La NASA a découvert des composés organiques nécessaires à la vie sur une lune de Saturne

Une photographie d'Encelade, une lune glacée de Saturne, prise par la sonde Cassini de la NASA. NASA/JPL-Caltech

Des scientifiques viennent de trouver les éléments fondamentaux à l'éclosion d'une forme de vie dans un océan situé sur Encelade, l'une des lunes de Saturne. Une nouvelle analyse des données de la NASA révèle en effet la présence de composés organiques dans les geysers d'eau liquide qui se déversent dans l'espace depuis l'océan, piégé sous la couche de glace d'Encelade. Ces composés, qui transportent de l'azote et de l'oxygène, jouent un rôle clé dans la production d'acides aminés — des molécules complexes qui servent d'éléments constitutifs des protéines. Et sans protéines, la vie telle que nous la connaissons sur Terre ne pourrait pas exister.

Les scientifiques soupçonnent depuis longtemps que l'océan sous la surface d'Encelade pourrait abriter une forme de vie. Les chercheurs avaient déjà détecté d'autres molécules organiques provenant de la lune glacée, mais c'est la première fois qu'ils les détectent dissoutes dans l'eau. C'est essentiel, car cela signifie que les composés pourraient subir des réactions chimiques dans les eaux profondes qui produisent des acides aminés. Ces résultats ont été publiés mercredi 2 octobre dans la revue Monthly Notices de la Royal Astronomical Society.

"Ce travail montre que l'océan d'Encelade possède des blocs de construction réactifs (de la vie, ndlr) en abondance, et c'est un autre feu vert dans notre enquête sur l'habitabilité d'Encelade", a déclaré Frank Postberg, co-auteur de l'étude, dans un communiqué de presse.

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Dans les fissures des grands fonds marins, ces composés pourraient créer de la vie
sur Encelade, puisque des jets d'eau de mer et de glace jaillissent régulièrement dans l'espace à travers les fissures chaudes de la croûte lunaire. Les scientifiques de la NASA à l'origine de cette nouvelle étude ont analysé les données de la composition chimique de ces geysers et ont découvert plusieurs nouveaux composés organiques, certains contenant de l'azote et d'autres de l'oxygène.

Ces composés ont été dissous dans l'eau de mer sous la surface d'Encelade. Ils se sont ensuite évaporés avec l'eau de surface, se sont condensés et ont gelé dans la couche de glace de la lune, selon l'étude. Les geysers ont envoyé les composés dans l'espace, où la sonde spatiale Cassini de la NASA les a détectés alors qu'elle volait à proximité.

Illustration d'un robot submersible explorant l'océan souterrain d'une lune glacée. NASA/JPL-Caltech

Les composés sont un autre signe qu'Encelade pourrait avoir sa propre version d'un processus qui crée la vie sur Terre.

Dans les profondeurs des océans de la Terre, l'eau de mer se mélange au magma qui jaillit par les fissures du fond de l'océan. Cette interaction produit des fissures hydrothermales fumigènes qui peuvent atteindre une température de 371 degrés Celsius. Les fissures rejettent de l'eau chaude riche en hydrogène, alimentant des réactions chimiques qui transforment les composés organiques en acides aminés. Ces acides aminés peuvent ensuite s'empiler les uns sur les autres comme des Legos, pour former des protéines, qui sont cruciales pour répliquer l'information génétique qui crée la vie.

Ce processus permet à la vie de se développer sans l'aide de la lumière du Soleil. C'est essentiel car la surface de glace d'Encelade est très réfléchissante et renvoie dans l'espace le peu de lumière solaire que la lune reçoit. Toute vie là-bas devrait se développer dans l'obscurité.

Encelade cache un océan chaud et salé qui pourrait être habitable pour la vie extraterrestre. NASA/JPL-Caltech

Les scientifiques pensent que les potentielles fissures hydrothermales dans l'océan souterrain d'Encelade pourraient fonctionner de la même façon que celles de la Terre.

"Si les conditions sont favorables, ces molécules provenant des profondeurs de l'océan d'Encelade pourraient emprunter le même processus de réaction que celui que nous voyons ici sur Terre", a déclaré dans un communiqué Nozair Khawaja, qui a dirigé l'équipe de recherche derrière cette découverte. "Nous ne savons pas encore si les acides aminés sont nécessaires à la vie en dehors de la Terre, mais trouver les molécules qui forment les acides aminés est une pièce importante du puzzle."

L'an dernier, l'équipe a découvert des molécules organiques similaires à partir des mêmes données. Mais les molécules n'étaient pas solubles dans l'eau ; les chercheurs pensent qu'elles étaient à la surface de l'océan Encelade.

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Ces composés doivent se dissoudre dans l'eau de mer pour interagir avec les fissures hydrothermales et produire la vie. Jusqu'à présent, les scientifiques ne savaient pas si c'était le cas des composés organiques d'Encelade.

"Ici, nous trouvons des éléments constitutifs organiques plus petits et solubles — des précurseurs potentiels d'acides aminés et d'autres ingrédients nécessaires à la vie sur Terre", a déclaré Jon Hillier, co-auteur de l'étude, dans son communiqué.

Il y a encore plus à découvrir grâce aux données Cassini de la NASA

Une illustration de la NASA montre l'engin spatial Cassini au-dessus de l'hémisphère nord de Saturne avant qu'il effectue l'une de ses plongées de la Grande Finale. Thomson Reuters

Les données utilisées par les scientifiques pour arriver à ces deux conclusions proviennent de la mission Cassini de la NASA. La sonde a été lancée en 1997 et a passé 13 ans à explorer Saturne et ses lunes. En septembre 2017, la mission a pris fin lorsque des scientifiques ont envoyé intentionnellement le vaisseau spatial s'effondrer sur Saturne. Ils ont fait ce choix pour éviter de contaminer Titan, une autre lune voisine qui pourrait elle aussi abriter la vie, avec des microbes terrestres.

Cassini a découvert qu'Encelade recèle un océan d'eau salée liquide sous sa surface, et a photographié des jets de cette eau qui se déversent dans l'espace. La sonde a survolé ces geysers et a recueilli des données sur leur composition en 2008.

Les scientifiques ont l'intention de continuer d'étudier ces données et d'autres données recueillies par Cassini pour les décennies à venir.

La NASA prévoit également d'envoyer une sonde sur Titan, qui est une autre cible de choix dans la recherche de la vie extraterrestre en raison de ses composés organiques abondants. Cette mission prévoit de lancer un hélicoptère à propulsion nucléaire appelé Dragonfly vers Titan en 2026. Le vaisseau spatial devrait arriver sur Titan en 2034, puis commencer à chercher des signes de vie.

Version originale : Morgan McFall-Johnsen/Business Insider

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