.

La vraie raison : je craque. Après la journée saine d’hier, où je n'ai fait que grignoter des fruits secs, j'ai besoin de ma dose de sucre.

"C’est une réaction normale. Lorsque l’on restreint trop son alimentation, on finit par craquer et quand on craque, on mange plus qu'on ne l'aurait fait d'habitude", fait remarquer Nicolas Darcel, chercheur de physiologie de la nutrition et du comportement alimentaire à l’INRA.

Total : 330 kcal.

Je déjeune avec mes collègues au bistrot du coin. Au menu : burger, frites et café. Le café est accompagné d'un biscuit Spéculoos. Je les ramène au bureau. Et je craque…
speculoos

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Mon excuse officielle : c'est l'heure du goûter. Qui dit thé dit biscuit. Et ce n'est qu'un petit biscuit finalement — même si je finis par en prendre deux.

La vraie raison : la gourmandise. J'adore les spéculoos tout simplement.

Total : 82 kcal.

TOTAL DE LA JOURNÉE : 412 kcal.

Qu'est-ce que j'ai appris après une semaine de grignotage :

- Les mini formats sont trompeurs. On a tendance à manger davantage car on culpabilise moins. L’exemple des mini torsades est frappant : 330 kcal pour ces deux petits viennoiseries.

Etant donné ma taille, mon poids et mon activité physique quotidienne, mes besoins journaliers en calories s'élèvent à 1900 kcal. Ces deux mini torsades représentent tout de même environ ⅙ de mes besoins journaliers en calories.

- Quand on se restreint trop, on finit toujours par craquer. Prendre conscience des calories supplémentaires prises lorsque l'on grignote peut être une bonne chose mais ça peut aussi mettre "plus de pression et créer de l'anxiété", selon Nicolas Darcel, chercheur à AgroTechParis. Et c'est là qu'on craque de plus belle. "Et ce n'est pas une question de faiblesse psychologique", précise-t-il.

- Derrière l’excuse, il y a toujours une vraie raison. "Quelqu'un doit bien finir ce paquet de chips", "c’est pour créer un moment de convivialité", "ma collègue a apporté des croissants pour tout le monde, il serait impoli de ne pas en prendre au moins un"....

Derrière ces excuses, il y a toujours une ou plusieurs vraies raisons : stress, besoin de réconfort, gourmandise…

Le grignotage n’est pas un problème simple, il résulte d'une collision de différents facteurs : notre rapport individuel à la nourriture, notre environnement, notre entourage….

- Mais le plus surprenant, c’est l'influence du comportement de mes collègues sur ma consommation. J'ai découvert que je faisais partie de ces personnes très sensibles à mon environnement social. Voir mon entourage manger m'incite fortement à faire de même.


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  1. Malou

    C'est vrai, c'est mal poli de refuser un croissant proposé si gentiment?
    Et puis, le métro, l’énergie pour trouver une place. Je confirme, il faut prendre des forces avant de quitter le bureau.
    Quant au gâchis des fruits alors que certains meurent de faim.
    Merci pour cet article, je me sens moins seule 😉

  2. Bébelle

    Comment un article daté du 21 Avril 2019 peut avoir un commentaire daté du 27 septembre 2016 ????

    • Dominique Saussereau

      @Bébelle : Coluche disait : "La seule chose vraie dans un journal, c'est la date !".
      C'était il y a longtemps !
      Même à cette époque, les contenus des journaux étaient souvent écrits la veille ou même encore plus tôt, par exemple pour les nécrologies !

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