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La polémique autour de 'Mignonnes' a bien créé une vague de désabonnements à Netflix aux Etats-Unis

La polémique autour de 'Mignonnes' a bien créé une vague de désabonnements à Netflix aux Etats-Unis
"Mignonnes" a été réalisé par Maïmouna Doucouré. © Bac Films

Le film français primé "Mignonnes" a suscité des réactions négatives de la part d'abonnés de Netflix, et des données provenant d'analystes tiers suggèrent que certaines personnes aux États-Unis ont donné suite à leurs menaces de se désabonner du service. SimilarWeb, une société qui suit l'utilisation des applis et sites web, a remarqué une augmentation du trafic sur la page de confirmation de la résiliation de Netflix aux États-Unis — la page qui s'affiche lorsqu'un utilisateur met fin avec succès à son abonnement — après la sortie de "Mignonnes" sur Netflix le 9 septembre.

Les visites de la version américaine de la page ont augmenté de 187% le 10 septembre par rapport à la veille, dépassant les 35 000 visites. Le trafic vers la page d'annulation a grimpé jusqu'à près de 42 000 visites le 12 septembre. La base d'abonnés de Netflix s'est accrue à un rythme sans précédent depuis que la pandémie a forcé les gens à rester chez eux. Il reste à voir dans quelle mesure une telle augmentation des annulations pourrait affecter la croissance de Netflix. Certains abonnés avaient peut-être prévu de se désabonner de Netflix de toute façon.

Les données de SimilarWeb montrent un pic dans les visites sur la page de confirmation d'annulation de Netflix le 10 septembre. SimilarWeb

Mais les données indiquent que le film "Mignonnes" a été le point de rupture pour certains.

"Les chiffres sont élevés de façon inhabituelle", a déclaré Ariane Turley, consultante principale de SimilarWeb pour le secteur des médias, à Business Insider US. "Je pense que c'est dû au film 'Mignonnes'. Sinon, vous verriez d'autres pics."

Du 10 au 12 septembre, le trafic sur la page de confirmation d'annulation de Netflix aux États-Unis a atteint les niveaux quotidiens moyens les plus élevés que SimilarWeb a enregistrés au cours de l'année écoulée. En comparaison, en août, la moyenne des visites quotidiennes sur cette page s'élevait à environ 14 000. Il y a eu une légère hausse le 20 août, lorsque Netflix s'est excusé pour l'affiche de "Mignonnes". En octobre dernier, il y a eu environ 13 000 visites quotidiennes moyennes sur la page d'annulation.

Antenna, une société d'analyse des abonnements, a également constaté que le rythme moyen des désabonnements à Netflix aux États-Unis du 10 au 14 septembre était cinq fois plus élevé que le taux quotidien moyen des 30 jours précédents. Antenna suit le taux de désabonnement et d'autres indicateurs en récupérant les données d'applis tierces anonymisées.

Les données compilées par l'entreprise ont montré que le rythme des désabonnements a également dépassé les niveaux quotidiens moyens enregistrés pendant les cinq jours qui ont suivi le lancement de Disney+, qui avait entraîné un pic plus faible de résiliations de Netflix.

L'effet du lancement de Disney+ et de la campagne #CancelNetflix sur le nombre de désabonnements quotidiens à Netflix. Antenna

Variety indique que le taux de désabonnement à Netflix aux États-Unis a augmenté le 12 septembre pour atteindre près de huit fois les niveaux quotidiens moyens enregistrés en août, selon les données de la société de recherche YipitData.

Les controverses de ce type pourraient se multiplier et Netflix devra s'adapter

"Mignonnes" est l'histoire d'une jeune fille franco-sénégalaise musulmane qui rejoint une troupe de danse. Le film — qui a fait ses débuts au Festival de Sundance, où il a valu à la cinéaste Maïmouna Doucouré un prix de réalisation — a suscité la colère d'une partie du public pour la première fois en août, après que Netflix a publié une affiche qui représentait les enfants du films dans des tenues et des poses suggestives. La société a rapidement retiré l'affiche et s'est excusée, disant qu'elle était "inappropriée" et non représentative du film.

Le lendemain de la sortie de "Mignonnes" sur Netflix le 9 septembre, le hashtag #CancelNetflix a commencé à se propager sur Twitter aux États-Unis. Certaines personnes, dont des parents, des personnalités politiques conservatrices et des adeptes de la théorie du complot, ont demandé à Netflix de retirer le film. Une critique du Parents Television Council, un organisme conservateur, a déclaré que le film "normalise la sexualisation des petites filles".

Netflix, de son côté, a encouragé les gens à regarder le film avant de le juger.

"'Mignonnes' est un commentaire social contre la sexualisation des jeunes enfants", a déclaré un porte-parole du géant du streaming dans un communiqué. "C'est un film primé et une histoire puissante sur la pression que les jeunes filles subissent sur les réseaux sociaux et dans la société en général lorsqu'elles grandissent — et nous encourageons tous ceux qui se soucient de ces questions importantes à regarder le film."

Mercredi, "Mignonnes" était le quatrième film le plus populaire sur la plateforme aux États-Unis, selon le classement de Netflix, qui est déterminé par le nombre de comptes ayant regardé au moins deux minutes d'un programme au cours des 24 dernières heures.

Ce n'est pas la première fois que des gens menacent de boycotter Netflix. Au début de l'année, "La première tentation du Christ", une émission comique qui dépeint Jésus comme homosexuel, a suscité un tollé au Brésil.

Ces controverses pourraient être amenées à se multiplier alors que Netflix devra s'adapter aux différents publics internationaux à qui il propose des contenus provenant du monde entier. Les différentes cultures ou segments du public peuvent réagir de différentes manières aux séries et aux films. "Mignonnes" n'a par exemple pas subi la même controverse en France, où il est sorti dans les salles de cinéma en août.

Aux États-Unis, la couverture médiatique de "Mignonnes" peut également avoir alimenté la polémique.

Le 9 septembre, Netflix a capté la quasi-totalité du trafic pour le terme de recherche "cancel Netflix". Mais le 10 septembre, le New York Post recevait 40 % du trafic de recherche, selon les données de SimilarWeb. Le tabloïd a écrit sur la controverse autour du film dès août, quand son affiche a provoqué un tollé public, et a continué à couvrir les développements. D'autres médias et plateformes, dont Twitter, Variety, Fox News et Popculture.com, ont également capté des parts du trafic de recherche sur la requête "cancel Netflix".

SimilarWeb

Cet article d'Ashley Rodriguez a été publié sur BI Prime.

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