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La Turquie construit de nouveaux navires, chars et missiles pour envoyer un message au reste de l'OTAN

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Un missile guidé Atmaca est tiré lors d'un essai depuis le TCG Kınalıada à Sinop, en Turquie, le 18 juin. © Arif Akdogan/Anadolu Agency via Getty Images
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En juin, la marine turque a effectué avec succès un tir d'essai de l'Atmaca, le premier missile de croisière antinavire à longue portée produit en Turquie. Le missile a été tiré depuis le TCG Kınalıada, l'une des plus récentes corvettes de classe Ada, également conçues et construites en Turquie. Lors de son dernier essai, le missile a coulé un ancien navire de recherche. Il est maintenant prêt à remplacer le Harpoon, fabriqué aux États-Unis, comme missile antinavire standard de la marine turque.

Il s'agit du plus récent d'une impressionnante série de succès pour l'industrie de la défense turque, qui a toujours compté sur les entreprises américaines et européennes pour équiper son armée. Ces dernières années, cependant, les entreprises turques ont intensifié leurs efforts pour fabriquer des équipements de défense de haute qualité, notamment des canons, des missiles, des chars et autres navires de guerre.

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Cet investissement accru a rendu l'armée turque plus autonome et fait de la Turquie l'un des principaux exportateurs d'armes de la planète.

Menaces et sanctions

Des officiels turcs observent le test d'un missile guidé Atmaca à Sinop le 18 juin.  Arif Akdogan/Anadolu Agency via Getty Images

La Turquie dispose depuis longtemps d'une base industrielle de défense importante et relativement performante. Pendant des décennies, elle a construit une variété d'armes d'infanterie sous licence de fabricants étrangers, et elle est l'un des cinq seuls pays autorisés à construire des F-16.

L'accent mis récemment sur la conception et la production nationales découle d'une augmentation des menaces potentielles de la Russie et de divers groupes militants, ainsi que des sanctions imposées à l'industrie de la défense turque par ses alliés de l'OTAN, qui ont empêché la vente de technologies essentielles ou de systèmes entiers à Ankara.

La Turquie a un conflit de longue date avec les militants kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans son sud-ouest, qui déborde régulièrement sur le nord de l'Irak et a été un facteur important dans l'intervention militaire de la Turquie dans la guerre civile syrienne.

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Ankara doit également faire face à une Russie plus forte, son rival de longue date. La Turquie a bénéficié d'un sentiment de sécurité en mer Noire au cours des décennies qui ont suivi la guerre froide, lorsque la Russie était considérablement plus faible, mais les actions récentes de Moscou posent un nouveau défi.

"L'équilibre militaire en mer Noire s'est déplacé de manière assez significative en faveur de la Russie après la saisie de la Crimée et la militarisation accrue de la péninsule", explique Stephen Flanagan, politologue à la Rand Corporation, à Insider.

La frégate TCG Gaziantep dans la Mer Noire en 2018. NATO Allied Maritime Command

"Les Russes ont augmenté le niveau des forces militaires dans leur district militaire du sud et ils sont également engagés dans une modernisation assez importante de leur flotte en mer Noire", remarque Stephen Flanagan.

Désengagement des États-Unis et de l'Europe

La Turquie considère l'implication et l'influence de la Russie en Syrie comme une menace, tout comme l'influence iranienne en Syrie et en Irak. Malgré l'augmentation des menaces, la Turquie ne peut plus compter sur les États-Unis et l'Europe pour lui vendre les équipements dont elle a besoin.

Les préoccupations des États-Unis et de l'Europe concernant les violations des droits de l'homme commises par la Turquie, ses actions contre les Kurdes dans le nord de la Syrie et son achat du système de missiles sol-air S-400 de fabrication russe ont conduit à des sanctions à l'encontre de la Présidence des industries de défense de la Turquie, l'institution gouvernementale qui supervise son industrie de la défense.

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Les États-Unis ont exclu la Turquie du programme F-35, dans lequel Ankara était un contributeur et un fabricant, et l'Allemagne s'est montrée réticente à moderniser l'inventaire de chars Leopard 2 d'Ankara.

"Tout cela n'a fait que renforcer la nécessité pour la Turquie de devenir plus indépendante dans le développement de son industrie de défense et de ses propres capacités de défense", affirme le politologue.

Hausse de la production intérieure

Le premier hélicoptère T129 ATAK après sa livraison à Ankara le 25 février. Rasit Aydogan/Anadolu Agency via Getty Images

La Turquie a connu une expérience similaire avec les sanctions occidentales dans les années 1970, lorsque les tensions avec la Grèce au sujet de Chypre ont failli conduire à la guerre. Ces sanctions ont été levées, mais la Turquie s'est préparée à leur éventuelle réimposition.

Aujourd'hui, cette préparation porte ses fruits.

