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L'arrivée du câble sous-marin de Google reliant les Etats-Unis à la France installée en Vendée

L'arrivée du câble sous-marin de Google reliant les Etats-Unis à la France installée en Vendée
© Wikimedia Commons

Le deuxième câble privé du géant Google débarquera prochainement en France. Orange a posé ce vendredi 13 mars en Vendée l'arrivée du futur câble sous-marin transatlantique du groupe californien, qui sera complètement déroulé et mis en service entre les Etats-Unis et la France "d'ici la fin de l'année". Baptisé Dunant, du nom du fondateur de la Croix-Rouge Henry Dunant, il mesurera 6 600 kilomètres de long et reliera la Virginie, aux Etats-Unis, à Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée, a précisé dans un communiqué Orange, chargé d'installer la partie française du câble.

Le câble financé par Google doit permettre à l'entreprise américaine de faire face à l'augmentation continue des échanges de données entre ses grands centres de données de part et d'autre de l'Atlantique. Le câble Dunant, le premier entre les États-Unis et la France depuis 15 ans, "contribuera à répondre à l'explosion des usages internet et à garantir des connexions toujours plus performantes aux clients d'Orange et Google", a indiqué l'opérateur français. "L'axe Europe-États-Unis est une des routes sous-marines les plus importantes du globe avec un besoin de connectivité qui double tous les deux ans", a rappelé le groupe tricolore de télécommunications.

'La moitié de la capacité installée sur l'Atlantique'

Le câble sera posé dans les mois à venir à travers l'Atlantique et doit entrer en fonction "d'ici la fin de 2020", selon Orange. L'opérateur bénéficiera de deux des douze paires de fibres optiques du nouveau câble, le reste revenant à Google. Ces paires de fibres au dernier cri de la technologie ont une capacité de 30 Tbp/s chacune, soit "de quoi transférer une vidéo de 1 gigaoctet en 30 microsecondes", selon Orange.

"A lui seul, Dunant représentera la moitié de la capacité installée sur l'Atlantique", a indiqué à l'AFP Jean-Luc Vuillemin, directeur réseaux et services internationaux d'Orange. La pose et l'exploitation des câbles sous-marins, par lesquels passe la quasi-totalité du trafic internet mondial, a longtemps été l'apanage de grands opérateurs du secteur des télécoms réunis en consortiums. Aujourd'hui, les géants d'internet (Google, Facebook, Microsoft...) sont de plus en plus les initiateurs des grands projets de câbles sous-marins.

Les géants d'internet construisent leurs propres câbles

"Il s'agit de servir nos besoins internes et ceux de nos clients qui utilisent nos services de cloud", explique à l'AFP Fabien Vieau, directeur infrastructure au sein de Google. "Depuis 2010, il y a une rupture car les fournisseurs de contenus investissent quasiment seuls dans l'infrastructure", indique de son côté Camille Morel, doctorante à l'université de Lyon III et chercheuse associée à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM).

"Avant, nous étions dans une logique de partage avec plusieurs propriétaires par câble, aujourd'hui on est sur un ou deux propriétaires par câble", a-t-elle ajouté. Google a mis en service fin 2019 son premier grand câble sous-marin privé, Curie, entre les Etats-Unis et le Chili. Dunant sera son deuxième câble privé et il sera suivi plus tard par Equiano, entre le Portugal et l'Afrique du sud.

Installé dans un bunker prévu initialement pour l'Otan

Le tronçon d'arrivée placé vendredi en Vendée part d'un point en mer suffisamment profond pour permettre l'accès du navire câblier. Il s'achève dans une "station d'atterrissement", pour se relier au réseau terrestre existant, dans une installation souterraine près de la plage. Celle-ci a été aménagée par Orange dans un bunker à plus de 10 mètres sous terre, construit à l'origine pour l'arrivée d'un câble de l'Otan aujourd'hui désaffecté.

Le bunker avait été conçu pour résister à une attaque nucléaire, le personnel pouvant y survivre en autonomie avec par exemple un accès direct à la nappe phréatique. D'ici quelques semaines, des travaux de même nature vont avoir lieu à l'autre extrémité du câble, à Virginia Beach, en Virginie, à 300 km au sud de Washington. Un navire câblier posera ensuite le tronçon central, long de 6 600 kilomètres, à travers l'Atlantique.

Des câbles convoités par les services de renseignement

Les câbles internet sous-marins, comme celui qui va relier l'ouest de la France et la côte est des Etats-Unis, sont des infrastructures critiques qui suscitent l'intérêt des agences de renseignements de tout poil. Dans ces brins de fibre optique transitent toutes sortes de données. Qui peut piocher dedans a une position imprenable pour surveiller le trafic. C'est un "sujet hyper sensible" et "de première importance", soulignent des sources issues de la communauté du renseignement français sous couvert d'anonymat.

"Il y a des enjeux de renseignement, d'intelligence, à travers ces flux de données", explique Camille Morel, doctorante à l'université de Lyon III et chercheuse associée à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM). "Qui maîtrise les câbles maîtrise les données qui transitent", résume une des sources de la communauté du renseignement.

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Pour l'instant, un seul cas de captation à grande échelle de données s'est retrouvé sur la place publique avec les révélations d'Edward Snowden de 2013. Il s'agit du programme de l'agence américaine NSA baptisé "Upstream" qui lui permettait, ainsi qu'à ses partenaires comme les Britanniques (programme "Tempora"), de collecter une énorme masse de données pour les partager ensuite entre agences de renseignement anglo-saxonnes membres de l'alliance "Five Eyes" (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande).

"Les révélations Snowden ont montré que la NSA et les Britanniques effectuaient des captations à l'endroit où le câble vient se greffer au réseau terrestre", rappelle Mme Morel. Et avec leur alliance "Five Eyes", "ils l'ont fait non seulement sur leur territoire, mais aussi à partir des données transitant sur celui de leurs alliés".

Business Insider
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