C'est une alerte sérieuse pour Wall Street : la courbe des taux s'est inversée aux Etats-Unis. Vendredi 22 mars, les taux longs des emprunts d'Etat américains sont passés sous les taux à court terme, le rendement des bons du Trésor à 10 ans devenant inférieur à celui des bons à trois mois. Mardi soir, le taux à 10 ans s'affichait encore à seulement de 2,41%, contre 2,46% pour celui à trois mois, selon le département du Trésor américain. Or, ce phénomène est généralement annonciateur de récession pour l'économie du pays. Dans un contexte de croissance économique, plus la durée d'emprunt est longue, plus les taux sont normalement élevés.

Surtout, c'est la première fois depuis 2007, juste avant la crise financière de 2008, que cette inversion de la courbe se produit. Et sur les sept dernières fois où une telle inversion a été constatée, l'économie américaine est entrée en récession à six reprises dans les 15 mois suivants, selon des économistes de Crédit Suisse cités par Bourse Direct. Cette inversion "constitue une triple mise en garde : la fin du cycle est bien là, l'entrée en récession est plus proche qu'on ne le croie, et les banques centrales ne seront certainement pas en mesure de l'empêcher", estime Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank. 

"Comme il est fort probable que l'histoire se répète, il faut se préparer au pire. Les marchés sont dans une phase d'atonie et de complaisance, alimentée par l'interventionnisme des banques centrales, qui ne peut pas éternellement durer", ajoute-t-il. L'inversion de la courbe des taux a commencé à inquiéter Wall Street. Vendredi dernier, l'indice S&P 500, regroupant 500 des plus grandes entreprises américaines, a perdu 1,90% à la Bourse de New York, avant de clôturer à nouveau dans le rouge lundi (-0,08%), puis de se reprendre un peu mardi (+0,72%).

Les banques centrales se veulent rassurantes

La présidente de la Réserve fédérale de San Francisco, Mary Daly, s'est toutefois montrée rassurante. Elle a assuré mardi qu'elle n'était "pas paniquée" par la récente inversion de la courbe des rendements obligataires et précisé que si ce phénomène avait par le passé annoncé l'arrivée de récessions, il n'en serait pas nécessairement de même cette fois, rapporte Reuters. Selon elle, les taux longs subissent de nombreuses pressions qui n'ont pas de rapport avec la santé de l'économie américaine.

Depuis plusieurs mois, les bons du Trésor à 10 ans ont la cote. Les investisseurs en achètent comme valeur refuge, dans un contexte d'incertitude et de ralentissement de l'économie mondiale, ce qui entraîne le maintien de leur taux à un niveau bas. A l'inverse, les taux des emprunts à court terme ont tendance à remonter sous l'effet des hausses de taux pratiquées par la Fed, la banque centrale américaine.

En Europe, les taux obligataires à long terme restent particulièrement bas. Et les propos tenus ce matin par Mario Draghi n'ont fait que renforcer cette tendance. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) n'a pas exclu la possibilité de retarder encore un premier relèvement des taux d'intérêt de l'institution, lors d'un colloque à Francfort.

"Comme comme nous l'avons fait lors de notre réunion de mars, nous ferons en sorte que la politique monétaire continue d'accompagner l'économie en ajustant nos prévisions de taux directeurs pour tenir compte des nouvelles perspectives d'inflation", a-t-il précisé. Cette poursuite de la politique monétaire accommodante de la BCE a fait chuter les rendements obligataires au sein de la zone euro, les emprunts allemands et français à dix ans tombant à un plus bas de deux ans et demi ce mardi.

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