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La société spatiale de Jeff Bezos ferait pression sur des employés pour effectuer un lancement malgré la crise sanitaire

La société spatiale de Jeff Bezos ferait pression sur des employés pour effectuer un lancement malgré la crise sanitaire
La fusée New Shepard de Blue Origin © Blue Origin

Blue Origin fait partie des rares entreprises toujours en activité dans l'Etat de Washington. La société spatiale de Jeff Bezos a obtenu cette autorisation de la part du gouverneur de l'état de Washington Jay Inslee, car elle développe actuellement la fusée New Glenn, que l'armée de l'air américaine compte utiliser pour mettre en orbite ses satellites de sécurité nationale à l'avenir. Mais dans le même temps, Blue Origin continue également de travailler sur son autre fusée, New Shepard, destinée au tourisme spatial. La New Shepard devrait pouvoir transporter six passagers à 100 km d'altitude, un niveau suffisamment élevé pour ressentir quelques minutes d'apesanteur et voir la courbure de la Terre avant que le véhicule ne revienne sur Terre à l'aide de parachutes.

D'après les informations de The Verge, la direction de Blue Origin mettrait la pression sur des employés pour effectuer un lancement d'essai de la fusée New Shepard depuis la ville de l'Ouest du Texas, Van Horn, alors que l'épidémie due au coronavirus continue de se propager aux Etats-Unis. Le pays est celui qui compte le plus de contaminations officiellement recensées, avec 337 646 cas confirmés au Covid-19. Les responsables de Blue Origin envisagent de transférer des employés depuis le siège social à Kent dans l'état de Washington vers Van Horn dans le Texas, qui abrite le centre de lancements d'essai de Blue Origin.

Une fusée qui servira pour des vols touristiques

De nombreux employés estiment que voyager en pleine épidémie pourrait les exposer au coronavirus et également exposer les habitants de cette petite ville texane, qui compte peu d'infrastructures, si plusieurs cas venaient à se déclarer. De plus, maintenir une distance sociale et mettre en place des mesures sanitaires et de sécurité adéquates pour effectuer un lancement semblent compliqués. Les employés doivent généralement se réunir dans les salles de conférence ou de contrôle de mission.

The Verge a interrogé quatre employés, sous couvert d'anonymat, qui se disent indignés par cette décision. "On a l'impression que l'entreprise donne la priorité à ses objectifs commerciaux et à son calendrier plutôt qu'à la sécurité de ses employés et de la communauté", a confié un employé à The Verge. Lors d'une réunion avec l'équipe travaillant sur la New Shepard qui s'est tenue le 1er avril 2020, plusieurs employés ont exprimé de grandes réserves concernant un tel déplacement. Ces réserves n'ont apparemment pas bien été reçues par certains responsables de Blue Origin.

Selon les sources interrogées par The Verge, Jeff Ashby, responsable de la partie assurance de la mission chez Blue Origin et ancien astronaute de la NASA, aurait déclaré lors de la réunion : "je dirais que vous devriez vous demander, en tant qu'individu, si vous agissez comme une toxine dans l'entreprise, attisant le mécontentement, ou si vous essayez vraiment d'aider nos hauts dirigeants à prendre de meilleures décisions". Le directeur a précisé par la suite que les employés qui n'étaient pas d'accord avec les décisions de la direction ne seraient pas forcément licenciés mais qu'il existait plusieurs "options", sans donner plus de détails.

Les quatre employés qui se sont confiés à The Verge ont tous affirmé que la fusée New Shepard n'est pas un véhicule essentiel, qui doit absolument être lancé en cette période de crise sanitaire. "À mon avis, c'est vraiment un peu exagéré. Je ne pense pas que la New Shepherd soit une mission essentielle pour les États-Unis d'aucune façon", a estimé un employé. La fusée peut transporter des charges utiles destinées à la recherche, mais elle est avant tout développée pour permettre à de riches touristes d'expérimenter un vol de 11 minutes à 100 km d'altitude. "Qu'y a-t-il d'essentiel dans un véhicule qui transporte des milliardaires potentiels dans l'espace", s'est ainsi interrogé un employé.

'Dégouté par l'entreprise en ce moment et par notre direction'

Certains employés ont avoué que ces décisions les incitaient à chercher un poste ailleurs. L'un d'eux a affirmé à The Verge : "je me sens vraiment dégoûté par l'entreprise en ce moment et par notre direction." Blue Origin n'a pas voulu commenter le contenu de la réunion interne mais elle a tenu à souligner qu'aucune date de lancement n'a encore été fixée. "Nous considérons la sécurité comme notre plus grande valeur. Point final", a déclaré un porte-parole à The Verge dans un e-mail. "Nous sommes toujours en activité sur notre site de lancement de l'ouest du Texas, où nous avons effectué des essais de moteur et nous continuerons à le faire."

Mais pourquoi Blue Origin souhaite autant maintenir ce lancement test de la New Shepard ? Selon un employé interrogé par The Verge, c'est en raison du calendrier fixé par Blue Origin, qui prévoit les premiers vols habités tests plus tard dans l'année, et de la concurrence, à savoir Virgin Galactic. L'entreprise spatiale fondée par le milliardaire britannique Richard Branson, son principal rival, a déjà effectué deux vols tests (avec à bord ses propres employés) avec son propre véhicule VSS Unity. Aucune des deux entreprises n'a encore fait voler des touristes privés mais clairement, l'idée est d'être le premier à le faire. "Il y a cette volonté insatiable d'être le premier", a indiqué un employé. Et d'ajouter : "nous sommes dans une course."

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Business Insider
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