Les systèmes de missiles anti-aériens russes S-400 Triumph pendant le défilé du Jour de la Victoire à l'occasion du 71e anniversaire de la défaite de l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, sur la Place Rouge à Moscou, le 9 mai 2016. Sergei Karpukhin/Reuters

La Chine est devenue le premier acheteur étranger du S-400 russe en 2014. Cependant, la livraison du système de défense aérienne, considéré comme l'un des plus avancés au monde, s'est vue compromise lorsqu'un navire qui le transportait a été frappé par une tempête début 2018. Selon le PDG de la société russe de défense Rostec, les dommages entre les composants étaient plus importants que prévus.

Lors du salon international de défense IDEX qui s'est déroulé ce mois-ci aux Emirats arabes Unis, Sergey Chemezov a déclaré que l'équipement endommagé par la tempête comprenait le 40N6E, la version modernisée du missile S-400 40N6, selon Stephen Trimble, rédacteur en chef du secteur de la défense du journal Aviation Week. Le 40N6 est l'intercepteur à plus longue portée des trois missiles du S-400. La version destinée à l'exportation du missile peut atteindre un peu moins de 400 kilomètres. Le dispositif est également doté d'un système de commande et de contrôle, d'un système radar et d'un lanceur.

Les systèmes de missiles anti-aériens russes S-400 au défilé du Jour de la Victoire sur la Place Rouge à Moscou, le 9 mai 2015. Reuters

Alors que la livraison du S-400 à la Chine avait déjà été confirmée, on ne savait pas avec certitude si le 40N6E était inclus, ce qui a conduit Trimble à interroger Chemezov à ce sujet, en espérant obtenir un habituel "sans commentaire", avoue-t-il dans le dernier épisode du podcast Check 6 de Aviation Week. "Il ne l'a pas seulement confirmé. Il nous a aussi raconté une espèce d'histoire improbable sur ce qui est arrivé (au missile) en route... vers la Chine ", racontait Trimble. 

Chemezov a clairement indiqué que les missiles "étaient sur un navire, et le navire a été frappé par une tempête violente, et ... finalement tous les missiles ont été perdus". Il n'a pas expliqué exactement comment ils ont été perdus, mais il a dit qu'ils doivent tous être remplacés et que les missiles sont en construction car "ils ont été, d'une manière ou d'une autre, endommagés ou tout simplement détruits par la tempête." Les dégâts ont été signalés peu de temps après le début de la livraison, début janvier 2018.

Un radar S-400. Ministère russe de la Défense

Selon Trimble, les contrôleurs maritimes qui surveillent les systèmes d'identification automatique des navires ont remarqué qu'un navire avait quitté Saint-Pétersbourg avec un code SIA indiquant qu'il contenait des explosifs. Ce navire a été frappé par une tempête dans la Manche pour après rentrer au port. En janvier 2019, le média national russe Tass a déclaré qu'"une partie de l'équipement inclus dans la première expédition" vers la Chine avait été "endommagée par une tempête et était retournée en Russie". 

À peu près à la même époque, l'agence de presse russe RIA a cité la porte-parole du service de coopération militaire et technique de la Russie qui avait déclaré que des parties des systèmes S-400 en route vers la Chine avaient été endommagées par une tempête en mer. La porte-parole a qualifié les composants de "secondaires" sans donner de détails. Pourtant, les missiles S-400 sont un composant essentiel, et le 40N6 l'est encore plus.

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Une révélation "complètement inattendue et qui a pris une tournure assez surprenante dans cette histoire d'exportation, et complètement inattendue", a déclaré Trimble. "Je ne me souviens pas qu'une chose de la sorte ne se soit jamais produite auparavant, car il ne s'agit pas d'un missile quelconque. C'est probablement l'un des systèmes d'armes stratégiques les plus importants au monde à l'heure actuelle, et il s'agit certainement du plus puissant des missiles qui composent ce système." "Ces missiles se trouvent peut-être actuellement au fond de la Manche, ce qui n'est qu'un revirement incroyable dans toute cette histoire", ajoute Trimble.

Le président russe Vladimir Poutine avec Sergey Chemezov, PDG de Rostec Corporation, à Moscou. Thomson Reuters

En mai 2018, la Chine a reçu son premier ensemble du régiment de S-400 lorsque le troisième et dernier navire est arrivé avec "l'équipement non endommagé lors de la tempête de décembre dans la Manche, en plus de l'équipement qui avait pu être réparé", a indiqué une source diplomatique à Tass à cette époque.

Un régiment de S-400 est composé de deux bataillons. Chaque bataillon possède deux batteries. Une batterie standard est équipée de quatre missiles, chacun avec quatre tubes de lancement, ainsi que de systèmes radar de conduite de tir et d'un module de commande. Les rapports sur le nombre de régiments que la Chine allait recevoir varient de deux à six.

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Le South China Morning Post a déclaré dans les derniers jours de décembre que la People's Liberation Army Rocket Force a testé le S-400 en novembre, simulant l'interception d'une cible balistique se déplaçant à la vitesse supersonique d'environ trois kilomètres par seconde à une distance de presque 242 kilomètres.

Le S-400 et les efforts de la Russie pour le vendre à l'étranger sont devenus une cause de conflit avec les États-Unis. En septembre, les États-Unis ont sanctionné la Chine en vertu de la loi Countering America's Adversaries Through Sanctions Act, ou CAATSA, qui vise à punir la Russie pour ses interventions à l'étranger et son ingérence dans les élections américaines de 2016.

Des militaires russes conduisent des systèmes de missiles de défense aérienne S-400 sur la Place Rouge pendant le défilé du Jour de la Victoire, marquant le 73e anniversaire de la défaite de l'Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale, 9 mai 2018. REUTERS/Sergei Karpukhin

Mais des alliés des Américains ont exprimé leur intérêt pour le S-400, ce qui complique les choses pour Washington. Malgré les avertissements des États-Unis qui annuleraient les livraisons de F-35, et en dépit du fait que le système ne fonctionnerait pas avec les armes de l'OTAN, la Turquie s'est décidée à se procurer un S-400, en déclarant cette semaine que cet achat était une affaire conclue.

L'Inde a également accepté d'acheter le S-400, bien que Chemezov ait déclaré que New Delhi n'a pas effectué de paiement anticipé, ce qui "est assez surprenant", a déclaré Trimble. L'achat du S-400 pourrait exposer l'Inde aux sanctions américaines, bien qu'il existe un processus plus indulgent dans la législation CAATSA qui pourrait être appliqué à Delhi.

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Et malgré le grand intérêt que porte l'administration Trump à l'égard de l'Arabie Saoudite, avec notamment les négociations personnelles entre le conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, et le PDG de Lockheed Martin sur le système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Air), l'État saoudien serait toujours intéressé par le S-400.

"Chemezov a refusé de faire allusion au S-400 et à l'Arabie Saoudite, et il a été très direct sur les raisons de ce refus", a dit Trimble. "Il a dit que si nous parlions de ce genre d'accords, cela pourrait causer des problèmes à leurs clients potentiels avec le gouvernement américain. Ils préfèrent négocier en silence."

Version originale : Christopher Woody / Business Insider

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