L'espace représente "un nouveau front à défendre" pour la France, entre tentatives d'espionnage, brouillage, cyberattaques ou encore armes antisatellites. C'est pourquoi la ministre des armées Florence Parly a annoncé, ce jeudi 25 juillet 2019, le lancement d'un programme d'autodéfense et de surveillance spatiales doté de 700 millions d'euros afin de développer des nano-satellites patrouilleurs et des lasers de puissance. Ces 700 millions d'euros viennent s'ajouter aux 3,6 milliards d'euros de la loi de la programmation militaire 2019-2025. 

Les déclarations de la ministre viennent compléter l'annonce faite par le président Emmanuel Macron le 13 juillet dernier, à la veille de la fête nationale, sur la création d'une force spatiale au sein de l'armée de l'air d'ici le mois de septembre. La ministre a précisé hier que ce "grand commandement de l'espace" regroupera dans un premier temps 220 personnes à Toulouse, centre névralgique du secteur spatial en France.

Dans cette perspective, Florence Parly a annoncé une modification de la loi de 2008 sur les opérations spatiales (LOS) — entrée en vigueur en 2010 — afin que le ministère des Armées prenne la main sur les activités spatiales, aujourd'hui sous la tutelle du Centre national d'études spatiales (CNES), établissement public créé en 1961.

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Concernant les nano-satellites patrouilleurs, Florence Parly a dit qu'elle souhaitait que la France puisse être équipée dès 2023. "Si nos satellites sont menacés, nous envisagerons d'éblouir ceux de nos adversaires. [...] Cela pourra impliquer l'emploi de lasers de puissance déployés depuis nos satellites ou depuis nos nano-satellites patrouilleurs", a-t-elle expliqué. Dans l'entourage de la ministre, on évoque aussi "des mitrailleuses à même de casser des panneaux solaires" d'un satellite inamical.

Des moyens de surveillance renforcés 

"La défense active, cela n'a rien d'une stratégie offensive, il s'agit d'autodéfense", a expliqué Florence Parly lors d'un discours. "C'est, lorsqu'un acte hostile a été détecté, caractérisé et attribué, pouvoir y répondre de façon adaptée et proportionnée, en conformité avec les principes du droit international [ndlr : le traité international de 1967 qui régit les activités des Etats en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique]", a-t-elle précisé. "Ce traité n'exclut pas la légitime défense, n'interdit pas la militarisation, ni l'arsenalisation", a indiqué le ministère des Armées.

La ministre a également annoncé que la France va renforcer ses moyens de surveillance dans le spatial afin de détecter et attribuer les manoeuvres inamicales voire hostiles, en citant l'acte d'espionnage en 2017 intenté par les Russes contre le satellite militaire franco-italien Athena-Fidus pour tenter d'intercepter des communications sécurisées. Cela pourrait se traduire par le développement du réseau de télescopes "Tarot" du CNRS, l'appel au réseau Geotracker d'Ariane Group, l'exploration des "capacités des radars imageurs de satellites pour mieux les classifier", de doter les satellites Syracuse de caméras ou encore d'expérimenter un démonstrateur de radar de très longue portée. 

Dans le cadre de ce nouveau programme, Florence Parly a aussi parlé d'un "campus spatial" et d'une "Académie de l'Espace" pour "favoriser les carrières spatiales".

L'an dernier, la ministre avait déjà souligné que la France devait se préparer au risque de "confrontations majeures" dans l'espace, en augmentant ses investissements dans le domaine, quelque temps après que Donald Trump avait ordonné la création d'une force spéciale de l'espace, qui correspondrait à la 6ème branche de l'armée américaine, pour que son pays domine l'espace.

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