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La mise en quarantaine du paquebot Diamond Princess pourrait avoir contribué à propager le coronavirus à bord

La mise en quarantaine du paquebot Diamond Princess pourrait avoir contribué à propager le coronavirus à bord
© Reuters/Kim Kyung-Hoon

Selon certains experts, les méthodes de quarantaine mises en place à bord d'un paquebot de croisière touché par le coronavirus pourraient avoir contribué à la propagation de l'infection. Le navire, appelé Diamond Princess, transporte environ 3 500 passagers et membres d'équipage. Il a été mis en quarantaine pendant 14 jours dans le port de Yokohama, au Japon, depuis le 4 février, la date à laquelle il devait se mettre à quai. Le navire a connu un taux d'infection sans précédent, accueillant plus de cas de coronavirus que chacun des pays, excepté la Chine.

Samedi 15 février, le ministre japonais de la Santé a annoncé la présence de 70 nouveaux cas à bord, faisant monter le nombre total de cas d'infection sur le navire à 355. Un agent de quarantaine a même été testé positif pour le virus. "Il y a maintenant de nombreuses preuves que cette [quarantaine] n'empêche pas la propagation des cas à l'intérieur du navire et qu'elle pose également un risque de propagation à l'intérieur du navire", a déclaré au magazine TIME Tom Inglesby, expert en maladies infectieuses et directeur du Centre de sécurité sanitaire de l'hôpital Johns Hopkins à Baltimore.

Depuis le début de la quarantaine, les passagers sont confinés dans leur chambre et des repas leur sont livrés chaque jour à leur porte. Les personnes dont le test de dépistage du virus est positif ont été évacuées du navire et transportées dans des établissements médicaux, selon la compagnie de croisière et le ministère japonais de la Santé.

Le principal problème, selon plusieurs experts, a été la décision de garder les passagers à bord du navire, en particulier ceux qui ont été testés négatifs pour le nouveau coronavirus.

"Du point de vue d'un virologue, un navire de croisière avec un grand nombre de personnes à bord est davantage un incubateur de virus qu'un bon endroit pour une quarantaine", a déclaré au journal Montreal Gazette le Dr Anne Gatignol, une microbiologiste qui étudie les virus à l'Université McGill au Canada.

Alors que les experts font part de leurs inquiétudes quant à l'efficacité de la quarantaine, les personnes à bord du navire ont exprimé leur crainte et leur mécontentement quant aux conditions de vie.

"Je ne peux pas me faire à l'idée que je pourrais mourir pendant cette croisière", a déclaré Gay Courter, une romancière de 75 ans confinée dans une cabine du navire avec son mari, au Wall Street Journal. "Quand je regarde dehors je vois des gens en combinaison blanche."

Les experts préconisent de placer les passagers en bonne santé en quarantaine ailleurs que sur le bateau.

AP Photo/Eugene Hoshiko

"Il n'y a pas de précédents clairs et évidents pour savoir ce qu'il faut faire", a déclaré Tom Inglesby.

Les passagers des chambres sans fenêtres sont autorisés à monter sur le pont du navire pendant quelques minutes chaque jour, s'ils portent un masque respiratoire N95. Les masques faciaux ne sont pas très efficaces pour empêcher les personnes qui les portent de d'attraper le coronavirus, mais ils peuvent aider à protéger les autres d'une éventuelle exposition. Les autorités ont conseillé aux passagers de garder une distance d'un mètre entre eux à tout moment.

"En fait ils ont enfermé un groupe de personnes dans un grand conteneur avec [le] virus", a déclaré à Vox David Fisman, professeur d'épidémiologie à l'université de Toronto. "Donc je suppose que la 'quarantaine' a généré une transmission active."

D'autres experts ont partagé les mêmes inquiétudes quant au risque élevé de maintenir des milliers de personnes dans un espace aussi étroit et confiné qu'un navire. Il n'est pas certain que le virus puisse se propager à partir des surfaces qu'une personne malade a touchées. Dans une lettre adressée aux passagers et à l'équipage du Diamond Princess, le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a déclaré qu'il n'y avait aucune preuve que le virus puisse se propager par les ventilations.

"Puisque que l'infection a commencé dans un espace clos, si cela continue, [le nombre de patients atteints] va augmenter régulièrement", a déclaré mardi à United Press International Masahiro Kami, directeur du Medical Governance Research Institute, un institut de santé japonais à but non lucratif. "Une seule petite erreur et je pense qu'une personne [à bord] peut être infectée".

