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J'ai testé l'application Clubhouse pour comprendre pourquoi tout le monde en parle

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J'ai testé l'application Clubhouse pour comprendre pourquoi tout le monde en parle
Clubhouse compte déjà deux millions d'utilisateurs. © Sriram Krishnan ; Ben Parr

Je me souviens du moment exact où je me suis "mis" sur Twitter. C'était au printemps 2008, j'étais en voiture avec Michael Arrington, le blogueur souvent dyspeptique et fondateur de TechCrunch, lorsqu'il m'a dit qu'à chaque fois qu'il publiait un article sur son site, il mettait ensuite le lien sur Twitter qui pouvait être vu par ses quelque 20 000 abonnés. C'était un instant "eurêka". Jusque là, j'avais considéré Twitter comme un gadget sans recettes publicitaires, utilisé par un groupe d'initiés de la Silicon Valley ayant des conversations courtes sur pas grand chose au final.

J'ai immédiatement compris qu'il s'agissait d'un outil de diffusion au potentiel énorme, et c'est ce que c'est devenu. J'ai même utilisé Twitter avec beaucoup d'efficacité quelques années plus tard pour commercialiser un livre. Au fur et à mesure que le réseau est devenu de plus en plus gros et bruyant, et en particulier parce qu'un certain politicien nuisible polluait les environs, j'ai essayé sans enthousiasme de limiter mon temps passé sur Twitter.

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Tout cela m'est venu à l'esprit lorsque, comme tant d'autres personnes que je connais, j'ai craqué et me suis inscrit sur Clubhouse, le gadget sans recettes publicitaires utilisé par un groupe d'initiés de la Silicon Valley et de célébrités ayant des conversations audio apparemment interminables sur tout et n'importe quoi.

Les entreprises qui s'adressent à des personnes férues de technologie, coincées chez elles pendant une pandémie, semblent pouvoir se développer très rapidement. Clubhouse n'existe que depuis mars. L'application compte déjà deux millions d'utilisateurs, soit un nombre similaire à celui de Twitter après deux ans d'existence. Elle compte moins de 10 employés, a collecté plus de 100 millions de dollars et vaudrait, dit-on, un milliard de dollars.

Plus précisément, il ne m'a fallu que quelques minutes après avoir rejoint Clubhouse il y a quatre jours pour comprendre son utilité. En tant que lieu numérique permettant de tenir un nombre presque infini de conversations simultanées, l'application a un potentiel incalculable pour commercialiser, diffuser, organiser et donner une tribune à qui le souhaite.

Pour les personnes qui ne sont pas au courant — et celles qui au contraire ont suivi le buzz prodigieux, c'est-à-dire la plupart des gens — Clubhouse est une application sur iPhone qui permet aux utilisateurs de parler entre eux comme s'ils étaient sur une émission de radio de l'époque avant Internet. Un modérateur choisit les participants en les amenant "sur scène". Tous les autres écoutent. Vous n'aimez pas la conversation dans une chat room ? Il est facile de passer d'une salle à une autre, tout comme on zappait sur une autre chaîne autrefois, sauf qu'il y a beaucoup plus de chaînes. Vous serez probablement entraîné vers la salle suivante parce que les personnes que vous suivez, que vous connaissez ou non, peuvent s'y trouver.

Les possibilités de conversations sont infinies. Ces derniers jours, j'ai écouté un groupe de traders parler de la controverse GameStop-Reddit sur les vendeurs à découvert. Le roi du marketing Guy Kawasaki a parlé de l'art de la persuasion. J'ai entendu l'artiste Ricki Lake faire la promotion de son documentaire "The Business of Birth Control" ("L'industrie de la pilule contraceptive"). Lorsque je suis allé me coucher mercredi soir, Marc Andreessen, dont la société de capital-risque est le principal bailleur de fonds de Clubhouse et dont les membres font sans relâche la promotion du service, partageait d'autres réflexions sur GameStop. Lorsque je me suis réveillé jeudi matin, Gary Vaynerchuk, un internaute sui generis, conseillait ses acolytes sur l'entreprenariat.

Les cofondateurs de Clubhouse, Rohan Seth et Paul Davison. Rahul Seth/Twitter; LeWeb/YouTube

Clubhouse est bien conscient de son succès actuel. Dimanche, le PDG Paul Davison a déclaré à un groupe d'environ 4 000 auditeurs lors d'un "conseil citoyen" hebdomadaire que la société, dont le nom officiel Alpha Exploration fait très Silicon Valley, prévoyait d'ouvrir "bientôt" l'application à tous les utilisateurs. (Pour l'instant, il faut connaître quelqu'un qui y est pour vous inviter, j'ai reçu cinq invitations à distribuer lors de mon adhésion, ce qui explique pourquoi même sans être ouvert au grand public, Clubhouse connaît une croissance exponentielle). Il prévoit également de concevoir une version Android de l'application, d'augmenter la capacité de son serveur afin que le service ne plante pas, et de proposer des versions dans d'autres langues que l'anglais.

