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La Chine envoie des camions pour pulvériser de l'eau de Javel sur des villes entières afin de contenir le coronavirus

La Chine envoie des camions pour pulvériser de l'eau de Javel sur des villes entières afin de contenir le coronavirus

Des camions pulvérisateurs, des tuyaux et des bouteilles remplis de désinfectants ménagers comme l'eau de javel sont envoyés à travers la Chine, alors que le pays s'efforce de contrôler l'épidémie du nouveau coronavirus, connu sous le nom de 2019-nCoV. Ce virus mortel, né dans la ville chinoise de Wuhan en décembre 2019, a rendu malade plus de 28 000 personnes dans 26 pays du monde entier et tué au moins 565 personnes à ce jour — dont seulement deux décès hors de la Chine continentale.

Le coronavirus se transmet par les gouttelettes respiratoires, qui se propagent dans la salive et le mucus d'une personne infectée. La Chine a placé environ 56 millions de personnes en quarantaine. Les autorités espèrent que le fait de confiner les gens chez eux et de leur faire porter des masques lorsqu'ils sortent contribuera à contenir la propagation du virus.

En Chine, les agents sanitaires redoublent d'efforts pour pulvériser des villes entières grâce à des camions remplis de désinfectant. Des agents en combinaison intégrale sont également envoyés dans les gares et les centres commerciaux pour nettoyer chaque recoin.

Maintenir la propreté des hôpitaux et des marchés est le meilleur moyen d'arrêter la propagation du virus

Joe Drake, président et fondateur de l'entreprise américaine Decon Seven (D7), a déclaré qu'il avait déjà vu des camions de pulvérisation de désinfectant de ce type envoyés dans des villes comme Shanghai, Pékin et Wuhan avant l'épidémie de coronavirus. Mais les experts de la santé affirment que ces démonstrations publiques de lutte contre l'épidémie ne contribuent pas vraiment à endiguer la propagation du virus. Ils pensent que la désinfection devrait plutôt cibler des endroits spécifiques, comme les salles d'urgence et les surfaces communes des hôpitaux, où davantage de germes sont susceptibles d'être échangés.

La société de Joe Drake fabrique un produit de nettoyage à base de peroxyde d'hydrogène. Développé à l'origine pour neutraliser les agents de guerre biologique et chimique, il a été envoyé dans au moins six hôpitaux différents en Chine, à l'intérieur et à l'extérieur de la province de Hubei. Le D7 tue les virus sur les surfaces dures ainsi que sur les textiles, et agit pendant huit heures, avant de se dégrader en eau non potable, ce qui le rend beaucoup plus durable que l'eau de javel.

Decon Seven

"Vous pouvez le faire mousser, vous pouvez en mettre dans un seau et prendre un chiffon pour nettoyer des surfaces, ou encore le vaporiser", explique Joe Drake. Aux États-Unis, ses produits sont utilisés dans des endroits comme les élevages de volaille, afin de désinfecter un poulailler avant et après l'arrivée d'un nouveau groupe d'animaux. Mais de telles pratiques ne sont pas très répandues en Chine, regrette-t-il.

"J'étais à Wuhan en septembre. J'ai été sur ce marché", relate-t-il, à propos du marché où le premier humain aurait été infecté. "Vous y trouvez des poissons vivants, des poissons morts, et encore d'autres animaux... Il n'y a pas de normes d'hygiène. Ils se contentent de rincer avec un tuyau d'arrosage. Cela ne sert à rien. Vous ne faites que créer une soupe de bactéries."

Le virologue et expert en grippe aviaire Robert Webster confirme. Il pense qu'il est temps de fermer les marchés humides du monde entier, où les animaux et les hommes se côtoient souvent dans des conditions d'exiguïté et d'insalubrité, et où de nouveaux virus ont déjà été transmis par des animaux aux hommes. "L'une des leçons que nous enseigne cet incident et le SRAS est qu'il est temps de fermer les marchés d'animaux vivants en Asie. Et aux États-Unis, où nous en avons également. La Chine est assez riche pour les fermer complètement", affirme-t-il.

Joe Drake n'est pas si catégorique : "c'est leur culture. C'est comme ça qu'ils sont habitués à faire leurs achats". Mais cette culture pourrait être en train de changer. Le distributeur chinois de Joe Drake, qui ne travaillait jusqu'à présent qu'avec des hôpitaux et des agences gouvernementales chinoises, reçoit de plus en plus d'appels d'usines agroalimentaires, intéressées par son désinfectant. "La Chine veut faire du commerce avec le reste du monde, y compris avec ses produits alimentaires, donc elle sait qu'elle doit le faire", explique-t-il.

Pulvériser les villes avec de l'eau de Javel n'est pas une solution très efficace pour endiguer le coronavirus

Le fait de voir des files de camions de désinfection circuler dans les rues ou de porter un masque à titre purement préventif (même si vous n'êtes pas malade et que vous n'êtes pas en contact avec des personnes malades) contribue à donner un faux sentiment de sécurité pendant une épidémie. Les experts en santé soulignent que ces mesures, peu efficaces, peuvent également détourner de l'argent, des fournitures et l'attention des gens des endroits où ils sont le plus nécessaires.

"En vérité, les coronavirus ont une très faible capacité de survie en surface", explique Saskia Popescu, épidémiologiste en prévention des infections, à Business Insider US. "C'est un organisme qui se propage par des gouttelettes respiratoires. Donc par la toux, l'éternuement. Vos mains peuvent être contaminées, puis vous touchez vos yeux, votre bouche". Elle pense que l'utilisation généralisée de désinfectants comme l'eau de Javel qui est utilisée dans les pulvérisateurs des camions d'au moins une ville chinoise, Yichang est "un peu exagérée".

"Je préférerais voir les efforts se concentrer sur la désinfection les salles d'urgence et des surfaces sensibles dans les hôpitaux et les écoles, plutôt que de voir de l'eau de Javel pulvérisée dans les rues", regrette-t-elle. "Honnêtement, pensez à la fréquence à laquelle vos mains ou votre bouche entrent en contact avec une rue..." L'eau de Javel n'est pas seulement destinée aux rues. Les patients et les médecins sont également désinfectés à leur sortie de l'hôpital.

STR/AFP via Getty Images

Les experts en santé affirment que les pratiques d'hygiène les plus élémentaires et les plus courantes se laver fréquemment les mains à l'eau et au savon, couvrir sa toux et ses éternuements, se tenir à une distance de sécurité (1,80 m) des personnes malades et rester chez soi quand on est malade restent les moyens les plus efficaces pour empêcher un tel virus de se propager davantage. Les coronavirus ne survivent que quelques heures sur les surfaces. C'est la raison pour laquelle les marchandises importées ne vont pas vous contaminer. Mais un téléphone, un clavier ou une poignée de porte malpropres le pourraient. "Le risque de transmission par propagation à travers des objets inanimés ou des surfaces contaminées est faible", explique Saskia Popescu. "Il n'est pas nul, mais il est faible."

Version originale : Hilary Brueck/Business Insider

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