Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Lafarge déverserait du béton dans la Seine en plein Paris depuis des années

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Lafarge déverserait du béton dans la Seine en plein Paris depuis des années
La centrale de béton Lafarge du quai de Bercy, incriminée par l'AAPPMA. © Mbzt/Wikimedia Commons/CC

Après Vinci, Lafarge est accusé de déverser du béton dans la Seine. Le cimentier se livrerait à cette pratique en plein Paris, au niveau du quartier de Bercy, non loin du ministère de l'Economie, selon Europe 1. Une des centrales de béton de l'entreprise rejetterait un mélange liquide de particules de ciment et de tiges de fibre plastique directement dans le fleuve, précise la radio sur son site internet. Le tout de manière délibérée, avec un écoulement en continu.

"Dans ces cuves, ce sont toutes les eaux et les restes de béton fabriqué dans la journée qui reviennent dans les camions en fin de journée", explique à Europe 1 Jacques Lemoine, agent de développement de l'Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA). Il y voit un acte volontaire de la part de Lafarge, "censé traiter ses déchets". Jacques Lemoine et son équipe ont découvert un trou percé dans la cuve de rétention des eaux usées de l'usine.

Le cimentier se dit 'victime d'une détérioration'

Depuis des années Lafarge dérogerait ainsi à ses obligations légales sur le plan environnemental. En témoigne la couche de ciment séché accumulée sur les quais, souligne l'agent. Les matières déversées étoufferaient les poissons et pollueraient les algues, selon l'AAPPMA. Elles seraient pourtant "totalement recyclables", selon John Bochaud, un autre membre de l'association interviewé par la radio.

L'Office français de la biodiversité (OFB) a décidé de porter plainte après avoir été informé de cette situation. L'OFB a constaté le 27 août une "suspicion de pollution de la Seine par une entreprise de travaux publics", a précisé le parquet de Paris à l'AFP. La justice a dans la foulée confié une enquête à cette office pour "déversement de substances nuisibles par personne morale", "jet ou abandon par personne morale de substances nuisibles" et "utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d'utilisation".

De son côté, Lafarge se défend, évoquant "un incident tout à fait exceptionnel et indépendant de sa volonté". Le cimentier se dit "victime d'une détérioration manifestement délibérée d'une plaque d'étanchéité qui a entraîné un écoulement temporaire d'eau recyclée dans la Seine". Il a annoncé avoir porté plainte ce mardi 1er septembre. "L'écoulement ne concerne que des eaux en dernière étape de recyclage. Aussitôt détecté, celui-ci a été stoppé et des travaux de réparation immédiats ont été engagés", fait valoir l'entreprise dans un communiqué.

La mairie de Paris va porter plainte

Mais des pêcheurs auraient déjà effectué un signalement il y a plusieurs années, selon les agents de l'AAPPMA. La mairie de Paris a de son côté fait part de sa surprise et annoncé qu'elle allait porter plainte contre le groupe Lafarge-Holcim. "Je découvre avec stupeur cette pollution lente qui empoisonne notre fleuve. Des explications s'imposent de la part du gestionnaire du site et une plainte sera déposée", a tweeté Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS Anne Hidalgo, rapporte l'AFP.

Plus tôt dans l'année, les militants d'Extinction Rébellion avait déjà été accusé le cimentier de polluer la Seine. Visé par plusieurs actions du groupe écologiste sur ses sites parisiens, Lafarge avait alors affirmé que ses installations répondaient "strictement aux normes environnementales et qu'aucune pollution de la Seine n'a(vait) été causée" par leur exploitation, rappelle l'AFP.

Cette affaire rappelle les déversements réalisés par une filiale de Vinci, dénoncés en avril 2019. Une plainte avait été déposée pour des rejets délibérés de ciment dans les eaux de la Seine au niveau de la commune de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Le groupe de construction avait alors parlé d'un "écoulement involontaire", ce qui ne l'a pas empêché d'être condamné en mars 2020 à une amende de 50 000 euros.

A lire aussi — Du méthane s'échappe des fonds marins de l'Antarctique, ce qui est inquiétant pour le climat

Source photo : Mbzt/Wikimedia Commons/CC

Découvrir plus d'articles sur :