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L'appel des syndicats au retrait des routiers a été relativement peu suivi

L'appel des syndicats au retrait des routiers a été relativement peu suivi
© Capri23auto de Pixabay

Toujours pas. Les négociations, poursuivies la semaine dernière entre l'exécutif et les syndicats — CFDT Route, FO UNCP Transports et FGT CFTC —, n'ont rien donné. A tel point que ces derniers ont appelé les chauffeurs à exercer "individuellement" leur droit de retrait à partir de lundi en cas de "manquements" aux mesures de protection sanitaire contre l'épidémie. Leur appel à cesser le travail faute de garanties sanitaires suffisantes face à l'épidémie de Covid-19 n'a pas été très suivi lundi, selon les organisations patronales, pour qui ces inquiétudes sont légitimes.

"Nous n'avons n'a pas plus de remontées que ça sur des débrayages ou des retraits d'activité pour le moment", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la Fédération nationale du transport routier (FNTR), qui ne voit pas pour l'instant de signe d'alerte sur la chaîne logistique. "C'est anecdotique", a renchéri Alexis Degouy, le délégué général de l'Union des entreprises de transport et logistique de France (Union TLF). "Sur des entreprises qui emploient 60.000 salariés, on parle de moins d'une dizaine de cas", a-t-il précisé. "Ça ne veut pas dire qu'on ne prend pas en compte les préoccupations. Ce sont de vraies inquiétudes que les salariés expriment".

Les trois syndicats réclament l'arrêt des transports non essentiels, l'arrêt aux frontières des transports internationaux — avec transbordement des remorques —, la réquisition des aires de repos, stations-service, restaurants et centres routiers et la même protection que les urgentistes pour les transports sanitaires. Ils dénoncent le manque de masques, de gants et de gel hydroalcoolique, un manque de sanitaires et de douches accessibles, leur manque d'entretien quand ils sont ouverts, des services de restauration insuffisants et des "clients ne respectant pas les conducteurs à la juste mesure".

"On nous dit que nous sommes essentiels, mais on nous envoie au charbon et on nous laisse crever", a lancé à l'AFP Patrice Clos, le secrétaire général de FO Transports. Le gouvernement avait promis beaucoup de choses, mais "à part l'ouverture des parkings, il n'y a pas d'amélioration", notamment concernant les sanitaires ouverts et propres ou la restauration, a-t-il dénoncé.

Pas assez de masques

"Il y a tout un panel de choses qui n'ont pas été mises en place au bout de 14 jours", a renchéri Thierry Douine, président fédéral CFTC Transports, qui relève notamment que "le matériel de protection n'arrive pas". "Ce n'est pas normal de mettre des centaines de milliers de salariés au travail dans ces conditions !", a-t-il ajouté. "C'est toute la chaîne du transport qui est à protéger, sinon on ne pourra pas aller jusqu'à la fin du confinement".

Kamal El Jaouhari, porte-parole de l'union fédérale route FGTE/CFDT a cité sur BFMTV l'exemple de l'Espagne où les autoroutes ont été réquisitionnées et où 600 points d'équipement de protection individuelle ont été mis en place pour les routiers. "Ça, c'est un bon exemple aujourd'hui, et je pense qu'on est en mesure de le faire en France", a-t-il relevé. "Il y a des entreprises qui jouent le jeu, mais d'autres entreprises sont à la traîne" en matière de protection des salariés, a-t-il remarqué, estimant qu'"il fallait aujourd'hui mettre des moyens pour ces salariés et arrêter au moins 15 jours toutes les activités logistiques non essentielles".

Les professionnels sont en contact régulier avec la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM). Une réunion était encore prévue lundi soir avec les syndicats pour mettre au point un "guide des bonnes pratiques" de protection des salariés.

Tandis que la ministre du Travail Muriel Pénicaud a rappelé dimanche — citant l'exemple des chauffeurs routiers — que les employeurs étaient "responsables" en ce qui concernait la mise "en place des protections" nécessaires pour leurs salariés contre le coronavirus, Alexis Degouy avoue une relative impuissance. "Un point très important, c'est la question des masques. Tous les chauffeurs en voudraient tout de suite", a remarqué le délégué général de l'Union-TLF. "Mais on n'a pas les moyens. (...) On n'est pas les seuls à en réclamer", a-t-il regretté. Il estime que les taux d'absentéisme dans la profession sont "relativement supportables", "de l'ordre de 15%".

Malgré ce faible absentéisme, le gouvernement semble prendre le problème au sérieux. Le HuffingtonPost rapportait en effet lundi, que la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, préparerait un nouveau règlement pour garantir de bonne conditions de travail aux routiers.

La branche du transport-logistique emploie quelque 750 000 personnes en France. Selon les remontés de FO, elle compte 1 500 contaminés et a enregistré cinq décès.

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Business Insider (avec AFP)
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