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La marine américaine va 'recycler' son premier sous-marin lanceur de missiles

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L'USS Ohio, un sous-marin à missiles guidés de la marine américaine, se met en position pour un exercice au large des côtes d'Okinawa, au Japon, le 2 février 2021. © US Navy/Sgt. Audrey M. C. Rampton

En décembre dernier, la marine américaine a publié son plan de construction navale sur 30 ans, qui prévoit l'achèvement de 404 nouveaux navires pour atteindre une flotte de 541 vaisseaux d'ici 2051, avec 304 navires actuels retirés de la circulation au cours de cette période. Quatorze des navires qui seront retirés sont à propulsion nucléaire et doivent donc être recyclés dans le cadre du programme de recyclage des navires et des sous-marins de la US Navy afin de garantir l'élimination sûre de leurs réacteurs nucléaires et de leur combustible.

Ces navires comprennent le porte-avions USS Nimitz, premier de sa catégorie, et 13 sous-marins nucléaires : 11 sous-marins d'attaque de la classe Los Angeles et deux sous-marins lance-missiles de croisière de la classe Ohio, connus sous le nom de SSGN (pour Sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière). L'USS Ohio, navire-amiral de sa catégorie, sera l'un des deux SSGN recyclés. Cela marquera la fin d'une carrière de quatre décennies pour le premier sous-marin de ce type.

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Un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins

Des remorqueurs guindent l'USS Ohio horse de la cale sèche à Bangor, dans l'État de Washington, le 15 août 1983. CORBIS/Corbis via Getty Images

L'USS Ohio a été mis en service en novembre 1981. L'Ohio et les bateaux qui ont suivi étaient des sous-marins lanceurs d'engins balistiques, classés SSBN par l'OTAN, et destinés à remplacer les bateaux vieillissants des cinq classes SSBN précédentes, connues sous le nom de "41 for Freedom", qui ont été mis en service entre 1959 et 1967.

Les traités SALT I et SALT II entre les États-Unis et l'Union soviétique ont imposé des limites à leurs forces nucléaires, notamment le nombre de silos de missiles balistiques lancés par les sous-marins (SLBM) que chacun pouvait posséder. En conséquence, un certain nombre de SSBN ont été retirés ou réaménagés et reclassés en sous-marins d'attaque pour faire place à l'entrée en service de sous-marins de classe Ohio.

L'Ohio, le plus récent SSBN de la marine, a été considérablement amélioré. Avec ses 170 mètres de long et 13 mètres de large, l'Ohio et ses navires suivants sont les plus grands sous-marins de l'histoire des États-Unis. Il était à l'origine armé de quatre tubes de torpilles et de 24 silos à missiles — huit de plus que ses prédécesseurs — capables de tirer des missiles balistiques UGM-96 Trident I.

Son réacteur nucléaire permettait à l'Ohio, comme à d'autres SSBN, de rester immergé pendant des mois. Il a également donné à l'Ohio la possibilité de plonger plus profondément que les sous-marins diesel-électriques et lui a permis d'avoir une portée pratiquement illimitée, uniquement limitée par son approvisionnement en nourriture.

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Lors de la mise en service de l'Ohio, George H. Bush, alors vice-président, avait déclaré que le navire représentait "une nouvelle dimension dans la dissuasion stratégique de notre nation", tandis que l'amiral Hyman G. Rickover, connu comme le "père de la marine nucléaire", a déclaré que l'Ohio devrait "faire peur à nos ennemis". Tous les bateaux de la classe Ohio, sauf un, ont été nommés d'après des États américains, une tradition que la marine réservait auparavant aux cuirassés et aux croiseurs.

Sous-marins nucléaires lanceurs d'engins et SSGN

L'USS Ohio en cours de conversion en une nouvelle classe de sous-marin lance-missiles guidés au chantier naval de Puget Sound à Bremerton (Washington), 15 mars 2004. US Navy/Wendy Hallmark

Après un entraînement et des opérations de dissuasion, l'Ohio a été transféré à la flotte du Pacifique, et est arrivé à son port d'attache de Bangor (Washington), en août 1982. En octobre de la même année, l'Ohio a commencé sa première patrouille de dissuasion stratégique, la première de ce type avec un missile balistique Trident I, qui a duré 70 jours.

L'Ohio effectuera des patrouilles de dissuasion stratégique à partir de Bangor pendant les vingt années suivantes, ainsi qu'un certain nombre de lancements d'essai de Trident au cours de cette période. Après une brève révision de 1993 à 1994, l'Ohio a repris ses fonctions de patrouille en 1995.

