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La chute du pétrole va faire baisser les prix à la pompe, mais aura aussi de lourdes conséquences sur l'économie

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La chute du pétrole va faire baisser les prix à la pompe, mais aura aussi de lourdes conséquences sur l'économie
© Balint Porneczi/Bloomberg via Getty Images

Les cours du pétrole dégringolent ce lundi 9 mars, emportant avec eux l'ensemble des places boursières déjà très préoccupées par les conséquences du coronavirus. Ils perdaient jusqu'à 30% en Asie et le baril de Brent décrochait encore de plus de 19% à 16h, à 36,59 dollars. Cette chute de l'or noir, la plus importante depuis la guerre du Golfe en 1991, intervient après le déclenchement d'une "guerre" des prix par l'Arabie saoudite. Riyad a en effet décidé d'augmenter fortement sa production — jusqu'à potentiellement 12 millions de barils — et de proposer d'importantes réductions de prix à la livraison pour ses clients.

Le royaume saoudien et l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) n'ont pas trouvé d'accord avec la Russie sur une nouvelle diminution de la production afin de juguler la baisse des cours du pétrole, pénalisés par le coronavirus qui entraîne une réduction de l'activité économique et de la demande en carburant. Les Russes auraient préféré tourner le dos à Riyad pour pénaliser la production américaine en relançant une guerre des prix. Les Etats-Unis, devenu premier producteur mondial en 2018, présentent une industrie pétrolière fragile, car très coûteuse et peu rentable.

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Le pétrole de schiste, sur lequel se sont ruées des entreprises américaines, réclame en permanence d'importants investissements et de nouveaux forages. Une forte pression à la baisse sur les prix pourrait provoquer "potentiellement un nombre important de faillites aux Etats-Unis", précise Benjamin Louvet, gérant spécialiste des matières premières à l'OFI Asset Management.

Baisse du prix du carburant d'ici '10 à 15 jours'

Pour les consommateurs en France, la chute actuelle du pétrole aura des répercussions sur les prix du carburant. Le prix du baril représente environ 30% des prix à la pompe, le reste étant en majorité lié à diverses taxes, ainsi qu'aux marges réalisées par les groupes pétroliers et les distributeurs. Les Français pourraient bénéficier d'une baisse allant jusqu'à "15 à 20 centimes sur les prix à la pompe", selon les calculs de Benjamin Louvet. Et cette diminution des prix pourraient commencer "dans un horizon de 10 à 15 jours" seulement.

Ce laps de temps relativement cours est lié au fait que le carburant "est vendu au travers de stations-service détenues par des centres commerciaux possédant de faibles stocks et qui vont devoir rapidement se réapprovisionner avec les nouveaux prix", explique le spécialiste des matières premières.

Bruno Le Maire a estimé que la chute des cours du pétrole était "une très bonne nouvelle pour tous ceux qui font leur plein", ce matin au micro de France Inter. Le ministre de l'Economie a aussi assuré que la baisse des prix allait "se répercuter à la pompe", rapporte l'AFP. "Ils doivent se répercuter, j'ai déjà eu l'occasion de le dire aux compagnies pétrolières, le plus rapidement possible", a-t-il insisté.

Craintes sur le secteur bancaire

Mais Bruno Le Maire a aussi déclaré que cette chute n'était "pas forcément" une bonne nouvelle pour l'économie française. "Avoir un prix du pétrole qui baisse trop, ça inquiète les marchés", ce qui a "des répercussions sur le financement de nos entreprises et donc sur notre économie", a-t-il expliqué. Outre la dégringolade des actions des entreprises du secteur pétrolier — Total plonge de 14,66% et Technip dévisse de 22,02% à 17h20 à la Bourse de Paris — les banques s'affichent aussi en très fort repli. "Le secteur bancaire peut être touché s'il y a des faillites de groupes pétroliers", souligne Benjamin Louvet.

Crédit Agricole et Société Générale voient ainsi leurs actions s'effondrer respectivement de 17,27% et 16,12%. Si la baisse des cours devaient durer, les énergies renouvelables et les voitures électriques pourraient aussi être affectés. Des prix bas du pétrole réduiront l'intérêt financier à investir dans ce secteur.

Lourdes conséquences pour certains pays producteurs

Pour la première fois depuis la crise financière en 2009, la demande mondiale de pétrole devrait se contracter cette année, en raison de l'épidémie du nouveau coronavirus, a indiqué lundi l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Elle devrait diminuer de 90 000 barils par jour par rapport à 2019, selon son scénario central.

Les conséquences pourraient être terribles pour plusieurs Etats. "Je m'inquiète pour certains des gros pays producteurs de pétrole : il y a d'énormes tensions sur l'équilibre financier de nombreux producteurs, alors que l'effondrement des cours du pétrole conduit leurs revenus à des plus bas historiques", a déclaré Fatih Birol, le directeur exécutif de l'AIE, selon l'AFP. Parmi ces Etats, figurent notamment l'Algérie, l'Irak, le Nigéria, mais aussi l'Iran, la Libye et le Venezuela.

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