La société mère de TikTok, ByteDance, travaillerait avec le Parti communiste chinois pour faire de la propagande sur le Xinjiang

Reuters

Selon un nouveau rapport de l'Institut australien de stratégie politique (ASPI), la société mère de l'application vidéo TikTok travaille en étroite collaboration avec le gouvernement chinois, pour faciliter les atteintes aux droits des Ouïgours musulmans dans la région autonome occidentale du Xinjiang. Le rapport, intitulé "Mapping China's Tech Giants", a examiné la manière dont les grandes entreprises de technologie chinoises étaient impliquées dans la surveillance et la censure menées par l'État en utilisant l'intelligence artificielle (IA) sous forme d'applications et de sites internet populaires.

ByteDance, la société mère de la célèbre application vidéo TikTok, a été mentionnée dans le rapport aux côtés d'autres grandes sociétés de technologie chinoises, dont Huawei, Tencent, Alibaba et d'autres, qui, selon ASPI, "ont un comportement profondément immoral dans la région du Xinjiang, où leurs travaux soutiennent et permettent directement des violations massives des droits l'Homme." La Chine a été accusée de gérer des centres de détention et des camps de travail forcé dans la région du Xinjiang. Des entretiens avec des personnes détenues dans les établissements révèlent des allégations de passages à tabac et de privation de nourriture, ainsi que d'expériences médicales sur des prisonniers.

La Chine a reconnu l'existence de certains "camps de rééducation", mais a nié à plusieurs reprises toute allégation d'abus dans ses établissements. Dans sa recherche, l'ASPI a ciblé ByteDance et prétend qu'elle a agi aux côtés du Parti communiste afin de faire respecter les lois strictes de censure du pays.

"ByteDance collabore avec des bureaux de la sécurité publique à travers la Chine, y compris dans le Xinjiang où elle joue un rôle actif dans la diffusion de la propagande du gouvernement sur le Xinjiang", peut-on lire dans le rapport.

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ByteDance exploite deux versions de son application vidéo — une application basée en Chine appelée "Douyin" et l'application internationale TikTok. TikTok est l'une des applications mobiles les plus téléchargées au monde et a déjà pénétré plus de 150 marchés mondiaux. Les précédents rapports cités par l'ASPI indiquaient que la "Xinjiang Internet Police" était présente sur Douyin en 2018 et a créé un "nouveau modèle de sécurité publique et de gouvernance sociale sur Internet".

L'ASPI a également cité des informations récentes selon lesquelles le service de presse et de publicité du ministère chinois de la sécurité publique avait signé un accord avec ByteDance, qui autorise les fonctionnaires du ministère et de la police à avoir leur propre compte Douyin afin de promouvoir la propagande ministérielle. Le rapport indique également que ByteDance allait "accroître sa coopération hors ligne avec le service de police", bien que l'on ne sache pas exactement ce que ce partenariat impliquerait.

Un porte-parole de ByteDance a déclaré à Business Insider US qu'il ne cautionnait pas le fait que des policiers partagent du contenu sur Douyin.

"En tant que plateforme de contenu généré par les utilisateurs en Chine, Douyin permet aux particuliers, aux organisations et aux institutions, y compris les groupes civiques et les services d'ordre, de créer des comptes d'utilisateur. Cette pratique est comparable à la façon dont les réseaux sociaux d'autres pays permettent à des organisations semblables, y compris les organismes de forces de l'ordre, de créer des comptes à des fins comme des alertes pour éviter des crimes. Douyin ne soutient pas le contenu généré par ses utilisateurs, mais plutôt, à l'instar de Twitter ou Facebook, fournit une plateforme à tous ses utilisateurs."

Il a ajouté que ByteDance "ne produit, n'exploite ni ne diffuse aucun produit ou service lié à la surveillance". Un représentant de TikTok a déclaré à Business Insider US que l'application "ne supprime pas le contenu basé sur les sensibilités liées à la Chine."

"Le gouvernement chinois ne nous a jamais demandé de supprimer un contenu et nous ne le ferions pas si on nous le demandait. Point final. Nous ne sommes influencés par aucun gouvernement étranger, y compris le gouvernement chinois ; TikTok n'opère pas en Chine, et nous n'avons aucune intention de le faire à l'avenir."

"Au début de TikTok, nous avons adopté une approche directe pour minimiser les conflits sur la plateforme, et une version précédente de nos directives de modération permettait d'imposer des pénalités pour des choses comme des contenus qui favorisent les conflits entre groupes religieux ou groupes ethniques, dans un certain nombre de régions à travers le monde. Les anciennes lignes directrices en question sont dépassées et ne sont plus d'actualité."

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ASPI a ajouté que d'autres géants de la tech, dont Alibaba et Huawei, ont fourni des technologies de cloud computing et de surveillance dans le Xijiang.

En octobre, les États-Unis ont mis sur liste noire 28 organisations et entreprises chinoises pour leur rôle dans la facilitation des violations des droits de l'Homme dans la région du Xinjiang. Et plus tôt ce mois-ci, des sources ont déclaré à Reuters que les États-Unis avaient ouvert une enquête de sécurité nationale sur ByteDance après l'acquisition de l'application américaine Musical.ly pour un milliard de dollars en 2017.

L'entreprise a été placée sous les feux des projecteurs après la suspension du compte TikTok de l'adolescente américaine Feroza Aziz qui avait posté une vidéo virale sur l'application critiquant le traitement réservé par le gouvernement chinois aux Ouïghours du Xinjiang dans un tutoriel de maquillage.

La société s'est excusée dans une déclaration publiée sur le site internet de TikTok ce mercredi 27 novembre 2019, affirmant que la société a soutenu sa décision initiale de suspendre le compte de Ferora Aziz, mais a également ajouté que son processus de modération "ne sera pas parfait".

Le Xinjiang compte une population d'environ 10 millions d'habitants, dont beaucoup sont des Ouïgours ou d'autres minorités ethniques, et en mai, le Secrétaire adjoint à la défense des États-Unis, Randall Schriver, a déclaré qu'au moins un million, mais probablement près de 3 millions de citoyens, étaient détenus dans des camps.

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Les images satellites examinées au début du mois par le groupe à but non lucratif "Mouvement national d'éveil du Turkistan oriental", basé à Washington, ont identifié au moins 465 centres de détention, camps de travail et potentielles prisons dans le Xinjiang.

Et une récente fuite de documents classés du gouvernement chinois, connus sous le nom de "China Cables", présentait un manuel sur le fonctionnement précis des centres de détention, de la prévention des évasions par un double verrouillage de toutes les portes à l'utilisation d'un "système de points" basé sur un comportement, lié "directement aux récompenses, punitions et visites familiales".

Version originale : Rosie Perper/Business Insider

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