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La police utilise ces casques pour détecter les passants qui ont de la fièvre en Chine, en Italie et à Dubaï

La police utilise ces casques pour détecter les passants qui ont de la fièvre en Chine, en Italie et à Dubaï
Un policier porte un casque intelligent alors qu'il vérifie la température des travailleurs, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 23 avril 2020. © REUTERS/Ahmed Jadallah

La vidéo commence par une musique menaçante. A gauche, un policier immobile, le visage caché par un casque avec une caméra montée sur le dessus. A droite, il s'agit du flux vidéo du casque lui-même, diffusé en direct, montrant des personnes se promenant avec des masques. Un chiffre s'affiche au-dessus de leur tête lorsqu'ils se déplacent : leur température corporelle en direct, telle qu'elle est captée par la caméra infrarouge du casque.

Il s'agit d'une vidéo YouTube faisant la publicité des produits de KC Wearable, l'une des nombreuses entreprises chinoises innovantes dans les technologies de surveillance futuristes pour suivre l'épidémie de Covid-19. Le casque intelligent KC N901 est équipé d'un processeur ARM, d'un écran de réalité augmentée, d'une caméra infrarouge et d'une caméra à lumière visible. Selon les spécifications du dispositif, consultées par Business Insider US, le porteur peut détecter la température des passants à environ deux mètres, à 0,3 degrés Celsius près.

Un agent de police portant le casque peut faire les choses suivantes : mesurer la température d'une personne en particulier ; mesurer la température des personnes qui passent dans une foule plus importante ; scanner le code QR d'une personne pour obtenir ses données personnelles ; reconnaître des plaques d'immatriculation ; repérer les personnes dans le noir ; ou reconnaître les personnes à l'aide de la reconnaissance faciale. Toute information saisie est stockée dans le casque lui-même, explique l'entreprise.

Selon le Dr Jie Guo, directeur de KC Wearable, plus de 1 000 casques sont déjà utilisés en Chine. Un pays non nommé, révèle-t-il, a commandé des centaines de casques, et d'autres contrats internationaux sont en cours. Les casques coûtent entre 5 000 et 7 000 dollars (entre 4 625 et 6 476 euros) l'unité.

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KC Wearable ajoute que les clients peuvent commander des échantillons, tester le casque, puis passer des commandes plus importantes. L'entreprise affirme avoir envoyé des casques à la police militaire italienne, les carabinieri, et au gouvernement néerlandais pour qu'ils soient testés. La police utilise également les dispositifs à Dubaï.

Un policier porte un casque intelligent et l'utilise pour prendre la température des travailleur à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 23 avril 2020.  REUTERS/Ahmed Jadallah

Business Insider US a contacté l'ambassade italienne aux Etats-Unis et le gouvernement néerlandais pour obtenir leurs commentaires. Aucun des deux n'a répondu, mais un utilisateur italien de Reddit a repéré un garde armé portant un casque devant la cathédrale de Milan, ce mois-ci.

Interrogé sur la précision de l'analyse de la température du casque, le Dr Guo a répondu qu'elle était de "96%", et que la société avait effectué des tests approfondis. "Les autorités gouvernementales et certains acheteurs privés utilisent les casques. En Chine, les policiers locaux, les infirmières, les gardes de sécurité et les personnes qui contrôlent les stations de métro portent tous des casques", explique-t-il à Business Insider US. "Dans de nombreux endroits, ils utilisent des caméras infrarouges fixes, mais nos casques peuvent être utilisés avec plus de flexibilité, d'adaptabilité — ils peuvent être portés ou mis sur un trépied".

Si un casque en mode balayage de température détecte une personne à proximité avec de la fièvre, une alarme se déclenche. "Cela donne un avertissement direct à l'utilisateur", explique le Dr Guo.

Les preuves du bon fonctionnement de la thermographie sont mitigées

Les experts sont toutefois sceptiques quant à l'utilité de l'analyse de la température. Le professeur Davey Jones, de l'université de Bangor au Pays de Galles, qui a dirigé un projet de recherche sur la propagation du Covid-19, a critiqué le navire de croisière Diamond Princess pour avoir mal réagi lorsque le coronavirus s'est propagé à travers le navire, infectant environ 700 personnes et en tuant huit.

"Au moins 25% de la population du navire ne présentait aucun symptôme, donc ils n'avaient pas de température", explique-t-il. "Donc, ils manquent un pourcentage énorme de ces personnes, et elles continuent à répandre le virus." Le professeur Davey Jones ajoute que les gens peuvent avoir de la température pour d'autres raisons, comme la ménopause : "Cela conduit à tout un tas de faux positifs".

Le Dr Chris Wright, médecin et expert en imagerie thermique à l'université d'Exeter, en Angleterre, considère que le contrôle de la température peut être utile "s'il est effectué correctement". La façon la plus précise de prendre la température d'une personne serait de viser le coin intérieur de l'œil, explique-t-il dans un mail à Business Insider US. "La personne doit faire face à la caméra, autrement la lecture sera affectée par l'angle. De plus, la distance est essentielle. Trop près et la lecture sera affectée par l'opérateur de la caméra, trop loin, et la sensibilité sera perdue".

Pour scanner en milieu clinique, a ajouté le Dr Wright, il faut une caméra à haute résolution. Il nous a montré un exemple qu'il utilise, un appareil FLIR, qui a une résolution de 640 x 480. A titre de comparaison, la résolution de la caméra infrarouge du casque intelligent est de 384 x 288. De tels dispositifs, considère-t-il, peuvent être utiles dans les aéroports, les supermarchés, ou même à l'entrée des cabinets médicaux, à condition qu'ils utilisent une caméra haute résolution.

L'idée a déjà été évoquée auparavant, explique le Dr Wright, notamment dans les aéroports qui utilisaient le balayage thermique pendant la crise du SRAS en Asie, mais on peut s'interroger sur son efficacité.

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Une étude publiée par Eurosurveillance en février a conclu : "Il est peu probable que les contrôles effectués dans les aéroports permettent de détecter une proportion suffisante de voyageurs infectés par le NCoV 2019 [coronavirus] pour éviter l'entrée de voyageurs infectés".

"Il permettra d'identifier certains cas, mais la sensibilité sera faible", prévient le Dr Wright. Il y a également des interrogations sur qui devrait porter ces casques, et ce qu'ils devraient faire une fois qu'une alarme est déclenchée. "Est-ce vraiment à la police d'identifier les personnes ayant de la température ?", questionne le Dr Wright.

Alors que des pays comme Singapour et la Chine ont tout déployé, des chiens robots aux drones espions, pour surveiller la population, la plupart des citoyens européens n'ont pas l'habitude de ces dispositifs de surveillance.

Selon le Dr Guo, il faut s'attendre à certaines altérations de la vie normale : "Je pense que nous devons peut-être apporter quelques ajustements à notre vie, non seulement pour nous protéger nous-mêmes, mais aussi pour protéger la vie des autres", considère-t-il. "Ce n'est pas la responsabilité d'une seule personne, c'est la responsabilité de tout le monde. Nous devons nous protéger nous-mêmes et protéger les autres".

Version originale : Shona Ghosh/ Business Insider

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