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La Poste, Ikea, McDonald's... Ces entreprises qui mettraient leurs salariés en danger face au Covid-19


La queue devant une Poste à Paris, le 17 mars 2020. © Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images

Certains n'ont jamais cessé de se rendre au travail. C'est le cas des chauffeurs routiers, en première ligne depuis le début de la crise, souvent dans des conditions difficiles. Et à l'approche du déconfinement, de plus en plus d'entreprises rappellent leurs salariés pour une reprise progressive de l'activité. Mais beaucoup d'employés craignent que les conditions sanitaires sur leur lieu de travail soient insuffisantes et les mettent en danger. Ils le font savoir par la voix de leurs représentants syndicaux, qui n'hésitent pas à interpeller les médias pour mettre en lumière les manquements de certaines sociétés.

"Les salariés ne doivent pas travailler la peur au ventre", prévenait Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, dans un entretien à Ouest France, le 30 mars. Un souhait qui s'avère compliqué. Paralysées par l'épidémie, certaines enseignes sont en effet impatientes de reprendre leur activité en France pour réduire leurs pertes. Parfois au mépris de la santé des employés. Business Insider France dresse une liste non-exhaustive de cinq grands employeurs dénoncés par des travailleurs ou épinglés par des syndicats pour des manquements aux règles sanitaires et la mise en danger de leurs salariés.

Les syndicats accusent La Poste d'être responsable d'une forte contamination chez les postiers

Véronique PAGNIER/ Wikimedia Commons

Les employés de La Poste, et plus particulièrement les facteurs, sont en première ligne depuis le début de la crise sanitaire. Et pour beaucoup, la direction aurait très mal géré la crise et insuffisamment protégé ses employés. Dans un communiqué en date du 10 avril, la CGT-FAPT, syndicat majoritaire, regrette que "l'absence de matériel de protection ait logiquement conduit à une très forte contamination des postiers". Plusieurs centaines d'agents seraient atteints par l'épidémie, même s'il n'existe "pas de chiffres précis puisque la direction de La Poste refuse toute communication aux organisations syndicales à ce sujet". La CGT-FAPT fustige cette "omerta patronale particulièrement irresponsable".

Le syndicat Sud-PTT a en outre accusé La Poste d'avoir caché plus de 24 millions de masques à ses salariés. La direction de La Poste a toutefois démenti cette rétention.

Ikea se précipiterait de rouvrir ses entrepôts au mépris de la santé des salariés

icondigital / Pixabay

Régulièrement dans le viseur des syndicats pour le traitement qu'elle réserve à ses employés, l'entreprise suédoise d'ameublement est cette fois montrée du doigt pour la réouverture précoce de ses entrepôts en France. Ikea a en effet décidé le 16 avril de reprendre ses ventes en lignes. Résultat, 15 à 20% des salariés sont priés de se remettre au travail, rapporte France Inter. Soit près de 1 300 travailleurs.

Les syndicats s'inquiètent toutefois des risques encourus par les employés. "Le meuble n’est pas un produit essentiel à la vie de la nation, pourquoi risquer des vies ?", s’indigne Jean-Paul Barbosa, délégué syndical CFDT, sur France Inter. Si la direction a promis d'investir pour que les salariés disposent de bonnes conditions sanitaires, la CGT déplore l'absence de réponse claire d'Ikea à ses alertes émises depuis fin mars sur les conditions de reprise, rapporte France Inter.

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Certains McDonald's n'auraient jamais fermé malgré l'épidémie

Unsplash/Andrew Herashchenko

McDonald's rouvre progressivement ses drives en France, occasionnant parfois des files d'attente interminables, les consommateurs se précipitant dans le fast-food le plus proche. StreetPress révélait le 23 avril que 12 McDonald's n'avait jamais fermé en France, malgré la pandémie. Tous appartiennent au même propriétaire : Bernard Simmenauer. L'article rapporte que les salariés de ces restaurants ont dû prendre de graves risques pour leur santé. "On m'a balancé aux supérieurs parce que je me suis plaint des conditions sanitaires de travail. J'ai osé demander pourquoi on était les seuls à rester ouverts en France", révèle un employé, cité par StreetPress. Un autre employé assure qu'on lui aurait demandé de travailler "comme s'il ne s'était rien passé".

De son côté, McDonald's précise, dans un communiqué transmis à Business Insider France, que les 12 magasins en question étaient restés ouverts dans le cadre d'un "protocole opérationnel qui vise à renforcer significativement les mesures sanitaires pour les personnels et les clients sur le canal du drive et sur le canal de la livraison à domicile". Pour l'entreprise de fast-food, "ce protocole a été préalablement développé par les équipes opérationnelles de l’enseigne et des franchisés au cours d’un processus interactif de plus de 3 semaines. Les représentants du personnel ont été dûment informés de son contenu sur chacun des sites pilotes. Ce protocole a été ensuite formellement validé par un comité scientifique composé d’experts en infectiologie et virologie."

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Sur le site brestois de Thales, la crainte d'un retour précoce de tous les effectifs

Le stand du groupe Thales lors du salon Aero India à Bangalore, en Inde, en février 2019.  Karen Dias/Bloomberg via Getty Images

Comme nombre d'entreprises, le site de Thales Brest devait fermer à l'annonce du confinement, le 17 mars. L'exécutif avait alors demandé au groupe de maintenir une activité minimale pour les "affaires critiques", soit le soutien à l'armée. Et 50 salariés reprenaient le travail. Le 24 avril, l'effectif était déjà monté à 260 travailleurs, comme le rapporte Florent Gayte, délégué central CFDT, sur le site de France Bleu. "La direction a décidé une remontée progressive des effectifs", déplore-t-il. Le site compte d'ordinaire 1 700 travailleurs. Que tout le monde revienne, "c'est physiquement infaisable pour le respect des distanciations sociales", prévient Florent Gayte. "On ne comprend pas que des mesures comme le télétravail ne soient pas poussées à leur maximum en ce moment."

Mesures sanitaires insuffisantes et dérives managériales dans certains magasins Leclerc

Benoît Prieur/ Wikimedia Commons

Le 2 avril, Le Monde révélait l'enfer vécu par les employés de certains magasins E. Leclerc, victimes d'un management par la peur. Mathieu Lamour, employé par le Leclerc de Saint-Etienne-du-Rouvray (76) et délégué syndical CGT, avait alerté l'AFP au sujet des mesures sanitaires insuffisantes dans le magasin. Il s'est confié au Monde après avoir reçu une lettre d'avertissement de la part de son employeur : "Ils ont mis des Plexiglas aux caisses, fourni du gel, mais les employés n’ont pas de gants, explique le salarié. Et la direction nous a dit qu'elle n'en fournirait pas. Ils ont même mis des affichettes disant qu'il était inutile de mettre des gants sous prétexte d'une surcontamination." La direction du magasin aurait en outre annoncé aux salariés que ceux qui exerceraient leur droit de retrait ne seraient pas payé.

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Le Monde rappelle que chaque magasin E. Leclerc dispose de sa propre direction, et cite un syndicaliste : "Certains sont de vrais négriers, mais il y a aussi des patrons qui sont très bien." Ces dysfonctionnements ne seraient donc pas généralisés dans à tous les franchisés. Le journal précise toutefois que ces pratiques concerneraient "plusieurs magasins du réseau".

Business Insider
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