Jair Bolsonaro à Rio de Janeiro, le 7 octobre 2018. REUTERS/Ricardo Moraes

Jair Bolsonaro, candidat de l'extrême droite brésilienne, arrive très largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 46,3% des voix, a annoncé dimanche soir le tribunal électoral brésilien.

Le score du candidat du Parti social-libéral, nostalgique déclaré de la dictature militaire de 1964-1985, est bien supérieur aux derniers sondages communiqués avant le scrutin.

Au second tour, le 28 octobre prochain, Bolsonaro affrontera le candidat du Parti des travailleurs (PT), Fernando Haddad, crédité de 29% des voix.

Le Brésil avait rarement été aussi divisé au moment d'aborder une élection, durant laquelle les 147 millions d'électeurs devaient aussi désigner les députés de la chambre basse du Congrès et renouveler les deux tiers des 81 sièges du Sénat.

S'exprimant dimanche soir après la publication des résultats, Bolsonaro s'est engagé à réduire la taille de son gouvernement, qui serait composé de 15 ministères, mais aussi à réduire les impôts sur les salaires et à privatiser ou à fermer nombre d'entreprises publics.

"C'est une grande victoire, compte tenu du fait que nous n'avons eu aucun temps d'antenne, qu'il s'agit d'un petit parti qui n'avait pas de fonds de campagne et que j'ai été hospitalisé pendant trente jours", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée en direct sur les réseaux sociaux, tout en appelant ses militants à rester mobilisé.

Ancien officier âgé de 63 ans, victime d'une agression à l'arme blanche début septembre, Bolsonaro a convaincu de nombreux Brésiliens de voter pour lui par ses positions très dures contre l'insécurité et parce que sa carrière est exempte de toute accusation de corruption, tandis que le PT est impliqué lui dans l'un des plus vastes scandales de corruption mis au jour dans l'histoire du pays.

Mais il fait aussi office de repoussoir pour une grande partie de l'électorat en raison de propos jugés homophobes ou misogynes.

La démocratie est en danger, selon Haddad

Des Brésiliens s'inquiètent aussi de l'impact sur la démocratie qu'aurait l'élection de Bolsonaro: nombreux sont ceux qui ne croient pas à la promesse de campagne faite par Bolsonaro de respecter les idéaux démocratiques.

A l'inverse, une partie de l'électorat, revancharde, ne veut pas d'un retour au pouvoir du Parti des travailleurs de Lula puis de la présidente Dilma Rousseff, destituée en 2016 pour avoir maquillé les comptes publics.

Jair Bolsonaro s'est envolé pendant l'été dans les sondages en surfant sur la colère des Brésiliens contre la corruption de la classe politique et l'insécurité. Il a notamment promis d'assouplir la législation sur le contrôle des armes à feu afin que les Brésiliens puissent s'armer contre les criminels.

Entré tardivement dans la campagne, en septembre, après que la justice a confirmé l'inéligibilité de Lula, Fernando Haddad, ex-ministre de l'Education qui se décrit comme modéré, souhaite stimuler les investissements publics et abandonner toute privatisation.

Haddad a appelé les Brésiliens à voter pour lui lors du second tour, car selon lui, la démocratie serait en danger. Il a déclaré qu'il avait d'ores et déjà discuté avec trois autres candidats pour qu'ils se rangent derrière lui contre le candidat d'extrême droite.

"Nous risquons beaucoup de choses dans cette élection (...) nous voulons unir tous les démocrates au Brésil", a-t-il dit devant ses sympathisants.

Près des deux tiers des électeurs vivent dans le sud du pays, où se trouvent les deux plus grandes villes brésiliennes, Sao Paulo et Rio de Janeiro, qui penchent en faveur de Jair Bolsonaro. Un quart des électeurs résident dans des zones moins développées dans le nord-est du pays, bastion historique du PT.

Pour l'emporter lors du second tour, les deux rivaux vont devoir prendre un virage vers le centre, estime Maurício Santoro, professeur à l'université publique de Rio de Janeiro.

"Haddad va devoir s'éloigner de Lula et choisir rapidement un ministre des Finances proche des marchés. Bolsonaro va devoir quant à lui mettre de côté ses discours haineux et mettre de l'ordre au sein de ses collaborateurs", souligne-t-il.

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