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La voiture autonome va t-elle réduire le nombre de morts sur les routes ?

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Le constructeur créé par Elon Musk a déjà créé la prouesse en roulant plus de 560 km en quasi autonomie. © Tesla
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Somme-nous trop exigeants avec les véhicules autonomes ? Lundi 16 août, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), l’agence américaine chargée de la sécurité routière, a annoncé qu'elle ouvrait une enquête sur Tesla pour déterminer si la technologie développée par le groupe d'Elon Musk était dangereuse pour les usagers. Au total, l'administration a répertorié 11 accidents depuis janvier 2018 en Californie entraînant la mort d’une personne et des blessures pour 17 personnes.

Malgré ces décès, tous les grands fabricants mondiaux continuent de plancher sur des modèles de véhicule avec une autonomie intégrée. Les directeurs de recherche de ces groupes estiment que l'intelligence artificielle (I.A) est capable de réagir plus rapidement que l'homme en cas d'imprévu. Luc Julia, cofondateur de l'assistance vocal Siri et ancien vice-président de Samsung chargé de l'innovation, est reconnu comme l'un des meilleurs experts mondiaux dans le domaine de l'IA. Il est aujourd'hui directeur scientifique de Renault et travaille sur l'avenir de l'automobile pour le constructeur français. Pour lui, c'est évident, la voiture autonome va sauver des vies.

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Luc Julia, directeur scientifique de Renault.  Luc Julia

Est-ce que l'on verra des voitures sans conducteurs sur les routes ?

Luc Julia : L'autonomie d'un véhicule est divisée en cinq niveaux. Les modèles déployés par Tesla et d’autres, il y en a déjà sur les routes. Ces voitures sont au niveau deux, voire deux et demi. Le conducteur peut lâcher les pédales, mais pas le volant. Dans la recherche, on arrive au niveau trois et on montera surement au quatrième. À ce stade, les véhicules peuvent faire beaucoup de choses sans intervention humaine, mais il y aura toujours une personne sur le siège qui saura sortir la voiture d’une situation que les fabricants et chercheurs n’avaient pas imaginé.

Le niveau cinq, c'est-à-dire sans personne à bord, n'existera jamais. La voiture ne pourra pas s’adapter parfaitement à tous les environnements. En revanche dans des domaines particuliers, si les environnements sont très définis et sécurisés, on peut avoir un véhicule complètement autonome. En France, il y a quelques sociétés avec des navettes qui traversent des ponts par exemple et effectuent des trajets très simples. Mais à la fin, j'appelle ça le train. C’est tellement défini que c’est comme s’il y avait des rails.

Tout le monde roule en voiture autonome dans la Silicon Valley ?

Tout ne se déroule pas dans la Silicon Valley, mais ce qui est sûr, c’est qu’on a vu une marque emblématique qui a débarqué et a révolutionné un peu le monde de la voiture. Néanmoins, il faut nuancer cet engouement. Finalement, si on parle de Tesla, ils n'ont vendu que 500 000 voitures l’année dernière. Dans la Silicon Valley, tout le monde roule en Tesla, alors on a l'impression qu'il y en a partout. En vérité, la production est encore faible.

Le constructeur automobile crée par Elon Musk est considéré comme le pionnier dans le domaine de l'autonomie alors même que l'entreprise ne produit des véhicules que depuis une quinzaine d'années. Tesla

En revanche, d'un point de vue technologique, les Tesla sont effectivement un objet intéressant, on peut les comparer à un téléphone sur roue. Cette évolution technologique est une attente du public et c'est normal que la voiture tende à devenir intelligente.

Qu'est-ce que l'on doit comprendre par voiture intelligente ?

Lorsque je parle de voiture intelligente, je ne m'arrête pas à un véhicule autonome dans son déplacement. Il y a aussi une intelligence à l'intérieur de l'automobile. Les assistants connectés que l'on retrouve dans le smartphone ou au domicile s'étendent désormais jusqu'à l'intérieur de la voiture. Lorsque le véhicule se trompe, on va pouvoir lui donner un ordre en lui parlant par exemple.

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La France est-elle en retard dans le domaine des véhicules autonomes ?

Je ne pense pas que l'on soit en retard. On aime bien se flageller en France et imaginer qu'on est nul. En réalité, dans le domaine de l'intelligence artificielle, on est parmi les meilleurs au monde. Il suffit de regarder la Silicon Valley, dans tous les entreprises qui se spécialisent dans l'I.A, ce sont des Français qui sont à la tête des recherches. Il y a une raison très simple : l'I.A, c'est des maths et en France on n'est pas mauvais dans ce domaine. La preuve, on a plus de médaille Fields que les Américains.

Malgré tout cela, on ne sait pas profiter de nos trouvailles, on les exporte. Dans des entreprises comme Renault aujourd'hui, mon objectif est de ramener la confiance et la fierté de ce que l'on sait faire.

L'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a annoncé que 40 véhicules équipés de technologie de conduite autonome de niveau 2 (autonomie partielle), dont 15 Renault, seront commercialisés d'ici à 2022. Renault

Comment pourrait-elle nous aider au quotidien ?

Si l'on prend une petite voiture urbaine et électrique, le challenge est d'abord lié à la recharge. Où est-ce que je vais pouvoir recharger ? Combien de kilomètres je peux encore rouler ? Ce sont les questions que l'on se pose et le véhicule intelligent devrait pouvoir y répondre. On peut même imaginer qu'il aille se recharger tout seul pendant que son propriétaire dort.

C'est possible une voiture autonome qui ne commet aucun accident ?

Le zéro faute n'existe pas, il va donc falloir se calmer, réfléchir et laisser des personnes responsables s'occuper de la régulation. Des milliers de personnes meurent sur la route et il y aura des décès aussi avec les voitures autonomes. Il y a eu six accidents mortels avec les voitures robotisées. La plupart du temps, c'était lié à une erreur humaine. Au final, les véhicules autonome de niveau quatre vont réduire les accidents par un pourcentage énorme, j'estime à 90 %. Mais cela veut bien dire qu'il restera encore des accidents. Il faut juste le comprendre et arrêter d'imaginer que l'intelligence artificielle est comme dans les films hollywoodiens. Ce sont des machines dont nous avons le contrôle et, parfois, il y a un accident. C'est donc quelque chose d'imprévu qui nous arrive et qui arrivera encore.

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