La Turquie remplace le G3 par le MPT-76, une conception nationale, comme fusil standard. Elle remplace ses hélicoptères d'attaque AH-1 par des T129 ATAK de Turkish Aerospace Industries et prévoit de mettre en service ses premiers chars Altay de fabrication nationale au début de 2023. Elle modernise également ses Leopard 2 sans l'aide de l'Allemagne.

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Outre quatre corvettes de classe Ada, la marine turque a lancé la première des quatre frégates de classe Istanbul prévues et un navire d'assaut amphibie, le TCG Anadolu, dont un second devrait aussi voir le jour.

Basés sur la classe Juan Carlos I d'Espagne, l'Anadolu et son futur navire jumeau, le TCG Trakya, devraient faire office de porte-avions légers, capables de lancer de nouveaux avions de fabrication turque.

Un drone Bayraktar TB2 de fabrication turque lors d'un défilé militaire à Bakou, en Azerbaïdjan, marquant la fin du conflit du Nagorno-Karabakh, le 10 décembre 2020. Valery Sharifulin\TASS via Getty Images

Les efforts de la Turquie pour devenir un leader dans le domaine des systèmes sans pilote constituent peut-être son initiative la plus impressionnante.

Les drones de combat Bayraktar TB2 fabriqués en Turquie ont joué un rôle clé dans la victoire de l'Azerbaïdjan lors de la récente guerre qui l'a opposé à l'Arménie. D'autres pays à la recherche d'un avantage aérien cherchent désormais à s'équiper de TB2.

La Turquie a un certain nombre d'autres systèmes autonomes en cours de développement.

Elle a commencé la production en série de l'Akıncı, un avion de combat sans pilote plus grand avec une charge utile de 1,5 tonne, et a commencé les essais en mer de l'ULAQ, un drone maritime armé de six missiles guidés. Quatre types de drones terrestres armés sont en concurrence pour un contrat du gouvernement turc.

La Turquie prévoit également de mettre au point une "mine navale mobile" pouvant être utilisée pour la surveillance et l'attaque de navires, ainsi que des avions de chasse et de frappe sans pilote destinés à être utilisés sur ses navires d'assaut amphibies, qui, selon les responsables, pourront transporter 30 à 50 drones.

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Exportations, nouveaux partenariats et autonomie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors de l'inauguration d'une installation du géant turc de la défense Aselsan, à Ankara le 12 novembre 2020. Mustafa Kamaci/Anadolu Agency via Getty Images

L'augmentation de la production nationale de défense a également permis à la Turquie de devenir un exportateur d'armes en pleine croissance. Elle vend désormais ses armes à 28 pays.

L'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, qui suit le commerce mondial des armes, a récemment classé la Turquie parmi les trois exportateurs d'armes à la croissance la plus rapide, le volume de ses exportations ayant augmenté de 86 % au cours de la seconde moitié des années 2010. Sur la même période, elle a gagné six places pour devenir le 13e exportateur d'armes au monde et est passée du 6e au 20e rang des importateurs d'armes.

La Turquie construit deux corvettes de classe Ada modifiées pour la marine pakistanaise (le Pakistan en construisant lui-même deux autres sous licence) et au moins une corvette de classe Ada pour l'Ukraine. La Turquie a aussi récemment reçu une licence d'exportation américaine pour envoyer des hélicoptères d'attaque aux Philippines.

"L'accent a été mis sur l'idée que la Turquie allait développer ses capacités locales afin de devenir plus efficace en tant que producteur militaire et moins dépendant de l'étranger, mais aussi en tant que potentiel de croissance par l'exportation", remarque Stephen Flanagan.

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Des marines turcs lors d'un exercice à Izmir, le 17 avril. Lokman Ilhan/Anadolu Agency via Getty Images

Les dirigeants turcs, de plus en plus nationalistes, sont déterminés à développer leur industrie nationale de l'armement. Se sentant écartés par ses partenaires traditionnels, ils se tournent désormais vers des pays comme la Corée du Sud et l'Ukraine pour combler les dernières lacunes technologiques du pays.

Il existe encore des technologies occidentales dont la Turquie a besoin et qu'elle ne peut pas reproduire.

Elle utilise des moteurs de fabrication américaine pour le T129 ATAK, des canons allemands pour le char Altay et des systèmes de propulsion indépendants de l'air allemands pour ses nouveaux sous-marins de classe Reis.

Si la Turquie espère construire son propre avion de combat de cinquième génération pour remplacer le F-35, son programme de prolongation de la durée de vie des F-16 laisse penser qu'elle pourrait ne pas être en mesure de le faire.

Les différends avec les voisins et les alliés de l'OTAN ont alimenté le sentiment que la Turquie "peut trouver des solutions turques à certains de ces problèmes et ne pas être aussi dépendante de l'extérieur", explique Stephen Flanagan. "Ils ont une forte capacité de production locale et peuvent également rivaliser pour les exportations entre alliés pour les clients internationaux, ainsi que les principaux fournisseurs internationaux d'armes du monde."

Version originale : Benjamin Brimelow/Insider

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