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Kyodo/via Reuters

De nombreux experts affirment que les passagers dont le test de dépistage du virus est négatif devraient être évacués du navire et finir leur quarantaine ailleurs. Bien que les personnes dont le test est négatif puissent quand même être porteuses du virus, cela réduirait le risque que des personnes en bonne santé le contractent.

"La décision de garder les passagers et l'équipage sur le navire n'est plus éthique et est totalement inappropriée", a tweeté lundi 10 février Michael Mina, professeur d'épidémiologie et d'immunologie à l'université de Harvard. "Il est clair que cela s'est transmis entre eux, faisant courir à tous un risque inacceptable."

Les membres de l'équipage sont particulièrement exposés, car ils n'ont pas de chambres privées. Au moins 10 membres du personnel ont été testés positifs pour le coronavirus. Selon un article du New York Times, les membres d'équipage infectés avaient mangé à la cantine qui leur est réservée, aux côtés de leurs collègues.

"Nous sommes tous vraiment effrayés et tendus", a déclaré Sonali Thakkar, une employée du bateau de croisière, à CNN. "Il y a beaucoup d'endroits où nous sommes tous ensemble, et pas séparés les uns des autres."

John Lynch, professeur associé en maladies infectieuses à l'Université de Washington, a également exprimé son inquiétude au New York Times sur les risques élevés encourus par les membres d'équipage. Mais, a-t-il ajouté, "nous devons nous rappeler qu'une quarantaine est faite pour protéger les personnes à l'extérieur, et non pas ceux qui sont à l'intérieur en quarantaine."

Alors que la quarantaine touche à sa fin, le gouvernement japonais autorise quelques passagers à descendre du bateau.

Reuters/Kim Kyung-Hoon

Certains experts affirment que nous n'en savons pas encore assez pour déterminer si la quarantaine a fonctionné ou non. Marion Koopmans, cheffe du département de virologie au Centre médical Erasme de Rotterdam, aux Pays-Bas, a posé la question à Vox : "Ces infections datent-elles vraiment d'après la quarantaine, ou ces personnes auraient-elles déjà contracté [le virus] avant et il ne s'agirait que de la période d'incubation normale ?"

Le ministère japonais de la Santé n'a pas fait beaucoup de commentaires sur les raisons qui ont motivé ses décisions concernant la quarantaine du paquebot de croisière, mais certains ont souligné qu'il n'est pas facile de trouver des infrastructures en dernière minute pour placer 3 500 personnes en quarantaine. Certains experts ont d'autres théories.

"Le gouvernement japonais accorde probablement plus d'importance à l'arrêt de la propagation du nouveau coronavirus dans son pays qu'au risque plus élevé d'infection pour les passagers à bord du paquebot avec cette quarantaine de masse", a déclaré à Vox Steven Hoffman, directeur du Global Strategy Lab et professeur de santé mondiale à l'université de York au Canada.

De nouvelles décisions ont été prises mercredi 12 février, lorsque le ministère japonais de la Santé a annoncé que certains passagers pouvaient quitter le navire et terminer leur quarantaine à terre. Cette proposition ne s'appliquait qu'aux passagers de plus de 80 ans qui ont une cabine sans fenêtre ou des problèmes médicaux préexistants. Ils devront être testés négatifs pour le virus avant de pouvoir partir.

Dans la nuit de dimanche 16 à lundi 17 février, les 300 ressortissants américains à bord du paquebot ont été évacués par avion sur ordre du Congrès, et rapatriés aux Etats-Unis. Parmi eux, 14 passagers ont été testés positifs pour le coronavirus. D'autres pays, dont l'Italie et le Canada, ont eux aussi décidé d'organiser l'évacuation de leurs citoyens à bord du Diamond Princess.

Trois Français sont encore à bord du navire. Le quatrième touriste français, testé positif au coronavirus, avait été évacué pour être hospitalisé au Japon. Avant sa démission, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait déclaré samedi 15 février que "la France est toujours prête à rapatrier ses ressortissants".

La quarantaine de 14 jours devrait prendre fin le 19 février. D'ici cette date, tous les passagers restants auront été à bord du navire pendant environ un mois.

Version originale : Morgan McFall-Johnsen/Business Insider

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