Jean-David Chamboredon explique ce que la grande réforme du travail change pour les startups et pourquoi elle a un bénéfice potentiel caché

Jean-David Chamboredon, président exécutif d'Isai et coprésident de France Digitale. ISAI

Le gouvernement a présenté jeudi 31 août 2017 cinq ordonnances comportant 36 mesures dont la vocation est de réformer le code du Travail, comme Emmanuel Macron l'avait promis pendant la campagne présidentielle. 

Les attentes étaient donc fortes de tous côtés: patronat, syndicats mais aussi startups. En effet, la temporalité de jeunes entreprises en très forte croissance exige une souplesse et réactivité que le Code du travail français n'avait pas prévu jusqu'ici.

Qu'en est-il après les derniers arbitrages du gouvernement? Les mesures annoncées ne présentent "pas grand chose d'immédiatement actionnable" pour les startups, observe Jean-David Chamboredon, président exécutif du fonds d'investissement ISAI et coprésident de l'association France Digitale avec Olivier Mathiot. "Mais c'est une bonne loi", explique celui qui a misé tôt sur Blablacar, Priceminister et SeLoger.com à Business Insider France.

Voici pourquoi:

Ce qui aurait été 'immédiatement actionnable' et qui manque dans la proposition de Muriel Pénicaud.

"Les startuppeurs sont des impatients, donc on aurait souhaité des éléments utilisables dès octobre 2017, comme la possibilité de réduire le préavis dans le contrat de travail ou d'y précâbler la rupture conventionnelle", détaille Jean-David Chamboredon.

La question du statut du travail indépendant reste également à régler. Elle aurait permis une "sécurisation" pour les plateformes qui passent par les auto-entrepreneurs comme Uber et Deliveroo.

Les ordonnances annoncées concernent donc surtout le monde de l'entreprise traditionnelle. 

Ce qui figure dans les mesures du gouvernement et qui concerne les startups à moyen terme. 

"Certaines mesures comme le CDI de projet ou l'accord d'entreprise ou la rupture conventionnelle collective concernent les startups à terme, mais cela ne sera pas utilisé dès demain. Plutôt courant 2018."

Les ordonnances prévoient aussi de donner plus de pouvoir aux branches. Or "plus une entreprise est petite, plus la branche est importante", souligne l'investisseur. France Digitale s'interroge ainsi sur la possibilité de créer une "branche expérimentale" d'un nouveau genre, affranchie des critères géographiques ou sectoriels, dédiée aux startups qui ont en commun le mode de financement.

Mais il faudrait attendre que le gouvernement passe une loi sur le droit à l'expérimentation puis répondre à la question-clé: "comment définir une startup?"

Le Premier ministre Edouard Philippe visite le campus géant de startups de Xavier Niel "Station F" à Paris, le 31 août 2017, quelques heures avant la présentation de sa réforme du Code du travail. REUTERS/Philippe Wojazer

Il y a un bénéfice caché dans la réforme du code du Travail qui profitera aux startups par ricochet.

"Ces réformes créent un contexte plus favorable pour l'investissement, c'est un bon signal lancé aux fonds internationaux", confirme Jean-David Chamboredon.

On peut donc s'attendre à ce que les startups françaises accèdent plus facilement à des financements étrangers, dans la mesure où le capital-risque extérieur ne redoute plus une instabilité de la fiscalité ou une rigidité du droit du travail.

Une bonne nouvelle à prendre avec des pincettes, rappelle toutefois le patron d'ISAI:

"On risque de se retrouver avec un écosystème de financement très dépendant de trois acteurs — la BPI, le corporate et les internationaux. C'est une fragilité si le cycle se retourne."

C'est pourquoi il serait précieux d'avoir des investisseurs privés français:

"France Digitale pense que les réformes en cours sur la fiscalité du capital et de l'épargne doivent comprendre une incitation pour l'assurance-vie à s'investir dans le non-coté (dont les startups). Si ce n'est pas le cas en 2017, il faudra remettre le dossier sur la table en 2018... Il en va de notre côté capacité à transformer l'économie française"

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