Pour ce qui est de gagner de l'argent, Clubhouse a des idées. Selon Paul Davison, la publicité est peu probable, mais il tient à prendre une part de tous les pourboires, abonnements ou autres frais que les "créateurs" pourraient percevoir. (Créateur est un terme à la mode dans le monde d'Internet, et Clubhouse l'utilise pour désigner les personnes qui animent des conversations ou se produisent d'une autre manière dans une salle sur Clubhouse). "Nous sommes heureux d'avoir une entreprise qui repose sur le fait que tout le monde gagne de l'argent", a déclaré Paul Davison. Il est surtout conscient qu'alors que Clubhouse réfléchit à son approche de monétisation, Apple va probablement prélever une taxe sur les transactions effectuées sur le service.

Clubhouse réussira-t-il ? Malgré le buzz actuel, il y a de quoi en douter. Pensez aux nombreuses tendances sur Internet qui ont connu un succès temporaire et sont retombées comme un soufflet dès que l'effet nouveauté a disparu (HQ Trivia, Turntable.fm, ça vous parle ?). Un jour, la pandémie prendra fin et les utilisateurs de Clubhouse devront peut-être sortir à nouveau de chez eux. (Un de mes amis parle des Clubhousers comme des "célibataires solitaires à qui AOL manque", et les longues heures que les adeptes consacrent à ce service ne semblent pas durables dans le temps). Sans surprise, les salons de Clubhouse sont déjà devenus des lieux de rassemblement controversés pour les anti-vaccins et les groupes accusés de tenir des conversations racistes, antisémites et misogynes. L'entreprise a publié un texte de près de 4 000 mots sur les comportements acceptables et inacceptables. Le harcèlement, la nudité (dans les photos de profil), les discours de haine, la monopolisation (problème qui a longtemps existé sur Twitter) et le fait de ne pas utiliser sa véritable identité (idem) sont susceptibles d'entraîner une exclusion de la plateforme.

En d'autres termes, Clubhouse sait à quel point il peut facilement devenir le cloaque qui définit le reste des réseaux sociaux, et il prétend essayer de prendre les devants sur ce problème. La punition pour avoir enfreint les règles consiste à voir son compte être désactivé temporairement ou définitivement, comme l'ont fait Twitter et Facebook avec l'ancien président américain. L'entreprise affirme avoir déjà banni certains utilisateurs, mais ne veut pas dire combien.

Qu'il échoue ou qu'il réussisse, la tendance de Clubhouse est le signe d'un regain d'intérêt pour les conversations de vive voix dans un monde dominé par les emails, les SMS et le fait de scroller des contenus en tout genre. C'est aussi une sorte d'antidote à la fatigue de Zoom : beaucoup de gens laissent Clubhouse allumé en fond sonore car il n'y a pas besoin de regarder l'écran — ni même d'y prêter de l'attention du tout. Inévitablement, les copieurs suivront la tendance. Twitter a déjà un nouveau concurrent pour Clubhouse appelé Spaces. Il est facile d'imaginer que l'industrie du journalisme et du divertissement se tourne vers les fonctionnalités vocales, avec ou sans Clubhouse.

Quant à savoir si cette startup spécifique parviendra à tirer son épingle du jeu, peu importe si je pense que les chat rooms de Clubhouse regroupent surtout une bande de gens ennuyeux et insupportables ayant des conversations qui n'ont pas besoin d'avoir lieu. Son avenir dépend de toutes sortes de nouvelles directions imprévisibles qu'il pourrait prendre une fois que les gens commenceront à l'essayer et à l'apprécier. Après tout, parler à d'autres personnes, même à des étrangers, n'est pas un comportement qu'il faut expliquer.

Correction : Une version antérieure de cette chronique disait à tort que Clubhouse avait l'intention d'empêcher Apple de prendre une commission sur les transactions effectuées par ses utilisateurs.

Adam Lashinsky est un contributeur de Business Insider et ancien rédacteur en chef du magazine Fortune, où il a passé 19 ans. Il est l'auteur de deux livres : "Inside Apple" (sur Apple) et "Wild Ride" (sur Uber).

Version originale : Adam Lashinsky/Business Insider

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