Kard, Xaalys, Pixpay... Les offres des néobanques à destination des ados se multiplient

Pixpay

Les fintech s'emparent peu à peu des différents segments de l'économie, et notamment ceux délaissés par les grandes banques. Dans leur viseur, figurent aujourd'hui les adolescents et les jeunes consommateurs, une cible moins sollicitée par les acteurs traditionnels. Ces derniers mois, les offres à destination de ce public se sont multipliées, à l'image de Xaalys et Pixpay. Ces deux startups ont une approche similaire, avec une visée éducative. Elles mettent à disposition des adolescents, âgés de 12-17 ans pour Xaalys et dès l'âge de 10 ans pour Pixpay, une carte bancaire couplée à une application. 

Le tout accompagné d'outils pour créer des cagnottes ou épargner facilement, en arrondissant les montants dépensés par exemple. Surtout, les parents ont aussi accès à l'application qui leur permet de surveiller les achats de leur enfant et de gérer l'argent de poche qu'ils lui donnent. "L'interface de contrôle parental, paramétrable, permet d'ajuster les plafonds de paiement et de retrait, d'activer des notifications de dépenses, et d'autoriser ou refuser les dépenses dans certains univers d'achats pour chaque enfant", détaille Xaalys dans un communiqué. Cette interface offre aussi la possibilité d'alimenter par virement ou carte bancaire le compte de l'enfant.

Une appli aussi pour les parents

Le fonctionnement est similaire du côté de Pixpay. "Les parents ont une vision miroir de ce que fait l'enfant. C'est une application malléable pour qu'ils puissent adapter l'accompagnement au niveau de maturité de leur enfant", explique Caroline Menager, cofondatrice de la fintech. Pixpay a repoussé à novembre son arrivée sur le marché, initialement prévue en septembre, après une levée de fonds de 3,1 millions d'euros bouclée en mai auprès du fonds Global Founders Capital et de divers investisseurs dont Franck Le Ouay, co-fondateur de Criteo, et Jean-Charles Samuelian, patron de l'assurance santé en ligne Alan.

Xaalys, fondée par Diana Brondel après 10 ans passés à la Société Générale, a de son côté lancé en avril son offre dans l'Hexagone. La fintech a levé seulement 450 000 euros dans un premier temps, mais compte à moyen terme récolter de nouveaux fonds — environ deux millions d'euros — et vise 40 000 utilisateurs d'ici 2020. Elle en revendique déjà plus de 10 000 aujourd'hui. Pixpay voit plus grand et espère rapidement se déployer ailleurs en Europe, notamment en Espagne et en Italie, pour atteindre les deux millions d'utilisateurs d'ici 2023.

Des offres à moins de 3 euros par mois

Les deux startups se ressemblent jusque dans leurs tarifs, puisqu'elles ont toutes les deux opté pour une offre à 2,99 euros par mois. Kard préfère plutôt proposer une offre gratuite à ses utilisateurs, qui ont simplement besoin de l'autorisation parentale pour ouvrir un compte. Ce nouvel acteur, qui a levé 3 millions d'euros en mai auprès de plusieurs investisseurs renommés comme Xavier Niel et Francis Nappez, co-fondateur de BlaBlaCar, donne même un euro à chaque adolescent parrainant un nouveau client.

Kard espère séduire rapidement de nombreux utilisateurs et grandir vite en s'implantant dès 2020 ailleurs en Europe. Pour le moment, 85 000 jeunes sont sur liste d'attente pour recevoir les premières cartes Kard, reliées à une application permettant de gérer son compte en temps réel. "L'idée est d'asseoir notre domination en Europe et d'atteindre le million de clients en 24 mois", assure confiant Scott Gordon, co-fondateur et directeur général de la fintech.

Mais comment Kard compte s'en sortir financièrement avec un modèle gratuit ? Pour se rémunérer, l'entreprise mise dans un premier temps seulement sur les commissions d'interchange, versées par les commerçants à chaque achat. Elle entend ensuite proposer des services financiers comme des micro-crédits ou des assurances pour les smartphones, ainsi qu'une offre premium en 2020, incluant par exemple les services d'une plateforme de streaming musical. 

Obtenir une licence, l'enjeu pour conserver les clients une fois majeurs

L'un des principaux enjeux de ces fintech est de parvenir à terme à obtenir une licence bancaire. Surtout si elles ambitionnent de conserver leurs clients une fois atteint leur majorité. Sans licence, leurs utilisateurs ne pourront pas exemple pas recevoir directement leur salaire sur leur compte ou effectuer des virements. 

Xaalys a démarré sans même être reconnue comme établissement de paiement, s'appuyant sur l'infrastructure de la fintech Treezor, rachetée par la Société Générale, qui elle dispose de l'agrément. "Cela nous a permis d'arriver plus vite sur le marché", confiait en avril Diana Brondel à La Tribune. La startup travaille toutefois à l'obtention de son propre agrément d'établissement de paiement pour avoir la totale maîtrise sur le développement de ses nouvelles fonctionnalités. 

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L'autre défi pour ces nouveaux acteurs est de parvenir à s'imposer face à la concurrence. "S'il y a embouteillage, c'est un très bon signe du marché, c'est qu'il y avait une pénurie d'offres", estime Scott Gordon, peu inquiet. Le cofondateur de Kard entend bien se démarquer de ses concurrents, assurant qu'il n'a "pas la prétention de pouvoir éduquer les parents ni les enfants". Les parents peuvent juste consulter le solde de leur progéniture au sein de l'application et envoyer de l'argent sur sa carte.

Pour séduire les ados, Kard mise plutôt sur son côté réseau social : l'application offre la possibilité de partager ses dépenses avec ses amis, sans qu'apparaisse le montant des achats. 

D'autres offres s'adressent déjà aux jeunes

Avant Xaalys, Pixpay ou Kard, d'autres acteurs ont déjà lancé des offres dédiées aux adolescents et pilotées via une application mobile. La banque en ligne Boursorama, filiale de la Société Générale, propose par exemple depuis fin 2017 un compte bancaire pour adolescent de 12 à 17 ans. Baptisé "Kador", il s'accompagne d'une carte bancaire gratuite, mais le parent doit être déjà client de Boursorama pour ouvrir un compte à son enfant.

La startup toulousaine Morning, rachetée par la Banque Edel de E.Leclerc, a lancé quant à elle en 2017 une offre avec un compte gratuit co-piloté par les parents. En revanche, l'envoi de la carte Mastercard associée au compte est facturé 8 euros et chaque retrait au distributeur automatique engendre un euro de frais.

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Enfin, la Banque postale a lancé au printemps dernier une offre originale, un simple porte-monnaie électronique appelé "Jaab", permettant de réaliser des paiements sans contact allant jusqu'à 30 euros. Il prend la forme d'un porte-clé vendu 30 euros, auquel s'ajoute un euro d'abonnement par mois. Là aussi, les parents peuvent suivre en temps réel les dépenses de leur enfant. Mais cette fois-ci, la cible est plus les pré-adolescents, âgés de 8 à 14 ans. Preuve qu'il n'y a plus d'âge pour dénicher et commencer à fidéliser de nouveaux clients.

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