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La grève du 5 décembre sera-t-elle comme celles de 1995 ? Voici à quoi ressemblait le mouvement en images

La grève du 5 décembre sera-t-elle comme celles de 1995 ? Voici à quoi ressemblait le mouvement en images
© CIVIL SERVICE STRIKE (Photo by Antoine GYORI/Sygma via Getty Images)

Le mouvement social du 5 décembre s'annonce très suivi. Marquera-t-il le début d'une contestation aussi importante et longue que les grandes grèves de 1995 ? Les prochains jours et semaines nous le diront. En attendant, à partir de jeudi, les transports publics devraient être grandement perturbés, les syndicats de la SNCF et de la RATP ayant lancé un appel à une grève illimitée contre la réforme des retraites — dont les contours restent flous — et la fin des régimes spéciaux.

Seul un train sur dix devrait circuler au niveau national et 11 lignes de métro verront leur trafic totalement interrompu à Paris. À cela s'ajoute l'annulation de 20% des vols sur le territoire français, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). La grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites concernent aussi les enseignants, les hôpitaux, les policiers, les salariés d'EDF et les avocats. En 1995, les grèves avaient également mobilisé différentes professions et peu à peu gagné l'ensemble du secteur public, pour devenir les plus importantes depuis celles de Mai 68.

Le mouvement s'opposait alors au "plan Juppé" qui concernait déjà les retraites et la Sécurité sociale, et prévoyait notamment une réforme des régimes spéciaux et un allongement de la durée de cotisation pour les salariés de la fonction publique. Alain Juppé, nommé Premier ministre par Jacques Chirac, élu président de la République en mai 1995, avait fini par céder sur l'essentiel, ne conservant que certaines mesures pour réduire le déficit de la Sécu. Voici à quoi ressemblait le mouvement social de l'époque :

Avant même l'annonce du plan Juppé, le 15 novembre 1995, le climat social en France est tendu. Une grève massive touche les transports et les services publics le 10 octobre. Elle sera suivie de manifestations syndicales contre le projet de réforme de la Sécurité sociale.

Alain Nogues/Sygma/Sygma via Getty Images

En octobre et novembre 1995, des grèves ont aussi lieu dans une vingtaine d'universités pour demander plus de moyens et dénoncer des budgets insuffisants. Puis les étudiants se joignent au mouvement contre le "plan Juppé".

Bernard Bisson/Sygma/Getty Images

Alors que la grève se poursuit à la SNCF, son président rencontre les syndicats le 26 novembre. Mais la table ronde ne débouche sur aucun compromis.

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT Cheminots, déplore alors le fait qu'"il n'y a pas d'assurance" quant à l'avenir du régime de retraite et de prévoyance des cheminots. Le syndicaliste est l'un des meneurs les plus médiatisés des grèves de 1995.

De nombreuses manifestations ont lieu pendant le mouvement social qui paralyse une grande partie des services publics. Le 27 novembre, les cheminots sont rejoints dans leur grève reconductible par la RATP, puis La Poste, France Télécom...

Antoine GYORI/Sygma via Getty Images

Les grèves affecteront notamment pendant trois semaines l'activité de la SNCF et de la RATP.

Alors que la CFDT n'est plus dans la rue lors des manifestations du 28 novembre, le secrétaire générale de Force Ouvrière (FO), Marc Blondel, appelle le 2 décembre à une grève généralisée et à durcir le mouvement.

Louis Viannet de la CGT et Marc Blondel de FO s'échangent une poignée de main symbolique lors d'une manifestation, alors que les deux organisations syndicales entendent poursuivre le mouvement social.

Dans le Nord, en Alsace, à Marseille, à Bordeaux... la grève touche l'ensemble de la France. Le 4 décembre, des salariés d'EDF bloquent par exemple pour un cinquième jour d'affilée la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin).

La grève gagne de nombreux secteurs, des transports aux hôpitaux en passant par les services des impôts.

Antoine GYORI/Sygma via Getty Images

Les manifestants défilent au cri de 'Juppé démission'. 'Le gouvernement ne prend pas la mesure de ce qui est en train de grandir dans le pays', estime Louis Viannet, secrétaire général de la CGT.

"On ira jusqu'au bout", prévient une manifestante à Paris. Après la dislocation du cortège au niveau de la gare Saint-Lazare, des groupes isolés s'en prennent à des voitures et au mobilier urbain lors de la manifestation du 5 décembre.

Les cheminots continuent de bloquer les voies de la Gare du Nord, lors de leur 14e jour de grève, le 7 décembre 1995.

Pascal Le Segretain/Sygma via Getty Images

Les usagers s'adaptent comme ils peuvent à la grève des transports publics. À Paris, ils sont nombreux à faire du stop pour pouvoir se déplacer, quand d'autres enfourchent leur vélo.

Yves Forestier/Sygma via Getty Images

Des lignes exceptionnelles de bateau-bus sont même mises en place pour faciliter les déplacements des Parisiens.

Alain Nogues/Sygma via Getty Images

Le 12 décembre marque le point culminant du mouvement, avec deux millions de manifestants selon les syndicats.

Lily FRANEY/Gamma-Rapho via Getty Images

Le 15 décembre, le gouvernement décide finalement de retirer sa réforme sur les retraites, la fonction publique et les régimes spéciaux. C'est une victoire pour les syndicats.

Jean Bernard Vernier/Sygma via Getty Images

Un "sommet social" se tient le 21 décembre à Matignon, concluant un mois d'agitation dans le pays. Mais l'exécutif obtient le vote d'une loi le 31 décembre, qui autorise le gouvernement à réformer la Sécurité sociale par ordonnances.

Selon des statistiques du ministère du Travail citées par L'Humanité, le nombre de jours de grève sur l'ensemble de l'année 1995 a atteint les 6 millions, contre 1 million un an plus tôt. Près de 4 millions de jours de grève ont été observés dans la fonction publique d'Etat et plus de 2 millions dans les secteurs privé et semi-public (SNCF, RATP, Air Inter...).

Business Insider
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