En 1994, l'examen de la posture nucléaire américaine a déterminé que la marine n'avait besoin que de 14 de ses 18 SSBN. En conséquence, les quatre premiers sous-marins de la classe Ohio devaient être convertis en sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière pour aider les opérations au sol dans un rôle plus tactique. La conversion de l'Ohio s'est étalée entre 2002 et 2005. L'Ohio et les autres SSGN sont maintenant équipés de 22 tubes du système de lancement vertical, ce qui leur donne la capacité de tirer jusqu'à 154 missiles de croisière d'attaque terrestre Tomahawk.

Les quatre SSGN ont plus de la moitié de la capacité de charge utile des sous-marins à lancement vertical de l'US Navy, l'Ohio transportant à lui seul plus de Tomahawks qu'un seul destroyer de la classe Arleigh Burke.

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Membres de l'équipage Gold en service de contrôle à bord de l'USS Ohio, le 23 janvier 2021. US Navy/MCS2 Kelsey J. Hockenberger

Les deux tubes de missiles restants ont été convertis en sas pour nageurs, ce qui, combiné à sa capacité à transporter un abri de pont sec, permet à l'Ohio de déployer jusqu'à 66 Navy Seals ou Marines de reconnaissance de la Force pour des opérations spéciales.

De retour au service actif en 2006, l'Ohio a continué à effectuer des patrouilles dans le Pacifique et a participé à un certain nombre d'exercices avec les alliés asiatiques des États-Unis. En 2010, l'Ohio et deux autres SSGN ont fait surface simultanément dans le Pacifique occidental en réponse aux essais de missiles chinois dans la mer de Chine orientale.

En avril 2017, l'Ohio a entamé un réaménagement de deux ans, qui a permis de mettre à niveau la plupart de ses systèmes embarqués, et a repris du service en août 2019.

Afin d'assurer un fonctionnement continu à un niveau de performance optimal, l'Ohio est exploité par deux équipages rotatifs de 155 personnes, appelés Blue et Gold. Chaque équipage se déploie pendant 70 à 90 jours avant de rentrer au port pour le relai d'équipage.

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Le déroulement du recyclage

Des Marines en zodiac de combat s'approchent de l'USS Ohio lors d'un exercice au large d'Okinawa, le 2 février 2021. US Marine Corps/Sgt. Destiny Dempsey

L'Ohio opère actuellement dans le Pacifique avec la 7e flotte américaine. Elle a récemment mené un exercice avec les Marines de Reconnaissance de la IIIème Force expéditionnaire marine à Okinawa, qui ont pratiqué des déploiements via des sous-marins et des embarcations de raid en caoutchouc.

L'Ohio devrait entrer dans le processus de recyclage en 2026, en même temps que son navire frère, l'USS Florida. Pour les sous-marins, le processus comporte quatre étapes : l'inactivation, le démantèlement du compartiment des missiles, l'élimination du compartiment du réacteur et le recyclage. L'inactivation commence après que le sous-marin ait été désarmé et mis en cale sèche. Le réacteur est arrêté et complètement désarmé. La batterie de stockage principale est alors retirée.

L'USS Ohio sur une base navale à Busan, en Corée du Sud, avec sa chambre d'accès au pont sec ouverte, le 26 février 2008. KIM JAE-HWAN/AFP via Getty Images

Le sous-marin est découpé pour permettre un accès facile au réacteur. Le combustible est transféré dans un conteneur de transfert blindé qui est placé dans un conteneur d'expédition spécialement conçu avant d'être envoyé à l'installation des réacteurs navals dans l'Idaho.

Les lanceurs de missiles sont ensuite retirés du sous-marin et découpés pour assurer leur destruction conformément aux termes du traité SALT II. Lorsque cela est fait, le réacteur est nettoyé à fond, scellé dans un boîtier de protection et retiré par une grue pour être envoyé sur le site d'élimination des déchets du ministère de l'énergie à Hanford, dans l'est de Washington.

Toutes les parties restantes du sous-marin qui peuvent être utilisées dans des sous-marins actifs sont enlevées et stockées. La coque est ensuite mise à la ferraille.

À terme, tous les SSBN de la classe Ohio seront remplacés par la classe Columbia. Les quatre SSGN, quant à eux, seront remplacés par le sous-marin d'attaque nucléaire de classe Virginia, qui sera doté de systèmes de lancement vertical capables de tirer 12 à 40 missiles antinavires Tomahawks ou Harpoon.

Version originale : Benjamin Brimelow/Insider

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