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L'armée américaine compte sur son équipe d'eSport pour trouver de nouvelles recrues

L'armée américaine compte sur son équipe d'eSport pour trouver de nouvelles recrues
© US Army Esports/Facebook

Nouvelles méthodes pour nouveaux résultats. Alors qu'elle n'a pas su atteindre son objectif de recrutement en 2018, l'armée américaine se donne les moyens pour atteindre son objectif de 500 000 recrues en service actif, d'ici la fin de la décennie 2020. Le déficit de 6 500 soldats signalé par l'armée en septembre 2018 était son premier échec en matière de recrutement depuis 2005. Quelques mois après cette déception, l'armée a annoncé qu'elle recherchait des soldats pour rejoindre une équipe d'eSport.

Selon l'armée américaine, cette équipe doit "sensibiliser aux compétences utiles à des soldats professionnels et utiliser ses connaissances en matière de jeux vidéos pour être plus proche des jeunes". En janvier 2019, plus de 6 500 soldats avaient postulé pour rejoindre l'équipe qui ne devait compter qu'une trentaine de membres. En septembre 2019, l'armée a reconnu l'intérêt de l'équipe. Elle faisait partie d'une des deux nouvelles équipes de sensibilisation mises en place cette année-là, et avait "initié certains des événements les plus générateurs de volontaires de l'histoire de la force bénévole".

'Reconnecter l'Amérique à son armée' grâce à une passion commune

US Army/Terrance Bell

"Il s'agit essentiellement de relier l'Amérique à son armée grâce à la passion qui anime la communauté des joueurs", a déclaré en janvier 2019 le sergent de première classe Christopher Jones, sous-officier responsable de l'équipe.

Les membres de l'équipe qui participaient aux compétitions s'entraînaient jusqu'à six heures par jour, a déclaré le sergent Jones à l'époque, et ils recevaient des instructions sur les programmes d'enrôlement dans l'armée afin de pouvoir répondre aux questions des recrues potentielles. "Ils auront la possibilité d'entamer un dialogue sur ce que c'est que de servir dans notre armée et de voir si ces contacts souhaitent s'engager", justifiait début 2019, le général Frank Muth, chef du département de recrutement de l'armée.

Des milliers de soldats font de l'eSport, expliquait le général Frank Muth. De plus, le public est désormais composé de centaines de millions de personnes. En janvier, l'académie militaire de West Point a même créé son club officiel d'eSport. Néanmoins, l'intérêt de cette discipline n'a pas tout de suite sauté aux yeux des chefs de l'armée, a déclaré vendredi le secrétaire de l'armée Ryan McCarthy. "Lorsque le général Frank Muth a fait son premier briefing pour présenter son idée... avec les hauts responsables de l'armée, on a dit : 'de quoi parlez-vous, Frank ?'", a reconnu le secrétaire de l'armée, devant une auditoire au National Press Club à Washington.

Prendre le pouls des Américains de 17 à 24 ans

"Ça fait 18 mois que nous expérimentons cette méthode", a-t-il expliqué, et avec cette équipe d'eSport, les recruteurs de l'armée "ont prit le pouls des Américains de 17 à 24 ans. Qu'est-ce qui les branche ? Comment communiquent-ils ? Nous avons façonné notre message pour parler des 150 choses diverses que vous pouvez faire au sein de l'armée, de l'accès à l'éducation, du genre de personnes que vous pouvez rencontrer et du fait de faire partie de quelque chose d'aussi spécial que cette institution".

La remorque de l'équipe d'eSport de l'armée lors de l'édition 2019 du Congrès de l'Armée de terre, le 12 octobre 2019. L'équipe d'Esports de l'armée / Facebook

En 2019, l'armée a mis en place une remorque dont l'intérieur était composé de quatre stations de jeu, ainsi qu'un semi-remorque avec huit sièges pouvant être ajustés pour que les joueurs puissent jouer au même jeu ou à leur propre jeu sur un PC, une Xbox 1S, une PS4 Pro et une Nintendo Switch, a expliqué Christopher Jones, à Task & Purpose en octobre dernier.

Parmi les hauts responsables dépêchés sur place figurait le général Mark Milley, alors chef d'état-major de l'armée et qui est aujourd'hui président de l'état-major interarmées. À savoir, le principal conseiller militaire en uniforme du président américain. "Vous allez me faire faire quoi ?", a-t-il d'abord demandé, surpris, selon les dires du secrétaire de l'armée. Cependant, "une fois sur place il a beaucoup appris. Il a pu discuter avec de jeunes hommes et de jeunes femmes. Nous avons découvert qu'au sein de l'unité de recrutement de l'armée, nous recevions des millions de demande de renseignement de jeunes de 17 à 24 ans."

Une nouvelle stratégie qui permet de diversifier les profils

L'élaboration de cette équipe d'eSport fait partie d'un changement de stratégie de recrutement qui s'est concentré sur 22 villes, et dont le but est d'informer les recrues potentielles sur ce qu'est la vie dans l'armée. Mais aussi sur les avantages du service, comme le fait de toucher de l'argent pour l'université ou les compétences non techniques qui attirent les employeurs. Le service de recrutement a également transféré la quasi-totalité de ses dépenses publicitaires vers le numérique. Davantage de personnel en uniforme a été affecté au groupe de recherche en marketing de l'armée pour mieux contrôler ses messages.

Une démarche que Ryan McCarthy qualifie d'"approche globale". Elle rend possible, selon le secrétaire de l'armée, "l'amélioration de notre recrutement dans divers domaines démographiques, qu'il s'agisse de diversité de genre ou d'ethnie." Cette approche géographique a permis d'obtenir "une augmentation à deux chiffres" chez les femmes et les minorités, a-t-il déclaré l'année dernière.

US Army Esports Team/Facebook

Mais cette campagne de sensibilisation n'a pas été universellement saluée. Après le déficit de recrutement de 2018, les chefs de service, dont le secrétaire à l'Armée de l'époque, Mark Esper, ont déclaré que les écoles ne permettait pas aux membres en uniforme de recruter en leur sein. Des accusations réfutées par les militants anti-guerre. Dénonçant un coup de bluff, elles ont même offert 2 000 dollars aux écoles admettant avoir interdit l'accès aux recruteurs en uniforme. L'idée que l'armée pourrait commencer à recruter des enfants dès l'adolescence a également été critiquée à la fois pour son caractère peu pratique et pour le tort qu'elle pouvait causer à l'armée en tant qu'institution.

Malgré tout cela, d'année en année le recrutement s'est amélioré. Atteignant l'objectif fixé l'année dernière, avec un peu d'avance maintenant, selon Ryan McCarthy. "C'est un tournant majeur, car je pense que nous sommes devenus un peu paresseux et que nous avons commencé à perdre le contact avec les jeunes hommes et femmes... mais il faut maintenir cela", a-t-il ajouté. "Nous nous rendons dans de nombreuses villes américaines. Nous y rencontrons des maires et des directeurs d'écoles, ainsi que d'autres représentants de la vie civile, pour essayer d'éduquer ces personnes d'influence, afin qu'ils nous aide à recruter. Cela a donné d'énormes résultats."

Version originale : Christopher Woody / Business Insider US.

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