De gauche à droite: Luigi Di Maio, ministre du Travail et de l'industrie, Giuseppe Conte, Premier ministre de l'Italie, et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur, à Rome, 20 octobre 2018. REUTERS/Remo Casilli

La Commission européenne a rejeté mardi le projet de budget pour 2019 présenté par le gouvernement italien en raison d’un déficit excessif et lui donné trois semaines pour présenter un nouveau document, ouvrant un bras de fer entre Bruxelles et Rome.

C’est la première fois que le collège européen exerce une prérogative dont il a été doté en réaction à la crise des dettes souveraines qui a suivi la crise financière de 2008.

"Nous le regrettons, aujourd'hui, pour la première fois, la Commission est obligée de demander à un pays de la zone euro de revoir son projet de budget", a déclaré Valdis Dombrovskis, vice-président de l'exécutif européen, lors d'une conférence de presse à Strasbourg.

"L’Italie aura trois semaines pour présenter un projet de budget révisé pour 2019", a-t-il ajouté, soulignant que le gouvernement italien était allé "à l’encontre de ses engagements".

L'Italie a envoyé lundi à la Commission une lettre où elle admet que son projet de budget, avec un déficit de 2,4% du PIB, un ratio trois fois supérieur à celui que visait le précédent gouvernement, n'est pas conforme au Pacte européen de stabilité et de croissance.

Si ce pacte prescrit aux Etats de la zone euro de maintenir leur déficit budgétaire en deçà de 3% du PIB, un effort supplémentaire était exigé de l’Italie en raison du poids excessif de sa dette, égale à 131,2% du PIB en 2017 au lieu des 60% prescrits.

Elle est "la deuxième la plus élevée de l’Union européenne, une des plus élevées au monde", a affirmé Valdis Dombrovskis, en soulignant que cela représentait 37.000 euros par habitant.

Rome inflexible

"L’année dernière, l’Italie a dépensé autant pour rembourser sa dette que pour financer l’enseignement. Cela nuit à la confiance et pourrait avoir un effet sur la croissance", a-t-il ajouté.

"Nous sommes face à une déviation qui est claire, nette, assumée et par certains même, revendiquée", a précisé le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.

L’arrivée au pouvoir, en mai dernier à Rome, d’un gouvernement de coalition entre la Ligue, classée à l’extrême droite, et le Mouvement antisystème Cinq étoiles, a provoqué de l'inquiétude au sein de la famille européenne, dans la mesure où un choc italien serait de nature à ébranler l'euro.

Le vice-Premier ministre italien Luigi di Maio (Ligue) n'a pas semblé impressionné par la réaction de la Commission.

"C'est le premier budget italien que l'UE n'aime pas. Je ne suis pas surpris. C'est le premier budget italien qui a été réalisé à Rome et non à Bruxelles", a-t-il dit sur Facebook.

Une porte-parole du ministère italien des Finances a déclaré que Rome campait sur sa position selon laquelle seule un budget expansionniste permettrait de relancer la croissance.

La Commission s'est défendue d’avoir pris une décision de nature politique.

"La Commission ne remet pas en cause les priorités du gouvernement. Ces priorités, qu’il s’agisse de la relance de l’investissement ou de la lutte contre la pauvreté, pour ceux qui connaissent la situation italienne, sont des priorités qui peuvent faire sens", a affirmé Pierre Moscovici.

"Ce qui nous préoccupe, c’est l’impact budgétaire de ces politiques sur les citoyens (…) Aujourd’hui n’est pas la fin de l’histoire. C’est une étape pour la procédure et le dialogue continue", a-t-il ajouté.

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