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La France aurait pu inventer Internet mais Valéry Giscard d’Estaing a préféré financer le Minitel

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L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing a pris une décision majeure dans l'histoire française d'Internet. © Bernard CHARLON/Gamma-Rapho/Getty Images)
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Si Valéry Giscard d'Estaing a fait souffler un vent de modernité sur la France — la dépénalisation de l'avortement, le remboursement de la pilule ou encore le divorce par consentement mutuel font partie de ses nombreuses réformes progressistes —, il y a en revanche un domaine dans lequel il a eu un train de retard : Internet. Lors de son mandat, de 1974 à 1981, la France a bien failli inventer Internet avant les Américains. Mais une décision de l'ancien chef d'État, décédé mercredi 2 décembre 2020, a changé le cours de l'histoire du Web. Alors qu'un ingénieur français avait construit un réseau informatique opérationnel, Valéry Giscard d'Estaing lui a coupé les fonds et lui a préféré... le Minitel.

L'anecdote remonte au tout début des années 1970. Des chercheurs américains travaillent sur ARPANET — le premier réseau à transfert de paquets, ancêtre d'Internet — et la Délégation générale à l'informatique, créée en 1966 sous la présidence de de Gaulle, décide de développer un réseau rival dans l'Hexagone. L'ingénieur français Louis Pouzin, qui a inventé le datagramme, est nommé à la tête du projet. Baptisé "Cyclades", il bénéficie d'un budget de taille et du soutien du CNET, le Centre national d'études des télécommunications.

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Puis en 1974, trois événements se succèdent : le réseau Cyclades est opérationnel, Georges Pompidou, alors président, décède, et Valéry Giscard d'Estaing est élu à sa succession.

L'élection de ce dernier va mener à une révision de la politique informatique en France : "La délégation à l’informatique fut supprimée, les crédits CYCLADES également", racontera l'ingénieur Louis Pouzin dans un entretien pour la Revue de l'électricité et de l'électronique.

Les lobbyistes font pression en faveur du Minitel

Valéry Giscard d'Estaing, connu pour être plutôt moderniste, était-il réfractaire à Internet ? Pas vraiment. Sa décision d'abandonner le projet Cyclades était surtout liée aux pressions des lobbyistes. Au milieu des années 70, deux grands groupes industriels de l’électronique, la Compagnie générale d'électricité (CGE) et Thomson, se disputent en effet le marché des commutateurs téléphoniques.

Thomson était l'actionnaire principal de la Compagnie internationale pour l'informatique (CII), qui finançait le projet Cyclades. Sentant que Thomson prenait de plus en plus de place sur le marché du téléphone, l'ancien président de la CGE, Ambroise Roux, décide de murmurer à l'oreille du Président.

Il suggère à Valéry Giscard d’Estaing de laisser tomber le réseau Cyclades et les recherches de Louis Pouzin autour du datagramme, et de se focaliser à la place sur le réseau X. 25 de Transpac, qui deviendra par la suite le réseau Télétel du fameux Minitel.

Et la France n'inventa pas Internet

En 1978, le gouvernement français coupe les derniers financements de Cyclades, et la suite est historique : les américains Robert Kahn et Vinton Cerf vont se servir du datagramme — l'invention de Louis Pouzin qu'il avait partagée aux scientifiques internationaux — pour mettre au point Internet tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Sans les pressions des industriels et les décisions politiques, Internet aurait donc pu être français, et le Minitel ne jamais exister.

Valéry Giscard d'Estaing, précurseur de la protection de nos données en ligne

S'il a raté le coche d'Internet, Valéry Giscard d'Estaing a cependant été l'un des précurseurs de la protection de nos données en ligne. C'est sous sa présidence qu'a été votée la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés le 6 janvier 1978, et avec elle la création de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

En avril 1981, l'ancien président avait d'ailleurs prononcé un discours qui est encore aujourd'hui d'actualité : "la France doit veiller particulièrement à prévoir, et, s'il le faut, à limiter certains des impacts de l'informatique sur la vie intime et profonde de la société. Nos valeurs fondamentales de liberté et d'humanisme doivent être ici réaffirmées et respectées."

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